Carrie : La critique de la série Prime Video

Date : 01 / 10 / 2026 à 15h00
Sources :

Unification


CARRIE

– Date de diffusion : 07/10/2026
– Diffusion : Prime Video
– Épisode : 1.01 à 1.08
– Créée par : Mike Flanagan
– Interprètes : Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Amber Midthunder, Alison Thornton, Siena Agudong, Tim Bagley, Matthew Lillard

Carrie White est une fillette qui a passé sa vie recluse auprès d’une mère dominatrice. À la mort soudaine de son père, Carrie se retrouve confrontée à l’univers impitoyable du lycée public, à la pression incessante, à la cruauté de l’ère des réseaux sociaux, ainsi qu’à l’émergence de mystérieux pouvoirs télékinésiques.

LA CRITIQUE

Carrie est une extraterrestre, enfin, pas tout à fait, mais c’est tout comme. Élevée par des parents très stricts et religieux, à l’écart de tout, avec des préceptes d’une autre époque. Quand elle arrive au lycée, forcée de s’intégrer après la mort de son père et la découverte par les autorités de sa condition, elle se retrouve complètement décalée, avec ses habits tout droit sortis de La Petite Maison dans la prairie, sans smartphone, sans les références et les connaissances d’un monde qu’elle n’a jamais côtoyé. La sexualité (et plus particulièrement l’homosexualité), et la méconnaissance des livres par des élèves accaparés par leurs écrans la surprennent.

Je sais que je ne suis pas normale de bien des façons.

Pourtant, la Carrie de la série est bien différente des autres versions cinématographiques, elles aussi adaptées du fameux premier roman de Stephen King. Elle est, malgré son retard social, pleine de vie et très impatiente d’apprendre. Son enthousiasme contraste avec la timidité de ses anciennes incarnations.

Le casting est largement survolé par les deux actrices qui interprètent le duo central de la série, Carrie et sa mère. Summer H. Howell, qui interprète le rôle-titre, est fabuleuse et nous rappelle Brooke Shields à ses débuts, aussi bien physiquement que dans son jeu et sa présence ; c’est assez troublant. Samantha Sloyan, qui interprète la mère et est une habituée du créateur de la série, Mike Flanagan (et que l’on retrouve donc dans ses œuvres Life Of Chuck, La Chute de la maison Usher, The Midnight Club, Sermons de minuit, The Haunting of Hill House, Pas un bruit...) est époustouflante de retenue bouillonnante. Tim Bagley (Monk) et Matthew Lillard (Scream) peuvent tout d’abord apparaître comme des choix étranges de casting, mais remplissent à merveille leur rôle de gens ordinaires qui font de leur mieux au sein de l’administration scolaire. Leurs capacités de compassion sont particulièrement bien exploitées.

Bouche-moi ça !

Consciente que tout le monde connaît le final incendiaire, la nouvelle histoire n’en fait pas grand cas en le révélant dès le début. On pourrait alors croire que la série se contentera de nous narrer, avec tout le temps alloué par les 8 épisodes, comment on en est arrivé là (un grand classique des histoires qui commencent par le dénouement). Mais là aussi, la série surprend, car il y a quelque chose de plus grand, que l’on nous montre furtivement à la fin du premier épisode, et qui nous scotche définitivement à cette version qui rappelle un peu ce qui a été fait pour Ça, bienvenue à Derry.

De l’importance de savoir, d’être cultivé, de s’ouvrir au monde, anime tout autant la série que le thème du harcèlement, car ils en sont les baumes. Les blessures, bien entendu, ce sont les autres (l’Enfer), mais ici aussi rien n’est tout noir ou tout blanc, et l’on découvre les raisons qui mènent à la persécution, toutes différentes, alors que chacun cherche sa place. La série s’intéresse au cheminement de chacun de ses personnages.

Elle m’a volé ma vie !

Pour les filles, par exemple, l’exercice que leur impose leur professeur de sport pour les punir est appelé "suicide" et consiste à toucher les lignes du terrain, puis à revenir à son point de départ, pour repartir toucher une ligne plus éloignée, etc... Ceux qui ont fait des jeux d’équipe le connaissent et comprennent son utilité mentale. Quelle que soit sa force, il y a toujours une ligne trop loin à atteindre, et l’on termine sur les rotules, inlassablement. Punition, tout autant que leçon, la symbolique nous rapproche des efforts de l’équipe éducative, très présente dans la série, pour éviter le pire. C’est à ce niveau que l’on comprend que la nouvelle adaptation parle beaucoup des problèmes actuels aux USA, malgré le faste apparent. Les divorces, les croyances "alternatives", le besoin de dominer, les réseaux sociaux, les difficultés du système scolaire et de la parentalité... des choses que l’on aborde ailleurs, mais qui ont particulièrement leur place dans cette histoire qui, si elle passe par les grands moments cultes que vous connaissez, a le temps de faire bien plus que l’histoire originale dont elle utilise l’essence.

