Scream : Retour sur la série TV
Les avis sur la série Scream restent tranchés, surtout pour ceux qui l’avaient rejetée sans même lui donner sa chance à l’époque. À la surprise générale, certains se sont pris au jeu. Si la série ne peut ni remplacer ni surpasser les meilleurs films de la franchise, sa mauvaise réputation est injustifiée.
La série télévisée Scream n’était pas la première du genre ; le format du thriller à suspense avait déjà été utilisé avec succès dans Harper’s Island (2009). Il se trouve que Jill E. Blotevogel a travaillé sur les deux séries en tant que productrice. Ces deux séries similaires ont toutes deux affiché un nombre impressionnant de victimes ; cependant, Blotevogel ne souhaitait pas reproduire la stratégie marketing de Harper’s Island :
On savait, dans chaque épisode, que quelqu’un allait mourir. […] C’est une promesse excitante, mais d’une certaine manière, on attend de savoir qui va mourir dans l’épisode suivant.
Alors que dans Scream, l’un des points forts résidait dans l’imprévisibilité du statut de victime :
Nous voulions déstabiliser les spectateurs, afin qu’ils ne sachent pas forcément quand, si ou comment quelqu’un pourrait mourir.
Un casting fort :
MTV n’avait pas caché la fin tragique de Bella Thorne (une ancienne starlette de Disney Channel) dans la série. La chaîne a même annoncé que son personnage serait la première victime avant la diffusion du premier épisode. Et même si la mort de Nina Patterson n’a pas le même impact que celle du personnage de Drew Barrymore dans le film original, la série voulait tout de même son propre moment « Casey Becker ». Ce choc ressenti en voyant la star du casting se faire menacer et éviscérer en moins de dix minutes.
Parallèlement, Willa Fitzgerald , qui incarnait Emma Duvall, a vu sa notoriété exploser après la fin de la série. De Reacher à La Chute de la maison Usher en passant par Strange Darling, la carrière de l’actrice a véritablement décollé après son affrontement avec Ghostface.
Citons aussi Bex Taylor-Klaus (connue aussi pour ses rôles dans The Killing et
Arrow) qui joue à merveille sur son androgynie, Carlson Young (Les Experts, Key and Peel, devenue réalisatrice depuis) qui incarne une cheerleader blonde qui se révèle bien plus attachante que son stéréotype et John Karna (The Valley) qui incarne un geek animateur d’un podcast de True Crime dont la version française a la bonne idée d’être interprétée par Fabrice Fara, le doubleur de Sheldon dans la série The Big Bang Theory, ajoutant une touche de meta.

Le masque polémique :
À propos de Ghostface, il vaut mieux aborder tout de suite la question du masque. Ce petit changement, pourtant crucial, par rapport aux films a pesé sur la série dès le départ. Même si le tueur arbore un masque blanc fantomatique, il est loin d’être celui auquel on associe Ghostface. Il semblerait que la production n’ait pas pu obtenir les droits du costume iconique de « Father Death » (conçu par Fun World), d’où la création de ce nouveau masque.
Plus que tout autre élément de la série, ce changement de personnage constitue sans doute le principal frein pour les nouveaux spectateurs. L’emprunt du titre laisse présager la présence du Ghostface classique, du moins d’un point de vue esthétique. En revanche, l’utilisation d’un nouveau masque souligne et marque la rupture avec la continuité de l’histoire.
Il faut reconnaître que le masque de la série est efficace en soi. Son design, avec des traits plus humains, lui confère une dimension inquiétante qui manquait au masque traditionnel de Ghostface. C’est comme se regarder dans un miroir flou et déformé, en essayant de déchiffrer son reflet. De plus, quiconque verrait cette chose le fixer dans l’obscurité serait naturellement tout aussi terrifié, voire plus étant donné que les traits déformés du masque original ont été repris dans la parodie Scary Movie par eexemple.
L’occasion rêvée de refaire le film de 1996 n’est jamais saisie dans la série. On retrouve bien quelques éléments inspirés, mais globalement, les événements du film n’ont aucune incidence sur l’intrigue. Quoi qu’il en soit, les deux œuvres partagent le même point de départ : une banlieue est secouée par le meurtre d’une jeune fille du coin. Pourtant, une fois le choc du meurtre brutal de Nina passé et que d’autres morts commencent à se produire, il devient évident que les habitants de Lakewood doivent se débrouiller seuls pour survivre, hormis Noah Foster (John Karna), le fan d’horreur du quartier. Sa connaissance pointue du genre, aussi pointue soit-elle, s’avère aussi utile que dans les nouveaux films Scream. Au final, la maîtrise des codes et des tendances ne peut arrêter un fou.
Là où la série ressemble le plus aux films, c’est au niveau du ou des tueurs. Les motivations varient tout au long de la franchise, mais la série s’est inspirée des films pour expliquer les raisons qui poussent Ghostface à agir ainsi. Cependant, dans la plus pure tradition de Scream, aucun détail n’est superflu ni négligé. Tout est lié au début, notamment l’intrigue secondaire concernant Brandon James. Malheureusement, cette histoire, ainsi que les acteurs originaux, ont été abandonnés après la deuxième saison.

