Old Boy : La critique
SYNOPSIS
Fin des années 80. Un père de famille alcoolique, Joe Doucett, est enlevé sans raison et séquestré dans ce qui semble une chambre d’hôtel. Il apprend par la télévision qu’il est accusé du meurtre de sa femme. Relâché 20 ans plus tard, sans motif apparent, il est contacté par celui qui l’avait enlevé, la revanche est en marche.
NOTRE AVIS
Ici même, je scinderai le pot en deux, je combattrais cette infamie à l’aide de mon œil critique, le susnommé : Old Boy de Spike Lee tout en comparant d’une main de fer avec l’œuvre de monsieur Park Chan-Wook qui doit être actuellement en train de se ronger les ongles. Non, mais sérieusement.
Par où commencer…
Wallace Stevens a dit un jour : « Il est plus facile de copier que de penser, c’est ce qui fait la mode ».
Cet Old Boy est ce qu’on pourrait appeler un remake. Nous pourrions parler, d’une pâle copie conforme américanisée du film coréen à succès. Spike Lee se fait vieux, il embarque dans un registre qui lui vaudra vents et marrées d’huées, c’est moi qui vous le dis (ce qui est déjà le cas aux Etats-Unis).
L’histoire reste la même (en gros) mais plusieurs points changent. Par exemple, ce n’est plus 15 ans mais 20 ans de séquestration pour notre zéro alcoolique et violent.
Dans un premier temps, il y a quelque chose qui choque. On pourrait couper le film en deux, comme si Spike Lee se serait désintéressé du film petit à petit. Une certaine oppression est marquée dès le début, mais celle-ci se détend après un jeu d’acteur minimaliste, un rythme détachant ou encore une musique de série B qui nous ennuie et nous endort fermement. Une mise en scène patraque qui se casse littéralement la gueule après 20 minutes de film.
En ce qui concerne nos amis les acteurs. Mitigé. Joe Doucett aka Josh Brolin essaie (à lui seul) de porter sur ses épaules le film, accompagné d’un tas de personnages secondaires qui ne marquent pas vraiment les esprits. Josh Brolin essaie tant bien que mal, mais sur joue à des moments et la dite-scène devient alors un navire qui s’échoue. Comme nous l’avons dit auparavant, le début choque, nous sommes, malgré son côté roublard alcoolo/dégueulasse isolé, avec lui, dans sa tête, mais nous avons du mal à nous projeter avec le personnage après 20 minutes de film, c’est une empathie inexistante. Josh Brolin est détestable, et le restera jusqu’à la fin du film. Dans le film de Park Chan-Wook, nous pouvions nous identifier à Oh Dae-Soo (Min-sik Choi), dès le début. C’est un alcoolique, mais le personnage est plus touchant, sympathique et moins pervers (enfin ça reste à voir). Elizabeth Olsen est mignonne mais ça ne suffit pas, ça ne convainc pas du tout. Juste marquante dans une scène de cul, oui faut le dire (et encore). Le méchant, oh oui le méchant, le non crédible et le très regrettable héros de District 9, j’ai nommé Sharlto Copley qui aurait dû ,préférablement, rester mort dans Elysium. Nous passerons bien entendu sur les talents de Samuel Lee Jackson dans un rôle de geôlier, drôle et antipathique, qui (à mon sens) n’a pas sa place dans le film. Passons.
