A World Not Ours : La critique
SYNOPSIS
Un lieu intime, et souvent humoristique, portrait de trois générations d’exilés dans le camp de réfugiés d’Ein el-Helweh, dans le sud du Liban. Basé sur une multitude d’enregistrements personnels, les archives de la famille, et des séquences historiques, le film est une étude sensible et éclairante de l’appartenance, de l’amitié et de la famille dans la vie de ceux pour qui la dépossession est la norme, et la nostalgie leurs vies quotidiennes.
NOTRE AVIS
Entrer ou sortir de l’espace Schengen représente pour moi une banale normalité. Face à "A world not ours" et la plongée dans le camp de réfugiés de d’Ain el-Hewelh, ce privilège de naissance, celui de la liberté de mouvement, prend alors toute sa dimension.
Au fil de ce journal familial sur grand écran, le réalisateur Mahdi Fleifel nous fait entrer là où des habitants eux même ne peuvent pas sortir et nous offre, sans misérabilisme, son regard d’enfant et son recul d’adulte sur son lieu de vacances insolite. Ce documentaire fonctionne sur ce ressort : le souvenir de famille, l’enfance, le temps qui passe sur fond de conflit au Proche-Orient. Cette posture explique selon moi la rare présence des femmes, tout comme celle de la religion.
Ce conflit fait tellement partie de notre quotidien informationnel que, peut-être, nous nous sentons moins concernés que nous devrions l’être, nous nous distancions. Avec tact, ce film recrée le lien : entre le fait historique, les suites géopolitiques, l’espoir des anciens, la résistance de la jeunesse, ses déceptions.
Nous revivons la création d’Israël et le départ forcé de la population palestinienne pour les pays frontaliers, son devenir dans les camps de réfugiés, l’absence d’État et de droits. En un mot : l’enfermement. Malgré cet enfermement, Mahdi Fleifel nous montre la vie, les vivants, l’amitié, la vie de famille. Nous assistons aux matchs de football devant la télévision et au soutien passionné à une équipe, un drapeau, tel que l’on peut le voir partout ailleurs dans le monde. Lui, est parti à Dubaï puis au Danemark et revient chaque été pour les vacances. Ce n’est pas aux lieux que l’on s’attache mais à ce que l’on y vit, aux gens que l’on y rencontre, que l’on aime et avec qui l’on partage.
Surgit également à l’écran, la pression de l’espace qui se réduit de génération en génération, la promiscuité s’accentue.
Succède à l’histoire géopolitique initiale, l’histoire d’hommes aux vies figées et à l’esprit en mouvement. Logiquement, ce sont les personnages principaux les murs porteurs de ce film, ils sont tout autant de manière d’envisager la vie dans le camp. Mahdi Fleifel, celui qui filme, possède la liberté de mouvement, il peut choisir sa vie ; en sortant de l’enfance il perçoit au-delà du terrain de jeu, la détresse de cet endroit.
Bassam Taha, l’ami dit Abu Eyad (légendaire chef du renseignement de l’OLP) qui rejoint le Fatah à l’âge de 7 ans, représente la jeunesse. Celle qui a eu l’espoir de rentrer en Palestine, la vitalité de résister, le temps de grandir dans le camp puis de réaliser la manipulation politique des siens au détriment des intérêts de tous.
Ahmad Mufleh Alaeddine, le grand-père du réalisateur incarne ceux qui gardent l’espoir de revenir et refuse fermement de quitter sa maison, de quitter le camp. Le camp est devenu chez lui un provisoire qui dure.
Et Said Mufleh Alaeddine, présenté avec beaucoup de délicatesse, représente la souffrance de ceux pour qui cette réalité est devenue à peine supportable.
Si l’écueil du parti-pris politique ou religieux a été évité, ce témoignage en image de destins statiques aurait mérité, au delà du départ d’Abu Eyad pour la clandestinité, un regard sur le futur de ces populations. Sans doute est-ce une manière d’introduire le débat.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 33
– Titre original : A World Not Ours
– Date de sortie : 04 décembre 2013
– Réalisateur : Mahdi Fleifel
– Scénariste : Mahdi Fleifel
– Interprètes : Mahdi Fleifel, Ahmad Mufleh Alaeddine, Said Mufleh Alaeddine
– Photographie : Mahdi Fleifel
– Montage : Michael Aaglund
– Musique : Jon Opstad
– Producteur : Patrick Campbell, Mahdi Fleifel et Çağlar Kimyoncu .
– Distributeur : Eurozoom
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