A peine j’ouvre les yeux : La critique
Agée seulement de 30 ans, Leyla Bouzyd a écrit et mis en scène A peine j’ouvre les yeux pour montrer ce que les tunisiens ont vécu et subi dès la prise de pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali en 1987 : La restriction des libertés, la surveillance, les abus policiers, la paranoïa et la peur. Comme peu de films arabes avant lui, le film a été présenté au Festival de Venise, ce qui n’a rien d’étonnant tant il arrive brillamment à nous faire comprendre les éléments qui, inéluctablement, ont entraînés la Révolution tunisienne, appelée également "Révolution de jasmin" à partir de décembre 2010.
Ainsi, la réalisatrice a décidé de situer l’action du film à l’été 2010, soit quelques mois avant cette Révolution, en se focalisant sur la jeunesse tunisienne. Celle-ci est habilement représentée par Farah, qui vient d’avoir son bac et qui n’a qu’un seul rêve, poursuivre sa carrière de chanteuse dans un groupe de rock engagé contre le régime. Baya Medhaffar, pourtant débutante, interprète la jeune fille avec beaucoup de crédibilité et de naturel. Grâce à sa voix envoutante et à son charisme, ont prend beaucoup de plaisir à écouter les chansons contestataires égrenées tout au long du film. La mère de Farah représente quant à elle le monde des adultes, et notamment ceux qui ont abandonné les convictions qu’ils avaient dans leur jeunesse, afin de ne pas mettre en danger leurs enfants. En voulant protéger sa fille, elle va développer avec elle une relation amour-haine, et seul un terrible événement sera capable de provoquer la réconciliation entre les deux femmes. Cette réconciliation est bien entendu le symbole de celle qui a eu lieu entre les habitants du pays, divisés devant l’attitude à avoir face à l’oppression écrasante du régime. Comme on peut le voir dans le film, si la plupart baissaient la tête, d’autres allaient jusqu’à collaborer avec le régime, et les rares opposants avaient tout intérêt à ne pas étaler leurs convictions en public s’ils ne voulaient qu’ils leur arrivent malheur (tortures, disparitions...).
En outre, le film montre de façon très pertinente les paradoxes qui composent la société tunisienne. Celle-ci navigue constamment entre un désir de liberté et une vision plus conservatrice, symbolisée notamment par la vie nocturne des bas-fonds faite de bars et de trains essentiellement fréquentés par les hommes. Alors que les médias parlent surtout d’extrémisme et de terrorisme lorsque ils évoquent la jeunesse arabe, le film nous rappelle qu’il y a une jeunesse, plus discrète, qui se bat au quotidien, et qui utilisait sa créativité artistique pour exprimer sa colère face au régime, même si elle l’a fait avec beaucoup de naïveté voire d’inconscience, compte tenu du système répressif en place. On devine qu’a de nombreuses reprises elle l’a payé au prix fort, mais l’Histoire à montré qu’à terme, sa pugnacité a fini par conduire au départ de Ben Ali et de son entourage quasi-mafieux.
A peine j’ouvre les yeux est un témoignage rare, où l’intime se mêle habilement à une vision pertinente, mais désenchantée d’une société gangrénée par la dérive autoritariste et dictatoriale de ceux qui la gouverne. Un film à voir, pour se rappeler à quel point notre liberté est quelque chose de précieux et fragile à la fois. D’ailleurs, certains se battent encore aujourd’hui pour l’obtenir.
SYNOPSIS
Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière.
Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 42
– Date de sortie : 23/12/2015
– Réalisateur : Leyla Bouzid
– Scénaristes : Leyla Bouzid, Marie-Sophie Chambon
– Interprètes : Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari, Aymen Omrani
– Photographie : Sebastien Goepfert
– Montage : Lilian Corbeille
– Musique : Khyriam Allami
– Costumes : Nadia Anane
– Décors : Raouf Hélioui
– Producteur : Badi Chouka pour Blue Monday Productions, Propaganda Production et Hélitronic
– Distributeur : Shellac
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