Salauds de pauvres : La critique
Salaud de pauvres est un très bon film à sketches présentant de manière tout à fait originale les sans-abris et les démunis.
Plusieurs réalisateurs et scénaristes ont œuvré sur chacune des parties. Ces dernières sont reliées par un amusant Fil rouge, réalisé par BEEF, en la personne de François Rollin incarnant un individu pédant décryptant les séquences présentées. Évidemment, ses propos généralistes, et parfois véridiques, ne soulignent jamais la réalité montrée dans les passages discutés.
Au fil des sketches se dessinent l’existence, les problèmes et les souffrances des personnes se retrouvant à la rue ou essayant de survivre au mieux aux fins de mois compliquées. Le parti-pris d’en faire une fiction permet une certaine distanciation que le documentaire n’offre pas, tout en renforçant l’impact des messages envoyés.
Il faut souligner que le producteur Frédéric Marboeuf, a décidé de reverser l’intégralité des bénéfices de la production au SECOURS POPULAIRE. Le tournage s’étendant sur 2 ans à d’ailleurs réuni des équipes de tournage et des comédiens qui ont été bénévoles pour participer au long métrage.
Le film est parfois un peu inégal selon ses segments. Il fait parfois des propositions visuelles très intéressantes, d’autres plus classiques, et certaines à la limite du documentaire. Toutes les séquences sont réalisées avec un bel esprit et les comédiens entrent parfaitement dans leurs rôles pour donner corps à des histoires de temps en temps touchantes, parfois grinçantes, voire carrément méchantes, mais ne laissant jamais indifférent.
Les 11 scénarios évoquent différents évènements touchant des pauvres, des sans-abri et des riches. Ils utilisent parfois la causticité ou même l’absurdité, ce qui touche beaucoup plus que l’utilisation d’un traitement complètement réaliste, bien que certaines thématiques soient très proches de la réalité et parfaitement crédibles. Ces récits, aidés par des bons acteurs et une mise en scène juste dresse le portrait vivace d’une France de l’ombre dont on ne parle jamais ainsi.
Le film offre des sketches vraiment diversifiés, permettant aux spectateurs d’en avoir plusieurs qui résonnent en lui plus particulièrement. Il fait une proposition cinématographique tout à fait originale qui devrait ravir les amateurs de longs métrages, tout en parlant, parfois sous couvert de burlesque, de personnes qui ne peuvent pas, et souvent, ne veulent pas se défendre.
Casino du matin chagrin de Patrice Leconte est le premier segment proposé. Il met en avant Ariel Dombasle qui après avoir passée une nuit au casino où elle a tout perdu va avoir une rencontre étonnante avec un sans-abri.
115 Bonsoir de Giedré présente une étrange relation entre un sans-abri bien peu sympathique et une travailleuse prenant les appels du 115, les urgences sociales.
Regrets de Sophie Forte montre une rencontre fort touchante entre une jeune mère et un sans-abri qui a abandonné son fils 30 ans plus tôt.
Parlons-en de Christophe Alévêque présente un débat télévisé sur la pauvreté qui tourne mal.
À l’ombre des vacances de Nadia Kozlowski-Bourgade évoque l’absence de départ en vacances des enfants de familles pauvres.
Le cadeau de Manuel Pratt montre une singulière location d’un pauvre et s’avère très caustique et méchant.
Les petits frères des riches d’Albert Meslay filme le discours du président d’un club soutenant les riches se félicitant des inégalités existantes.
Le greffé de Brigitte Busquet évoque d’une façon grinçante avec beaucoup d’humour noir, le trafic d’organes dont les pauvres sont de malheureuses victimes.
La fuite de Phil Marboeuf montre un sans-abri qui vend des journaux pour avoir une petite ressource.
Merda Pobre de Rémi Cotta et Miguel-Ange Sarmiento présente un lien curieux entre show-business et pauvres. Il faut signaler que c’est la première apparition cinématographique de la divine Carolina aux spectacles très amusants.
Alice de Jean-Claude Deret est l’amusante création d’un court-métrage dans lequel une femme de ménage à un rôle à jouer.
Salaud de pauvres est un petit ovni. Un film tendre et truculent qui sait appuyer là ou cela fait mal et se permet tout. Très diversifié, présentant des récits émouvants, violents ou dérangeants, c’est au spectateur de ressortir grandi de cette rencontre avec ces sagouins de pauvres. Un voyage tragico-comique au cœur de notre société et qui fait assurément voir certaines choses d’une autre façon.
Intelligent et différent.
SYNOPSIS
Salauds de pauvres est un film à sketches, écrit par douze auteurs. Miroir ou projection, Salauds de pauvres s’amuse de faits de tous les jours et ne raconte pas une histoire, mais des histoires. À travers ces histoires courtes et amères, sont dévoilées toutes les fissures du genre humain, qui, dans un mouvement de mondialisation et de néolibéralisme de plus en plus affirmé, peuvent amener l’homme ordinaire à être un monstre de lâcheté, de cruauté, d’indifférence ou d’hypocrisie. Salauds de pauvres sous un angle décalé, retranscrit la réalité de façon provocante ou non, toujours avec la même ambition : faire réagir.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 46
– Titre original : Salauds de pauvres
– Date de sortie : 05/06/2019
– Réalisateur : Christophe Alévêque, Rémi Cotta, Jean-Claude Deret, Charles Dubois, Patrice Leconte, Sophie Forte, Giedré, Nadia Kozlowski-Bourgade, Albert Meslay, Miguel-Ange Sarmiento, Manuel Pratt, Brigitte Busquet, Phil Marboeuf, BEEF
– Scénariste : Patrice Leconte, Giedré, Sophie Forte, Christine Eche, Christophe Alévêque, Nadia Kozlowski-Bourgade, Albert Meslay, Dominique Meunier, Phil Marboeuf, Miguel-Ange Sarmiento, Laurent Biras, Jean-Claude Deret, François Rollin, Laurent Violet, Manuel Pratt
– Interprètes : Arielle Dombasle, Zabou Breitman, Albert Delpy, Jérémie Duvall, Serge Riaboukine, Jacques Frantz, François Rollin, Philippe Chevallier, Christine Murillo, Husky Kihal, Jeanne Chartier, Thibaud Houdinière, Christophe Alévêque, Jean-Pierre Malignon, Serena Minaldi Reinaldi, Prescillia Andreani, Agnès Akopian, Muriel Lemarquand, Guy Louret, Noelann Bourgade, Virginie Gritten, Geoffroy De La Taille, Bernard Fructus, Chloé Garnier, Olivier Breitman, Rose Fonsagrive, Emmanuel Pallas, Elyas Garnier, Laurence De Greef, Carolina, Sylvia Gnahoua, Christelle Annocque, Wolfgang Kleinertz, Albert Meslay, Dominique Fouilland, Nealson Bourgade, Gauthier Pougeoise, Chraz, Frédéric Poteau, Julie Guio, Virginie Lemoine, Philippe Collin, Laurence Benoit, Bérengère Jean
– Photographie : Boris Abaza, Mathilde Cathelin, Mathieu De Montgrand, Guillaume Dreujou, Jean-Marie Dreujou, Christophe Hustache-Marmon, Thierry Matalou, Vincent Scotet
– Montage : Alice Moine
– Musique : Lucid Beausonge, Alain Bernard, Brendon Bourgade, Phil Marboeuf, Étienne Perruchon, Vadim Sher, Jean-François Varlet
– Producteur : Frederic Marboeuf pour Dix-Huit jours
– Distributeur : Dix-Huit jours
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