PIFFF 2025 : Vendredi 12 décembre
La troisième journée du PIFFF a été l’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, des films formidables.
Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, l’une des séances affichant complet et les autres étaient bien rempli par un public cinéphile venu découvrir des œuvres sortant de l’ordinaire sur le très bel écran du Max Linder Panorama.
Les films étaient vraiment très différents les uns des autres. Le premier parlait de sénilité, le second de célébrité, le troisième de fausses images et le dernier de perception de la réalité. Une journée sous la thématique de l’image dans laquelle la violence était bien présente.
Sénior, humoriste, application et personnalité était les mots-clés de la journée.
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09h00 : Grand Prix Climax
« Le Grand Prix Climax a pour objectifs de valoriser et de faire émerger les scénaristes et scénarios de genre, de constituer un vivier de talents francophones et de favoriser la production française de films de genre. »
C’est Les Peintures Noires de Margaux Boichard qui a remporté le prix. Une mention spéciale a été attribuée à L’accompagnante de Laure-Elie Chénier-Moreau.
Les nominés étaient :
– L’accompagnante de Laure-Elie Chénier-Moreau
– Les Peintures Noires de Margaux Boichard
– In Vino Parasitas de Rémi Brion & Antoine Waterkeyn
– Amstramgram de Louis Hériot
– Angle Mort de Julien Dinse & Cédric Stephan
14h30 : CRAZY OLD LADY
Une nuit d’orage, Laura demande à son ex Pedro de veiller sur sa mère sénile. Mais quand il arrive, Alicia l’entraîne dans un jeu cruel qui vire au cauchemar.
Avis : C’est vraiment un très beau film en compétition auquel on a eu droit avec ce Crazy Old Lady de Martín Mauregui. On y découvre un homme qui se rend chez son ex belle-mère pour s’occuper d’elle alors que son ex-femme lui a demandé un service urgent. Mais celle-ci le prend pour un autre et sa lente plongée en enfer commence dans un huis clos anxiogène, haletant et malaisant.
Les deux comédiens principaux sont excellents, avec Carmen Maura qui crève littéralement l’écran à 80 ans, tandis que Daniel Hendler lui répond avec un grand brio. De plus, la maison où se déroulent les événements a une véritable atmosphère et l’écriture est particulièrement ciselée.
Certaines scènes sont vraiment marquantes, dont une qui n’est pas près de quitter la mémoire et qui a eu un impact démultiplié sur les hommes. De plus les traumatismes qu’une personne peut subir, ou les horreurs qu’elle fait et qui peuvent ressurgir quand la frontière entre le présent et le passé s’efface avec l’âge est remarquablement montré. C’est clairement, pour l’instant, l’un de mes films préféré de la compétition.
16h30 : MORT DE RIRE
Nino et Bruno, duo comique adulé, connaissent une ascension fulgurante. Mais plus leur succès grandit, plus la rivalité et la haine s’installent entre eux.
Avis : Difficilement visible sur grand écran, c’est donc avec une très grande joie que l’on a pu visionner cette superbe version restaurée de Mort de rire de Álex de la Iglesia. L’œuvre présente un duo de comique qui cartonne en Espagne, mais dont la vie privée est moins joyeuse que ce qu’il montre sur scène.
L’œuvre parle parfaitement de la célébrité, de la détestation professionnelle et des apparences à l’aide d’un trio d’acteurs formidables, les deux premiers incarnant des humoristes et le troisième leur manager.
Le long métrage n’a pas pris une ride et reste toujours d’une grande actualité. La mise en scène est brillante, les répliques sont magnifiquement écrites et parfaitement interprétées. Sans compter que les situations sont superbement inventives et qu’entre le rire et le malaise, la limite est très mince. De plus, l’œuvre va jusqu’au bout de sa démonstration et offre un récit singulier plaisant jusqu’à son final, impeccablement trouvé.
19h15 : APPOFENIACS
Un jeune homme doué en deepfakes crée des vidéos immorales et destructrices, semant le chaos sans remords, uniquement parce qu’il le peut.
Avis : Appofeniacs est un film qui parle d’un homme capable de faire de fausses vidéos avec une application pouvant générer des petits films semblant plus vrais que nature en intégrant des personnes et des voix réelles, ce qui sème le chaos dans la vie des personnes concernées. Une thématique d’une grande actualité, alors qu’aujourd’hui, l’intelligence artificielle permet d’obtenir des œuvres qui sont de plus en plus difficiles à identifier comme étant fausses.
Le réalisateur Chris Marrs Piliero était présent et a répondu aux questions du public à l’issue de la projection. Celui-ci aime les narrations éclatées et s’est amusé à jouer avec les événements qu’il raconte dans son film.
Toutefois, certaines situations sont un peu forcées et les personnages sont bien peu attachants, ce qui fait que l’on éprouve peu de peine vis-à-vis de ce qui leur arrive. C’est d’autant plus dommage que l’œuvre fourmille de bonnes idées et propose un final particulièrement jubilatoire. Mais les baisses de rythme, l’écriture pas toujours très aboutie et les personnages non marquant ne sont pas arrivés à me faire plonger au cœur de cet abîme cauchemardesque qu’est l’usurpation de son identité pour faire dire et faire n’importe quoi à un avatar numérique.
21h45 : THE LAST VIKING
À sa sortie de prison, un braqueur cherche son frère, seul détenteur du secret d’un butin. Mais persuadé d’être la réincarnation de John Lennon, celui-ci l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable…
Avis : Le dernier film de la journée, The Last Viking, était franchement excellent. Sixième réalisation d’un homme, Anders Thomas Jensen, que l’on connaît plus pour ses remarquables scénarios, celui-ci montre, encore une fois, qu’il est capable d’offrir un long métrage complètement atypique, d’une grande tendresse et profondément touchant.
On suit un homme sorti de prison qui retourne, en compagnie de son frère ayant un problème mental, dans la maison isolée en pleine nature de leur enfance. Si le sujet paraît déjà traité, la proposition qui est faite force l’admiration. En effet, on rit parfois, on est ébloui devant l’inventivité de certaines situations et on est fortement attendri devant ce que l’histoire raconte.
Le long métrage parle magnifiquement du handicap et de la différence et lui apporte un éclairage sortant de l’ordinaire. Ainsi, avec son changement de paradigme osé et la transformation de la perception des différents protagonistes, on obtient clairement un petit bijou qu’il ne faut vraiment pas manquer. Et cela tombe bien, car le film sortira en salle en mai 2026. Il ne faudra donc vraiment pas le rater. D’autant que l’interprétation est extraordinaire. Et qu’entre Nikolaj Lie Kaas, remarquable en frère bourru ayant du mal à gérer sa colère et Mads Mikkelsen, absolument exceptionnel en cadet se prenant pour John Lennon, l’alchimie fonctionne magnifiquement et les comédiens offrent une prestation magistrale.
© Xavier Colon
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