La bande originale. Oh oui. Cette musique qui vient titiller nos oreilles pendant le film. Une horreur totale. Non vraiment. J’ai l’impression d’être retourné 30 ans en arrière ( je n’étais même pas né !) et d’avoir mis K2000 à la télévision. Nous la vomissons des oreilles cette musique ! Dans l’original, la musique était minimaliste. Park Chan-Wook parlait d’esthétique de l’excès, une musique omniprésente, « un temps insaisissable qui coule sans arrêt ». Un traitement de la question du temps et de la mémoire d’une manière similaire que celle de Sergio Leone. Les bruitages, même constat que la musique, et plus flagrant dans la fameuse et épique scène de bagarre dans un couloir *soupir*
Une célèbre scène de bagarre est reprise (oh comme par hasard) dans ce film. LA scène de baston, le couloir de la mort, tel un jeu vidéo, en plan séquence, qui ici dure un peu plus longtemps. Elle semble ici trop chorégraphié.Elle n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur. Nous ne ressentons pas la solitude du personnage, émotion que Park Chan-Wook voulait transférer aux spectateurs dans son film. Anecdote : le réalisateur Spike Lee décide de changer la donne en faisant scène plus longue, d’environ 7 minutes, parait –il. Cette scène a été réduite à 2-3 minutes (à peu près oh) par les producteurs et n’ont donné aucune raison à ce jour. Spike Lee furieux ? Oui nous le serions tous. Ah, le fameux « final cut » des producteurs. Une plaie.
Le film n’est pas que négatif, il a aussi des points forts. Je veux juste montrer à quel point Spike Lee se détache de l’original tout en copiant des thèmes ou des scènes qui n’arrive que maladroitement face aux spectateurs. Bon mais sur les points positifs, vous me direz, il ne reste pas grand-chose.
Plusieurs bricoles m’ont fait sourire, je les appelle les easter egg : des détails, non importants (objets, dialogues etc..) qui existe dans le film original et qui arrivent ici comme un clin d’œil, un caméo particulier, mais qui n’ont aucun impact sur le film. Pour ceux qui ont vu l’original, les ailes qu’Oh Dae-Soo porte dans le commissariat et dans la cabine téléphonique avant son enlèvement (cadeau qu’il devait offrir à sa fille) reviennent dans le film de Spike Lee. C’est une jeune marchande portant des ailes similaires, qui lui vend un poussin en plastique comme guise de cadeau pour sa fille. Je ne vais pas citer tous les easter eggs, mais il y a un coup de langue très significatif (oh oh) ou encore une poulpe visqueux.
Pour expliquer le thème de Park Chan-Wook, il faut remettre tout ça dans son contexte : la revanche est le point central dans une trilogie de ces films. L’idée « d’œil pour œil, dent pour dent » des westerns est une obsession pour lui. Il filme cette violence avec détachement, son Old Boy est cruel mais le message est là, planant tout au long du film. Ici, chez Spike Lee, nous retrouvons une violence trop gratuite, même la pâte du réalisateur n’existe pas. Nous connaissons le Spike Lee engagé, politique et social. Nous ne retrouvons pas le travail d’orfèvre que pourrait nous apporter le réalisateur, le film arrive ici comme un travail très maladroit.
Le film reste choquant, pervers, parfois manipulant. Un drame qui « s’inspire » de l’original, un peu Hitchcockien sur les bords. Une réinterprétation, parfois copiant plan par plan l’original. La quête de la revanche est maintenue, mais le message est moins fort. Surtout la fin... Un film de commande parait-il ? Oui, Spike Lee se désintéresse du film.
C’est le problème des américains. Les producteurs ont le dernier mot. Ce sont eux qui "possèdent" le film. En France, le réalisateur a tous les droits sur son œuvre (ou presque). Amen.
Pour les fans d’Old Boy de Park Chan-Wook, je vous dis non. A éviter.
Pour ceux qui n’ont jamais vu l’original, c’est à prendre avec des pincettes.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 44
– Titre original : Old Boy
– Date de sortie : 1 janvier 2014
– Réalisateur : Spike Lee
– Scénariste : Mark Protosevich
– Interprètes : Josh Brolin, Elizabeth Olsen, Sharlto Copley, Samuel L. Jackson, Michael Imperioli, Pom Klementieff, James Ransone
– Photographie : Sean Bobbitt
– Montage : Barry Alexander Brown
– Musique : Bruce Hornsby
– Costumes : Ruth E. Carter
– Décors : Sharon Seymour
– Producteur : 40 Acres & A Mule Filmworks, Good Universe, Mandate Pictures et Vertigo Entertainment
– Distributeur : Universal Pictures International France
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