La légende locale :
L’idée incomprise de ceux qui n’ont pas apprécié la série et ont vite abandonné son visionnage est celle de la légende locale de Brandon James, qui pèse sur la série et dont on se doute qu’elle puisse avoir une incidence un jour, tout en brouillant les pistes. Il s’agit au contraire d’un formidable élément scénaristique qui perd toujours le spectateur et le tient en haleine. La proximité avec une sorte de Jason Voorhees originel est bien entendu assumée. Ne rentrons pas trop dans les détails, au risque de gâcher l’intrigue.
Une diffusion chaotique :
Malgré une deuxième saison réussie et un épisode spécial Halloween amusant (plus que terrifiant), la production de la série Scream a été interrompue. Elle avait été renouvelée pour une troisième saison en 2016, mais des problèmes en coulisses ont empêché toute diffusion jusqu’en 2019. À ce moment-là, les responsables avaient quitté la production ; les producteurs Blotevogel et Jaime Paglia avaient déjà été remplacés par Michael Gans et Richard Register lors de la deuxième saison.
De plus, le scandale Harvey Weinstein a contribué au retard, Weinstein étant un ancien producteur exécutif. Une fois les problèmes juridiques réglés, la troisième et dernière saison a enfin été diffusée. Au lieu d’une diffusion hebdomadaire, les six derniers épisodes ont été répartis sur trois jours consécutifs. L’émission a également changé de diffuseur, passant de MTV à VH1. Autant dire que de nombreux changements ont été apportés, notamment l’arrivée d’une toute nouvelle distribution de victimes potentielles.
Avec de nouveaux producteurs aux commandes, dont Queen Latifah, la dernière saison a marqué un tournant décisif. Pour souligner ce nouveau départ, l’intrigue a été déplacée des banlieues sordides vers les quartiers défavorisés. Keke Palmer (The ’Burbs) figurait parmi les jeunes recrues (alias le Deadfast Club), et l’intrigue n’avait paucun lien avec ceux des saisons précédentes. Le masque de Ghostface avait d’ailleurs retrouvé son aspect d’antan, et la série avait réussi à recruter Roger L. Jackson. Ces points positifs, bien sûr, n’ont pas suffi à endiguer le flot de critiques négatives qui a accueilli Scream : Resurrection. Peu de temps après, cette tentative de transformer la série en une anthologie saisonnière a pris fin.

En conclusion :
Dès le premier épisode de Scream, le personnage de Noah déclare :
On ne peut pas faire un film d’horreur comme une série télé. Les films d’horreur sont intenses et rapides et la télé doit prendre son temps.
Ces propos ont immédiatement donné l’impression que la série se dévalorisait avant même d’avoir vraiment commencé. Avec le recul, cependant, il s’agissait plutôt d’un défi, non seulement pour elle-même, mais aussi pour tous les spectateurs.
Le hasard de la programmation mit aussi les débuts de la série Scream face à une première saison très réussie d’une autre série nommée Slasher, qui exploitait le genre de façon plus traditionnelle (pour être pourtant de moins en moins bonne de saisons en saisons).
Cette tentative d’adapter le sous-genre du slasher à la télévision a-t-elle été réussie ? Oui et non. La série comporte des faiblesses dont elle ne se remet pas toujours ; on pense notamment à son rythme inégal. En revanche, lorsqu’elle se concentre sur des sensations fortes et des rebondissements, elle est sacrément divertissante, et le fait de recentrer l’intrigue sur des adolescents de l’âge des protagonistes du premier film induit une parentée immédiate du meilleur moment de la franchise.
Sous un autre titre, cette série aurait peut-être bénéficié d’une plus grande indulgence. L’affluence aurait sans doute été moindre, dans ce cas. Malgré tout, si on l’aborde pour ce qu’elle est, et qu’on l’accepte telle qu’elle est plutôt que telle qu’elle n’est pas, cette version de Scream est une tentative réussie de feuilletonner le genre du film d’horreur, surtout dans ses deux premières saisons.

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