Le bouton de nacre : La critique

Date : 26 / 10 / 2015 à 11h41
Sources :

Unification


Le bouton de nacre est un étrange documentaire qui parle de sujets à la fois étonnants et très sérieux. L’eau, le cosmos, l’histoire du Chili et celle de ses aborigènes se mélangent dans un film qui relie de plus en plus fortement ces éléments entre eux.

L’œuvre elle-même n’est pas qu’un simple documentaire, elle alterne histoires mises en scène, interviews, images d’archives et séquences de reconstitution. Là encore le mélange de genre peut paraitre perturbant de prime abord, mais le montage rend l’ensemble fluide et apporte une certaine poésie à tant de destins brisés.

Car le cœur du film, c’est les humains. Tout d’abord les aborigènes chiliens qui sont quasiment éradiqués à l’heure actuelle, victime d’un génocide à grande échelle dont ils se sont moins bien sortis que leurs cousins indiens. Ensuite, ce sont les victimes de la dictature chilienne d’Augusto Pinochet qui a envoyé dans environ 600 prisons secrètes des milliers de personnes dont certaines ne sont jamais ressorties vivantes.

Avec 4 200 km2 de côtes, seuls les aborigènes ont réellement vécu du fruit de la mer. Ces derniers se déplaçaient sur des canoés maison et parcouraient les côtes et les îles en permanence. Ce peuple des mers nomade a été progressivement éradiqué par les colonisateurs européens et leurs langues et traditions sont tombées dans l’oubli.

Une grande partie du documentaire rend hommage à ces individus qui ne croyaient en aucun dieux mais pensaient que leurs morts devenaient des étoiles et qu’ils pourraient les rejoindre dans le cosmos à l’heure de leurs morts. Cette tradition entraînait une habitude de peindre son corps comme des constellations. Les multiples photographies qui ponctuent le documentaire sont saisissantes de beauté. Devant une telle recherche et représentation, c’est encore une histoire d’intolérance qui se dessine. Celle d’individus qui ne voyaient en ces hommes et femmes que de simples créatures incultes indignes de vivre. L’argent donné à des chasseurs pour ramener testicules, seins et oreilles des enfants en est un constat glaçant.

Le réalisateur Patricio Guzmán donne aussi la parole aux derniers représentants, souvent âgés, des tribus Haush, Kawéskar et Sélknam qui livrent leurs anecdotes d’une vie révolue. Cette série d’entretiens servant de fil rouge au documentaire s’achève dans un climax d’une rare intensité quand des mots oubliés résonnent devant la caméra comme les dernières paroles d’un peuple sacrifié dont il ne restera dans quelques années que quelques images surannées et des extraits audio et vidéo.

C’est le cosmos qui apporte une grande poésie à une histoire digne des grandes sagas épiques, et tout aussi tragique. Et c’est la mer qui sert de révélateur à deux histoires qui entremêlent leurs fortunes tragiques dont le bouton de nacre dévoile les coups du sort qui ont scellé leurs destinées funestes.

L’eau est omniprésente dans Le bouton de nacre. Une eau tantôt liquide, tantôt solide, voire même enchâssée dans un cube de quartz. Cette dernière est filmée sous toutes ses formes de manière vraiment remarquable et offre aux spectateurs des images spectaculaires et d’une immense beauté. Elément présent en permanence à l’écran ou dans les paroles des uns et des autres, elle ponctue en permanence le documentaire de sa présence.

Et elle se révèle le tombeau ultime des suppliciés d’Augusto Pinochet dont les corps lestés d’un morceau de rails ont été jetés à la mer sans atermoiements. Ce passage, dont la reconstitution fait froid dans le dos s’accompagne de paroles de survivants à l’enfer des geôles. D’autres hommes, pilotes d’hélicoptères entre autres, ont aussi la parole pour expliquer comment réquisitionnés, ils n’avaient pas leur mot à dire dans cette sinistre besogne que menait des fonctionnaires de l’état. Ces derniers n’ont d’ailleurs à l’heure actuelle jamais eu à répondre de tels actes barbares, les prisonniers n’étant pas toujours morts lors de leurs voyages forcés dans les profondeurs marines.

