Moonlight : La critique
Moonlight est avant tout un film sur l’identité. Celle-ci est mise en avant par les titres donnés aux trois parties du film, correspondant aux différentes identités de Chiron. Tour à tour Little lorsqu’il est enfant, Chiron quand il est adolescent et enfin Black une fois adulte, nous allons voir grandir cet enfant noir issu d’un quartier difficile de Miami.
Si vous avez vu la magnifique série The Wire de la chaîne HBO, vous savez déjà que l’un des personnages les plus iconiques de la série est Omar Little. Pour l’anecdote, ce dernier était le personnage préféré de Barack Obama à cause de son charisme et de sa complexité mêlant ultra-violence et code de l’honneur. Omar est un gangster qui prenait un malin plaisir à semer la zizanie dans les rues en rackettant les petits dealers, au grand dam des différentes pontes responsables du trafic de drogue. Une des caractéristiques du personnage était son homosexualité affichée, ce qui détonnait quelque peu dans un milieu criminel clairement homophobe et ultra-machiste. Le héros de Moonlight est en quelque sorte un héritier d’Omar Little et on découvre ici comment la société américaine contribue encore à créer des nouveaux Omar : des enfants sensibles, mais qui manquent de repères, notamment parce qu’ils sont rejetés à cause de leur orientation sexuelle.
Si Chiron a la chance de croiser sur sa route Juan lorsqu’il est enfant, sa mère accro au crack ne pas lui permettre de s’épanouir convenablement. Juan va devenir en quelque sorte un père de substitution pour Chiron en lui inculquant des valeurs, mais son statut de trafiquant de crack va le mettre face à ses contradictions. Juan est joué par l’excellent Mahershala Ali à la fois poignant et charismatique en diable, et qui vient d’ailleurs de remporter le SAG Award du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation. Lors d’un monologue s’adressant au petit Chiron, il va expliquer aux spectateurs ce qui se cache derrière le titre du film et le sens profond qu’il faut donner à l’histoire. Une tirade dont les paroles ne cesseront de hanter toutes les scènes du film et qui obsèderont les spectateurs longtemps après la projection.
La mise en scène est aérienne et traversée par de jolis plans-séquence. Le réalisateur use avec brio du langage cinématographique pour faire passer beaucoup d’émotions sous l’œil de sa caméra. Des émotions d’ailleurs sublimées par le trio d’acteurs prodigieux interprétant Shiron. Le film comporte de nombreuses ellipses et informations implicites qui obligent le spectateur à s’impliquer totalement dans le film. Comprendre ce qui se passe à l’écran et ce qui a pu se passer pour que l’intrigue amène à ces situations ne vous laissera pas vraiment de répit et c’est tant mieux.
Avec un sujet extrêmement subversif pour un film issu du milieu noir américain habituellement très conservateur, Hollywood continue encore et toujours nous surprendre et de continuer son combat pour défendre les minorités discriminées. Par les temps qui courent, on ne peut qu’applaudir cette démarche, surtout quand c’est aussi bien fait. Avec sa réflexion pertinente sur l’identité, Moonlight adopte un point de vue rarement montré sur les écrans avec une forme ambitieuse qui fait écho à La vie d’Adèle. Le film aurait mérité d’être encore plus long en abordant d’autres périodes de la vie de Chiron, tant on prend plaisir à la suivre et on ressent une certaine frustration lorsqu’apparaît le générique de fin.
Difficile en tout cas de ne pas ressortir bouleversé par une œuvre qui marquera sans aucun doute de son empreinte le cinéma indépendant américain. Le secret de Brokeback Mountain était le Western gay définitif. Moonlight sera donc le premier film Gangsta gay de l’histoire du cinéma.
Beau, fort, puissant et indispensable, bref, un futur classique.
SYNOPSIS
Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h51
– Date de sortie : 01/02/2017
– Réalisateur : Barry Jenkins
– Scénariste : Barry Jenkins d’après l’oeuvre de Tarell Alvin McCraney
– Acteurs : Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Janelle Monáe, Naomie Harris, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome
– Photographie : James Laxton
– Montage : Nat Sanders
– Décors : Hannah Beachler
– Costumes : Caroline Eselin-Schaefer
– Producteur : A24
– Distributeur : Mars Films
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