Avant l’aurore : La critique

Date : 15 / 09 / 2018 à 11h00
Sources :

Unification


Il existe des films dont il est difficile d’émettre une critique qui tend au maximum vers l’objectivité. Des œuvres complexes, sombres, dérangeantes, perturbantes mêmes, qui nous ferons tous réagir différemment selon nos sensibilités. « Avant l’aurore » de Nathan Nicholovitch appartient à cette caste.

Film d’auteur nous plongeant dans les basfonds de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, pays vivant avec les stigmates des Khmers rouges, où l’on suit le quotidien de Mirinda, prostitué travesti français, qui va recueillir une jeune fille vouée à l’esclavage sexuelle. Dès ce résumé, vous comprendrez qu’il faut avoir un recul suffisant pour vivre ces 105 minutes sans quitter le salle.

Et dès la première apparition de Mirinda à l’écran – une scène de prostitution ultra réaliste - le message est encore plus clair : Nathan Nicholovitch n’est pas là pour vous épargner.

Mirinda – interprété de manière organique par un envoutant David d’Ingeo - vit de diverses commerces illégaux et habitent ici depuis un certain temps. Il a ses amis, ses habitudes, dans une culture qui accepte totalement ce qu’il est. Son désir est de changer de genre via la chirurgie. Il fréquente un homme, Viri (Viri Seng Samnang), modeste cuisinier qui participe à un trafic d’enfants pour arrondir ses fins de mois. Après des complications, Viri « stocke » sa marchandise chez Mirinda. Et c’est là que ce dernier fait la connaissance de Panna (Panna Nat) jeune cambodgienne d’à peine 12 ans, destinée à exercer la prostitution pour les occidentaux dans le pays voisin, la Thaïlande. Mirinda va alors prendre sous son aile cette enfant, très perturbée par son sort.

Sans vous en dévoiler trop, attendez-vous à plusieurs scènes plutôt choquantes, mais qui trouvent un réel sens dans ce récit. Car la grande force de ce film reste celle-là, tout ce capharnaüm a un sens.

Le film connaît de nombreux plans contemplatifs, des scènes d’inactions, presques inhérentes au genre du cinéma d’auteur français, qui tendent à la lassitude voire à l’ennui. Mais pour autant toujours accompagnés d’un travail sur la lumière très pointilleux. Un soin perpétuel sur la photographie. Rien n’est clair, tout est teinté d’obscurité, même dans une scène de bonheur simple. Chaque émotion non dite est signifiée par une couleur.

Le tout filmé caméra au poing, donnant l’illusion d’un documentaire, saisissant les choses telles qu’elles sont, brutes. Les gros plans sur les visages sont répétés et la mise en scène met en avant les corps. La réalisation sert son propos.

Si vous désirez voir du cinéma percutant, montrant réellement les dérives de l’humain, tout en acceptant des langueurs, alors ce film pourra vous plaire.

Il vous faudra surtout accepter l’idée que parfois, le cinéma n’est pas là uniquement pour vous divertir ou vous rendre heureux.

SYNOPSIS

Mirinda, un Français prostitué, vit au jour le jour dans les faubourgs de Phnom Penh. Une existence faite d’excès et d’espoir, dans une ville toujours marquée par son passé Khmer rouge. Sa rencontre avec Panna, une petite fille livrée à elle-même, va bouleverser son équilibre et lui donner le courage de se transformer encore.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Durée du film : 1 h 45
 Titre original : Avant l’aurore
 Date de sortie : 19/09/2018
 Réalisateur : Nathan Nicholovitch
 Scénariste : Nathan Nicholovitch, David D’Ingéo et Clo Mercier
 Interprètes : David D’Ingéo, Panna Nat, Viri Seng Samnang, Ucoc Lai et Clo Mercier
 Photographie : Florent Astolfi
 Montage : Gilles Volta
 Musique : Guillaume Zacharie
 Producteur : Nathan Nicholovitch pour D’un film l’autre
 Distributeur : New Story

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Avant l'aurore


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