Le documentaire offre aussi au spectateur des images saisissantes et d’un certain lyrisme quand l’art et la musique se mettent au diapason d’un pays, comme cette carte impressionnante du Chili de 15 mètres de long qui se déplie devant nos yeux et ceux émerveillés du réalisateur.

Il est juste dommage que la voix off omniprésente qui raconte des éléments d’un grand intérêt et d’une pertinence certaine soit aussi monocorde. L’absence de tonalité créé parfois une dissociation entre le texte parfois très dur et les images montrées, ce qui peut, de temps en temps, faire sortir le spectateur du documentaire, ce qui est d’autant plus dommage que certains passages créent un véritable envoûtement devant la beauté de tant de choses méconnues.

Le bouton de nacre est un documentaire fascinant. Il permet non seulement de découvrir l’histoire des seules peuplades marines nomades, mais aussi celle d’un pays qui ne se remet toujours pas des choix parfois peu judicieux fait par ses dirigeants. Avec des images d’eau d’une grande beauté, et les paroles de personnes qui résonnent presque comme un testament audiovisuel, le documentaire aurait eu un impact extrême sans une voix off parfois trop perturbatrice.

A voir, ne serait-ce que par respect pour des hommes et des femmes qui n’ont jamais demandé plus que de vivre tranquillement leur vie. Espérons, tout comme le souhaite le réalisateur, qu’ils se soient retrouvés sur une planète où l’eau prédomine et qu’ils vivent heureux entre eux et la nature qui les entoure. Après tout le rêve fait aussi partie de la réalité.

Le documentaire a eu l’Ours d’argent du scénario et le Prix du jury œcuménique au Festival de Berlin 2015, le Prix du meilleur film au Festival de Bologne en Italie et le Grand Prix au Festival de Basse-Silésie en Pologne.

SYNOPSIS

Le bouton de nacre est une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous. Elle part de deux mystérieux boutons découverts au fond de l’Océan Pacifique, près des côtes chiliennes aux paysages surnaturels de volcans, de montagnes et de glaciers. A travers leur histoire, nous entendons la parole des indigènes de Patagonie, celle des premiers navigateurs anglais et celle des prisonniers politiques. Certains disent que l’eau a une mémoire. Ce film montre qu’elle a aussi une voix.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Durée du film : 1 h 22
 Titre original : El Botón de Nácar
 Date de sortie : 28/10/2015
 Réalisateur : Patricio Guzmán
 Scénariste : Patricio Guzmán
 Interprètes : Cristina Calderon, Gabriel Salazar, Claudio Mercado, Gabriela Paterito, Martin G. Calderon, Raul Zurita
 Photographie : Katell Djian
 Montage : Emmanuelle Joly
 Musique : Miranda & Tobar, Hugues Maréchal
 Producteur : Renate Sachse pour Valdivia Film, Mediapro, France 3 Cinéma
 Distributeur : Pyramide

LIENS

 SITE OFFICIEL
 ALLOCINÉ
 IMDB

PORTFOLIO

Le bouton de nacre


Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.



 Charte des commentaires 


L’Enfant bélier : La critique
Elfie et les Super Elfkins : La critique
Hokum : La critique
Polvo serán : La critique
Drunken Noodles : La critique
Star Wars - The Mandalorian & Grogu : Un retour aux sources (…)
Man Of Tomorrow : Des tournages dans une prison qui suscitent la (…)
John Rambo : Noah Centineo pense avoir triché pour obtenir son rôle
Paris Police 1910 : Critique des deux premiers épisodes Canal+
Avengers - Endgame : Jon Favreau reconnaît qu’il a eu tort
L’Enfant bélier : La critique
Antonio Banderas : Il ne pouvait jouer que des méchants en raison (…)
Brèves : Les informations du 28 avril
The Boys Universe : Marie Moreau qui pleure, le Petit Soldat qui rit !
Netflix - Bandes annonces : 28 avril 2026
Unification france est copyright (c) 1997 - 2026 Unification France. Tous droits réservés.