009 RE Cyborg : La critique
La critique d’Isabelle Arnaud :
Cyborg 009 c’est avant tout un manga de 36 volumes dessiné par un ami, recruté et formé, du grand Ozamu Tezuka, Shotaro Ishinomori. Dans les années 60, l’auteur a eu l’idée de créer une histoire avec 9 personnes enlevées dans différents pays du monde puis transformées en Cyborg en leur donnant un pouvoir particulier. Ainsi en 1963, le Japon a son groupe de super héros alors que Stan Lee venait de créer aux Etat Unis les 4 fantastiques en 1961. Les cyborg vont se rebeller contre les méchants de la compagnie mafieuse Black Ghost et lutter contre leurs minions.
Le film Cyborg 009 commence alors que les cyborg sont pour la plupart retournés dans leur pays. Des attentats terroristes se produisent dans le monde entier. Des tours sont détruites par des kamikazes. Les cyborg sont réunis afin de lutter contre cette menace et d’essayer d’identifier le véritable cerveau derrière ces actes terribles. Et il s’agit bien de cerveau dans cette histoire car les terroristes agissent suite à "la voix" qu’ils entendent dans leur tête et les pousse à commettre des actes criminels alors que rien ne les prédisposait à être violent. Jusqu’à la moitié du film, l’histoire est plutôt intéressante. On retrouve le style du réalisateur Kenji Kamiyama dans l’animation du film. Certaines scènes rappellent Jin-Roh, notamment la scène de l’usine.
L’image est aussi très belle et fait penser à Ghost in the shell, d’ailleurs la musique se rapproche aussi du film et de la série. Techniquement le film est agréable et le réalisateur a gardé le costume d’origine des cyborg qui est un costume identique pour tous les personnages, y compris le personnage féminin de l’équipe (qui est pour l’anecdote la française dont le héros japonais est amoureux). Par contre le design de la plupart des personnages dessinés dans le style Tezuka a été modifié. Mais il faut bien avouer que le scénario vire à partir du milieu dans le mysticisme et Dieu, et ses voies plus ou moins impénétrables, fait son apparition. Autant la religion, la croyance et Babel avait été merveilleusement traité dans Patlabor 1, autant Cyborg 009 se montre peu convainquant par rapport à ses ambitions. C’est dommage car le film pouvait être bien meilleur avec un scénario plus crédible et moins mystique (avec une dominante écologique peu convaincante). La fin est d’ailleurs ratée à mes yeux et peut même prêter à sourire. En effet les cyborg sauvent le monde et lui offre le moyen de s’améliorer mais finalement on n’y croit pas vraiment.
Si vous êtes des amateurs du réalisateur vous apprécierez sans doute ce film, si vous n’en attendait pas trop du scénario. Pour les autres il existe plein de film d’animation de grande qualité qui pourraient plus retenir votre attention.
En bonus pour ceux qui verront le film mais ne connaissent pas le manga, le pouvoir de Pyunma est de respirer sous l’eau sans problème.
La critique de Patrick Le Naour :
Les cyborgs créés par Ishinomori dans un long métrage du réalisateur de la série de Ghost in the Shell : Stand Alone Complex ? Sur le papier, l’idée était séduisante mais le résultat final est loin d’être à la hauteur. Nous sommes en 2013, l’organisation Black Ghost a été vaincue depuis longtemps et les 9 Cyborgs qui étaient les protagonistes du manga de Shôtarô Ishinomori ont changés de vie. Si certains travaillent encore aux côtés de leur mentor, le Professeur Gilmore, d’autres ont choisis de faire profiter des agences gouvernementales de leurs talents tandis que d’autres encore ont repris le chemin de la vie civile. Joe Shimamura, le Cyborg numéro 009, a lui, eu sa mémoire effacée régulièrement pour garder sa candeur adolescente qui faisait de lui le leader du groupe et ainsi se fondre plus facilement dans la société. Quand des actes terroristes surviennent commis par des personnes qui prétendent avoir entendu "sa voix", le Professeur Gilmore décide de rassembler l’équipe pour défendre l’humanité.
Graphiquement, le lifting subi par les personnage est assez convaincant. On passe du style rond d’Ishinomori a un style plus réaliste proche graphiquement de Ghost in The Shell. Les personnages gardent tout de même leur identité graphique qui fait qu’on les reconnaît assez facilement. Seul Jet Link (le Cyborg 002) donne l’impression d’avoir affaire à un autre personnage. On restera tout de même assez perplexes de voir Françoise Arnoul (003) se transformer visuellement en clone du Major Kusanagi avec des angles de caméra un poil racoleurs faisant la part belle à ses attributs féminins. L’animation 3D Cell Shading marche bien dans les scènes d’actions mais est assez inégales selon les scènes. Si les personnages principaux font parfaitement illusion, les personnages figurant en second plans sont assez statiques et on a l’impression de voir bouger des pantins mal articulés. Les scènes d’actions sont prenantes et on a droit à de superbes effets comme l’accélérateur de 009 qui donne l’impression que tout autour de lui se déroule au ralenti alors qu’il se déplace et ressent les choses plus rapidement que n’importe qui.
Le gros point noir du film, c’est son scénario. Kenji Kamiyama se prend pour Mamoru Oshii et place ses personnages dans une intrigue métaphysique, théologique, conspirationniste qui ne sied aucunement au matériau d’origine. L’équipe des Cyborgs est l’une des premières équipe (la première équipe ?) de super-héros de l’histoire du manga. Leurs aventures étaient des histoires de science-fiction pleine de péripéties d’où se dégageait parfois un message anti-militariste assez simple. Kamiyama plonge ces héros dans une intrigue nébuleuse inutilement compliquée. Imaginez un film sur les Avengers où Tony Stark et Captain America débattraient pendant 45 minutes de la place de Thor par rapport à Dieu ou si s’opposer à Loki ne serait pas faire preuve de blasphème et vous aurez une idée du gâchis auquel ce livre 009 Re : Cyborg. Si le fait de placer les héros des années 60 dans un contexte plus sombre post 11 Septembre 2001 était une bonne idée en soit, le résultat final est trop bavard.
Kamiyama a également beaucoup de mal a gérer le nombre de personnages. Ainsi Great Britain (007) et Pyunma (008) se retrouvent escamotés de l’intrigue de manière aussi mystérieuse qu’arbitraire et ne réapparaîtront qu’à la toute fin du film. Pyunma n’aura même pas l’occasion de faire preuve de ses pouvoirs aquatiques (qui auraient d’ailleurs été bien utiles dans cette scène où, vers la fin du film, les Cyborgs prennent d’assaut un cuirassé américain). Il est enfin énervant de voir, au moment de la dernière scène d’action du film, les personnages se mettre à jouer la carte du sacrifice héroïque. Comme si Kenji Kamiyama allait vraiment tuer des personnages qui ne lui appartiennent pas. Ce ressort scénaristique éculé et pas du tout convaincant sera désamorcé juste après par un deus ex machina incompréhensible où les personnages sont sauvés on ne sait pas trop comment et sont finalement réunis tous ensembles pour l’épilogue. Une menace a été écarté mais les véritables responsables courent toujours. Il faudrait donc s’attendre une une hypothétique suite, mais ce premier film ne nous a pas vraiment convaincus.
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