L’enfer dans la ville : La critique

Date : 01 / 01 / 2019 à 09h00
Sources :

Unification


L’enfer dans la ville est un très bon film italien de 1959 racontant l’emprisonnement d’une jeune femme innocente dans une prison.

Cette dernière va se trouver sous la protection d’une dure à cuire qui va essayer de la faire libérer et lui apprendre la dureté de la vie. Le scénario de Suso Cecchi d’Amico exploite très bien les relations entre femmes dans un milieu carcéral ou nombreuses d’entre elles ne sont là que pour prostitution ou petits vols qui leur permettent de pouvoir survivre.

C’est dans une véritable prison désaffectée que l’œuvre est tournée. Le bâtiment est donc très présent dans l’histoire qui se déroule entièrement dans son sein. Ce personnage imposant et silencieux plane sur tous les personnages et apporte une atmosphère véridique au récit.

De plus, la plupart des protagonistes sont interprétés par des comédiennes non-professionnelles, dont certaines anciennes détenues. L’ambiance que l’on y retrouve est donc intense et donne l’impression d’être projeté dans un milieu parfois très dur où la misère est prégnante. Néanmoins, quelques individus essayent de s’entraider et de s’élever de la triste condition où elles se retrouvent. Et toutes les prisonnières forment une sorte d’étrange sororité d’adversité.

Le trio des personnages les plus importants est fort bon. Anna Magnani crève littéralement l’écran en diva des prisons qui essaye d’aider une innocente. Son interprétation imposante lui a valu plusieurs prix et cette dernière incarne vraiment les diverses facettes des femmes emprisonnées.

Giulietta Masina, l’actrice qui est sa grande rivale de l’époque, est formidable en femme horrifiée de son sort injuste. Elle sait bien faire évoluer son personnage, montrant l’impact de la prison sur une personne qui y apprend des leçons bien dures.

Cristina Gaioni, aussi primée pour son second rôle, complète ce trio varié en incarnant une jeune fille rêveuse souhaitant fonder une famille et ne plus retourner en prison.

Le réalisateur Renato Castellani montre un microcosme fascinant de la misère humaine enfermée dans un lieu où bien peu d’espoir est présent. À travers l’évolution de ses personnages au cours du temps, il montre un portrait saisissant de l’Italie d’après-guerre dans laquelle la société est en pleine mutation.

La très belle version restaurée qui est présentée correspond à la version director’s cut jamais montrée que le réalisateur n’a pu imposer à l’époque, notamment à cause de sa fin poignante.

L’enfer dans la ville est un très bon film de prison qui s’éloigne des canons hollywoodiens. Ici, il n’y a pas de morts ou de bagages sanglantes, de clans ou de trafic de drogue. Les femmes vont et viennent au gré des saisons et échangent, le temps de leur emprisonnement, leurs blessures, joies ou espoirs.

Avec une interprétation imposante, un lieu impressionnant et une réalisation recherchée, l’œuvre est très bonne et mérite vraiment d’être (re)découverte dans cette version inédite, allongée de 10 minutes et à la fin inédite.

Touchant et passionnant.

IA

L’enfer dans la ville fait le portrait de femmes fortes dans un monde de brutes. Question de survie. Les plus faibles s’endurcissent vite à l’image de Lina qui prendra bientôt conscience de sa situation et finira par adopter le mode de vie de ses consoeurs, même "à l’extérieur"... car et c’est un peu la morale de cette histoire, on reste enfermée dans sa tête, même une fois sortie de ces quatre murs.

A l’aube des années soixante, le cinéma devient plus cru. Brut. Une lumière et une atmosphère qui en feront la marque.
On n’hésite plus à montrer sans fioritures le quotidien. Si le monde carcéral est loin du quotidien "ordinaire", les femmes qui le peuplent en sont elles, issues. Mais n’y ont pas trouvé leur place. En marge, elles survivent de leur mieux. Développant des sentiments et des réflexes de solidarité. Parfois teintés d’animosité.

Tout cela est très bien écrit et superbement interprété. Ce n’est évidemment pas très réjouissant. Mais c’est édifiant. Encore d’actualité, même sorti du contexte de l’époque, cela donne à réfléchir.

Le noir et blanc a cette faculté de dramatiser encore plus les choses. Et la gravité du propos n’en n’est que plus profonde.

Un film saisissant. Qui capte l’attention de bout en bout. Qui revient sur les écrans dans une période trouble, qui plus que jamais fait appel à un certain altruisme. En dépit des pires conditions.

Une belle oeuvre. Noire. Sensible et utile.

DB

SYNOPSIS

Lina, une jeune fille un peu trop naïve, est jetée en prison à cause du jeune homme dont elle était amoureuse. Egle la prend alors sous son aile...

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

– Durée du film : 1 h 36
– Titre original : Nella città l’inferno
– Date de sortie : 09/01/2019
– Réalisateur : Renato Castellani
– Scénariste : Suso Cecchi d’Amico d’après l’œuvre de Isa Mari
– Interprètes : Anna Magnani, Giulietta Masina, Myriam Bru, Cristina Gaioni, Anita Durante, Milly, Marcella Rovena, Miranda Campa
– Photographie : Leonida Barboni
– Montage : Jolanda Benvenuti
– Musique : Roman Vlad
– Costumes : Beni Montresor
– Décors : Ottavio Scotti
– Producteur : Giuseppe Amato pour Riama Films, Francinex
– Distributeur : Les Films du Camelia

LIENS

– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB

PORTFOLIO

L’enfer dans la ville


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