Mon roi : La critique

Date : 15 / 10 / 2015 à 11h00
Sources :

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Après m’avoir bouleversé avec son précédent film Polisse, sur le quotidien des policiers de la Brigade de Protection des Mineurs sorti en 2011, il va sans dire que j’attendais le nouveau film de Maïwenn avec une certaine impatience. Néanmoins, ayant eu vent que Mon roi narrait une histoire d’amour, cela avait quelque peu refroidi mon enthousiasme. Non pas que je sois réfractaire à ce genre, mais compte tenu de la dimension sociétale de Polisse, j’avais peur de me retrouver face un film beaucoup moins ambitieux.

En vérité, Mon roi est beaucoup plus qu’une histoire d’amour et c’est ce qui en fait sa grande force. A partir du schéma classique de représentation d’une relation amoureuse (rencontre, débuts idylliques, vie de couple et premières difficultés) le film révèle petit à petit ses différentes facettes.

C’est tout d’abord le récit d’une reconstruction. En effet, la protagoniste principale, Tony, se retrouve dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Le récit, construit à partir de flashbacks, nous explique alors comment elle en est arrivée là, et on comprend très vite que la reconstruction physique sera également l’occasion pour elle d’une reconstruction psychologique. On découvre que notre héroïne s’est embarquée dans une relation toxique avec Georgio, dont elle n’arrive pas à décrocher. Ce dernier, formidablement interprété par Vincent Cassel, a un charisme diabolique et un pouvoir de séduction magnétique qui ont séduit la jeune femme, prête alors à tout pour rester avec Son roi. Georgio semble être ce qu’on appelle un pervers narcissique, mais c’est surtout « le roi des cons » comme il plaît à se décrire lui-même, et ce, dès le début de sa relation avec Tony. L’histoire est racontée du point de vue de Tony, mais l’absence de manichéisme parvient habilement à semer le trouble sur la nature profonde de Georgio.

Le film est aussi une formidable réflexion sur le couple et montre de façon magistrale les mécanismes d’addiction et de manipulation qui font qu’une relation ne fonctionne pas sainement. A partir de quel moment une relation devient-elle toxique ? Quelle responsabilité donner à chacun quand nos choix semblent être guidés par notre subconscient. L’addiction amoureuse est-elle une maladie dont on peut guérir ? Mon roi ne sera pas vu par chacun de la même manière, et il y aura assurément des discussions entre les spectateurs après le film pour échanger leur point de vue.

La direction d’acteur est remarquable et Emmanuelle Bercot, qui interprète Tony, a d’ailleurs reçu le Prix d’interprétation féminine au dernier festival de Cannes. En outre, comme pour Polisse, la bande originale est très plaisante à écouter et participe aussi à la réussite artistique du film.

Vous l’aurez compris j’ai été totalement convaincu par Mon Roi. La réalisatrice a un talent indéniable pour nous montrer ces instants du quotidien, ces petits moments de vie en apparence anodins, qui en disent long sur le déclin d’une relation amoureuse. Au demeurant, malgré le côté tragique du récit, celui-ci est parsemé de nombreux moments d’humour qui lui donnent une respiration bienvenue. On est ému ou stupéfait par ce qui se déroule devant nos yeux, mais on ressort de la salle conquis après avoir vu une œuvre pleine d’humanité qui restera sans doute gravée dans la mémoire de nombreux spectateurs.

AR

Nouvelle apparition sur les marches cannoises pour Maïwenn qui avait obtenu le prix du jury en 2011. La réalisatrice était attendue cette année avec son nouveau poulain cinématographique. Celui-ci intriguait d’ores et déjà par son titre. Mon Roi allait-il être le film au sommet de la hiérarchie des créations de la jeune réalisatrice ?

Mon Roi tourne autour d’une relation entre un homme, Vincent Cassel, et une femme, Emmanuelle Bercot. De leur rencontre à leurs multiples séparations en passant par un douloureux rétablissement suite à un accident de ski, leur relation s’inscrit dans la durée. Sur la longueur donc, le personnage de Bercot va essayer de tenir la distance, tout comme les spectateurs. Car l’on va très vite comprendre que vivre et s’attacher à Vincent « Georgio » Cassel peut très vite s’avérer difficile, voir destructeur. L’homme aime plaire et ne cache pas son naturel séducteur à sa femme, encore moins lorsque celle-ci tombe enceinte de leur enfant. Tony est bien le roi des salauds et sa femme ne peut se défaire du rapport amour/haine qu’ils ont engendré. Maïwenn veut nous proposer une réflexion sur le couple. Elle nous présente une reprise à sa manière d’un célèbre air de Gainsbourg « Je t’aime, moi non plus » où le piège tendu par son roi finit par se rabattre totalement sur sa malheureuse héroïne.

Contrairement à Polisse, Maïwenn adopte une mise en scène plus sobre (nous sommes bien loin des pas de danse de Joey Starr). Les couleurs sont moins chatoyantes et plus naturelles. Pourtant, on garde ce montage frénétique récurrent chez la réalisatrice et on retrouve quelques scènes musicales qui semblent avoir été mises ici pour séduire l’un des membres du jury cannois de cette année, un certain Xavier Dolan. Une patte qui agacent certains et en séduisent d’autres. Du côté des acteurs, si Bercot a obtenu le prix d’interprétation féminine cannois, il ne faut pas en oublier Cassel, qui s’affirme encore plus avec ce film comme un « roi » dans l’industrie cinématographique française d’aujourd’hui.

En somme, Maïwenn propose un film plus neutre que ses dernières productions. Si elle veut démontrer la détresse d’une femme face à un pervers narcissique, elle réussit à nous atteindre mais ne nous en fait pourtant pas sortir grandi d’une quelconque réflexion, la faute à une histoire qui met trop de temps à s’achever et à des personnages peut être trop caricaturaux. On ne retrouve pas la fragilité d’une Karine Viard ou d’une Marina Foïs dans le quotidien de la BPM mais on passe un bon (mais terrible) moment dans les bras du roi.

FB

SYNOPSIS

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré ? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Durée du film : 02h 04
 Date de sortie : 21/10/2015
 Réalisateur : Maïwenn
 Scénaristes : Maïwenn / Etienne Comar
 Interprètes : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco
 Photographie : Claire Mathon
 Montage : Simon Jacquet
 Musique : Stephen Warbeck
 Costumes : Marité Coutard
 Décors : Dan Weil
 Producteur : Alain Attal pour Les Productions du Trésor, StudioCanal, France 2 Cinéma, France Télévisions, Canal +, Ciné +
 Distributeur : StudioCanal

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