Frost : La critique

Date : 22 / 03 / 2018 à 11h30
Sources :

Unification


Un jeune couple de Lituaniens, Rokas et Inga (Mantas Janciauskas et Lyja Maknaviciute), un peu perdu et plutôt discret, décide de rendre service en prenant la route avec un fourgon humanitaire rempli de denrées pour l’armée ukrainienne.

Au cours du voyage - quelques 1500 kilomètres entre Vilnius et Kiev – et au fil des rencontres, ils vont se découvrir et se rendre compte de la réalité de la guerre au fur et à mesure qu’ils se rapprocheront du front, là où leur road trip les mènera.

Frost est la treizième réalisation Sharunas Bartas. Sélectionné au Festival de Cannes 2017, le film avait eu une réception plutôt positive et pour cause, sans être un long métrage parfait, il parvient à transmettre son message autour de trois grands thèmes.

LA GUERRE

Nous avons le droit ici à un rappel : l’Ukraine est toujours en guerre. Une guerre invisible, innommable - on entend parler du concept de guerre hybride – même pour des citoyens de pays proches. Un conflit oublié par l’Europe occidentale.
Même si le film nous prévient, nous n’avons ici que la vue de l’armée ukrainienne, les séparatistes n’étant qu’une froide menace lointaine semant uniquement la mort. Une mort brutale, sans aucune idée de ce qui motive ces hommes.

Le réalisateur préfère s’attarder sur les militaires de l’état ukrainien, lors d’une scène parmi les plus fortes du film, dans laquelle nous avons le droit à une très belle humanisation des soldats. Ceux qui sont trop souvent vus comme des bras armés sans conviction, de simples machines à tuer écervelées. Le film ne justifie pas leurs actions mais permet de comprendre la logique qui habite les hommes sous l’uniforme.

LUI

Rokas, notre héros, ne sait pas où se situer, dans ce conflit ou dans son rapport avec Inga.

Lors de leur première halte dans un hôtel à Dnipopetrovsk. Nos deux protagonistes font la rencontre de journalistes étrangers. Une reporter française, interprétée par une Vanessa Paradis très juste, explique à Rokas que parfois, qu’on le veuille ou non, le rôle de reporter nous tombe dessus. Il faut juste l’accepter et servir de relais pour informer. Plus tard dans cette même soirée, alors qu’ils sont seuls, elle lui explique en quoi l’amour est essentiel dans une vie, avec un monologue introspectif touchant.

C’est donc elle qui va lui ouvrir les yeux et influencer la suite de son (leur) parcours.

Plus il se rapproche du front, plus cela lui semble limpide. Il veut être acteur et ne pas subir. Il est emporté dans une volonté de témoigner ce qui se déroule sous ses yeux. Il s’improvise journaliste en filmant, prenant des photos des stigmates des affrontements et s’essayant même à l’interview. Il se résout également à accepter son amour. Un sentiment libre, pur, sans attache.

EUX

Cette relation amoureuse est le fil rouge du récit. Rokas et Inga se découvrent progressivement, passant par tous les stades d’une relation amoureuse au cours de ce long chemin : la routine, les excès, la trahison, l’affrontement, la recherche de réciprocité sentimentale et de connaissance de la nature profonde de leur relation.

Les deux protagonistes ne semblent avoir que leur relation pour eux.

Tout deux appartiennent à une génération en manque de rêve, en recherche de convictions et tout simplement d’espoir. La très silencieuse Inga confie cet état de fait alors qu’elle se laisse aller dans l’ébriété à mi-chemin du récit.

UN TOUT INEGAL

Malgré ces thèmes brillament traités, le long métrage souffre d’un réel manque de rythme. Certaines longueurs, même si volontaire de la part du réalisateur, accompagnées de zooms très appuyés sur des acteurs aux jeux froids amènent une réelle lourdeur. La première heure semble bien longue. Les passages contemplatifs sont trop minimalistes, on ressent leurs perditions mais trop peu leurs ressentiments. La mise en scène manque parfois de dynamisme et de profondeurs. En revanche, la photographie antracite et ancrée dans le brouillard du rude hiver ukrainien apporte un réel cachet.

Même si la dernière partie est de de haute volée, notament le dernier plan – symbolique parfaite de l’oeuvre – tous les virages scénaristiques sont prévisibles.

Au final, Frost est un bon film qui dessert très bien son propos mais qui ne brille pas assez.

SYNOPSIS

Rokas et Inga, un couple de jeunes lituaniens, conduisent un van d’aide humanitaire depuis Villnius jusqu’en Ukraine. Au fur et à mesure de leur voyage au gré des rencontres, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, traversant les vastes terres enneigées de la région de Donbass, à la dérive entre des vies déchirées et les débris de combats. En s’approchant de la ligne de front, ils se découvrent l’un l’autre et appréhendent peu à peu la vie en temps de guerre.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Durée du film : 2 h 00
 Titre original : Frost
 Date de sortie : 28/03/2018
 Réalisateur : Sharunas Bartas
 Scénariste : Sharunas Bartas et Anna Cohen-Yanay
 Interprètes : Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra, Vanessa Paradis et Weronika Rosati
 Photographie : Eitvydas Doskus
 Montage : Dounia Sichov
 Musique : Pawel Mykietyn
 Costumes : Donata Porvaneckaite
 Décors : Oleg Dorychenko
 Producteurs : Janja Kralj, Sharunas Bartas, Michel Merkt, Jurga Dikciuviene, Olena Yershova, Volodymyr Filippov, Maria Blicharska, Monika Sajko-Gradowska pour KinoElektron, Reborn Production, Donten & Lacroix Films, Kinema Film et KNM Home Entertainment
 Distributeur : Rezo Films

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