C’est pour cela que la série peut être aussi jugée trop lente, car elle explique en fait la fabrique du mal, celui de l’histoire de Carrie (et de tous les personnages qui l’entourent), mais encore plus celui des tueries de masse et des tragédies qui touchent les adolescents, particulièrement aux USA. Parfois présentée comme un True Crime (avec les interviews des rescapés que l’on voit tout au début, puis à plusieurs reprises ensuite), il s’agit de l’histoire actuelle aux USA pour tous ces ados. On pourrait d’ailleurs aussi penser à la mini-série Netflix Adolescence qui en est une sorte de version britannique. Notez au passage, et contrairement à cette dernière, que la série Carrie met en lumière les femmes, mais pas pour en faire des reines (de promo ?) mais bien soit des victimes de l’Histoire, soit leurs propres bourreaux. En effet, pas de masculinisme ici (le féminisme y est tout de même, en toile de fond, comme l’indique la présence du roman La Servante écarlate à plusieurs reprises, et certains dialogues), mais bien une multitude d’agissements ridicules de filles en groupe, de petits coups malsains et de vengeances mesquines. Les filles en prennent pour leur grade, mais sans manichéisme aveugle : chacun a ses raisons pour agir ainsi.

On était juste des gamins qui essayaient de faire de leur mieux.

La série Carrie sort donc de la seule anecdote fantastique d’une petite ville pour illustrer un phénomène social total. Cela va sans doute ennuyer une partie des spectateurs, mais ce traitement explique la réaction de Stephen King en interview, qui, sans enthousiasme, expliquait que cette nouvelle version était géniale. Il ne pouvait bien entendu pas être démonstratif, étant donné le sujet très grave abordé.

Mais il y a encore plus, une sorte d’extension de la partie fantastique du lore du roman de Stephen King, que l’on distille dès le début de la série pour finir dans un pic final très réussit, à la fois christique et très satisfaisant, mais sans en faire trop dans la surenchère d’effets pyrotechniques.

Personne ne pose les bonnes questions.

Pour résumer, cette série a toutes les bonnes raisons d’exister. Déjà, parce qu’elle développe l’histoire originale sur un temps plus long, en parlant du climat social de son époque (la nôtre, au moment où ces lignes sont écrites), et pour donner une vision plus profonde, moins monocorde de ce qui arrive à Carrie. L’interprète qui lui donne vie, Summer H. Howell, qui est extraordinaire ici, fera parler d’elle. Parmi ce que l’on peut lui reprocher, la série s’ouvre et se ferme parfaitement, mais est plus lente dans son développement. La faute sans doute à la volonté du showrunner, Mike Flanagan, de ne pas trop verser dans la facilité du sensationnalisme pour mieux faire parler l’évolution de ses personnages psychologiquement. Il s’agit, en tout cas, de la meilleure version depuis celle du film de Brian de Palma en 1976 (la série lui fait d’ailleurs un petit clin d’œil dans son épisode final). On doit aussi citer le roman Rage de Stephen King, qui donne à la série quelques éléments de sa psyché, ou encore d’autres choses qu’il est impossible de citer ici sans vous spoiler honteusement.

À suivre...

BANDE ANNONCE


Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés



 Charte des commentaires 


Carrie : La critique de la série Prime Video
Paul : La critique de la série
Neagley : La critique des trois premiers épisodes
Reacher : Critique du reste de la saison 4
The Runner : La critique du film Prime Video
Star Trek : Le prochain film sera plus sombre
Carrie : La critique de la série Prime Video
Kraken : La critique
Lanterns : La psyché de Hal et l’héritage des Jordan Boys
Spider-Man : Amazon prêt à dire oui pour La Saga des Clones
Notre salut : La critique
Star Wars - Ahsoka : Les Uns au programme de la saison 2
Reacher : Une saison 6 sans neige pour la série Prime Video
The Crying Boy : Une adaptation de la BD au cinéma par le (…)
Cinéma - Bandes annonces : 01 octobre 2026
Unification france est copyright (c) 1997 - 2026 Unification France. Tous droits réservés.