EXLUSIVITÉ UNIF - PIFFF : L’envers d’un festival

Date : 16 / 11 / 2015 à 09h30
Sources :

Unification


On le sait depuis ce merveilleux film documentaire qu’est La cité de la peur mais le métier de projectionniste de festival est un métier à risques, parfois mortel. Aussi de nombreuses questions restent en suspens concernant ce métier finalement peu ordinaire.

J’ai eu la chance de rencontrer les deux projectionnistes du Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) qui m’ont parlé de ce métier peu connu et parfois fantasmé, mais m’ont aussi dévoilé l’envers du décor d’un festival. Une rencontre passionnante qui m’a apprit pleins de chose et me fait voir, depuis toutes ces révélations, les festivals d’une autre manière.

Je tiens à remercier vivement Etienne Rappeneau et Xavier Colon de leur accueil, de leur gentillesse et de leur passion que j’espère avoir retranscrit au mieux dans cet article.

Vous pourrez les croiser entre deux séances du PIFFF dont la cinquième édition commence le 17 novembre 2015 et qui durera jusqu’au 22 novembre.
J’espère qu’après la lecture de notre rencontre, vous serez, tout comme moi, convaincus qu’un bon festival, c’est aussi de bons projectionnistes. Pour faire de nombreux festivals chaque année, je dois avouer que techniquement depuis 5 ans le PIFFF fait pratiquement un sans-faute et que le spectateur est vraiment choyé dès qu’il se retrouve dans la salle.

Bon courage à Etienne Rappeneau et Xavier Colon pour les jours à venir qui s’annoncent comme chaque année très dense et au plaisir de se revoir très prochainement.

Qu’est-ce que c’est qu’être projectionniste dans un festival ?

Nous ne somme pas que des projectionnistes, mais aussi des responsables techniques. Nous devons travailler avant, pendant et aussi après le festival.

Avant : on commence à travailler sur un festival environ 2 mois avant son ouverture. Nous devons « dealer » les films, soit récupérer les contacts des ayants droits et des distributeurs. Nous demandons des DCP (Digital Cinema Package) ou du matériel pour faire des DCP. Nous avons des contacts à l’étranger et nous recevons des copies sans sous-titres. Puis nous avons une équipe qui travaille sur le film et s’occupe de nous procurer un fichier projetable avec parfois des sous-titres qui sont réalisés exprès pour le festival. On a un chef de projet qui se charge de la fabrication du matériel exploitable en festival.
Puis nous récupérons les sous-titres et nous nous chargeons du calage de ces derniers sur le film.
Avant la séance, nous faisons une projection en conditions réelles en choisissant quelques moments du film (1ère minute, 20ème, 40ème, 60ème et fin du film en général) et nous apportons des corrections lorsqu’il y a un décalage images / sous-titres afin d’obtenir une œuvre projetable. Cette manipulation est invisible au public et la projection du film doit partir à l’heure.
Nous sommes deux pour travailler sur les 24 films, les courts métrages et les spots de bandes annonces.

Pendant : on récupère la programmation et on compose la séance. C’est différent d’une séance de cinéma classique car chaque séance est personnalisée. Nous avons des bandes annonces et des spots partenaires qui sont différents selon les séances. Nous avons aussi la projection d’images de présentation du film et parfois nous projetons avant ce dernier un court métrage.
La séance doit être fluide. Nous devons parfois procéder à des changements si les éléments d’une séance ont des DCP différents, comme lorsque nous passons d’un 2.35:1 (format d’image scope) à un flat (format central). Nous avons à notre disposition des lentilles manuelles.
Pour les sessions de courts métrages, on essaye de composer des courts avec le minimum de variation de format entre eux puis on cale le tout. On évite d’alterner en permanence des courts qui ont des formats qui varient entre eux. L’objectif est d’avoir le moins d’attente entre deux films, car on ne doit pas laisser longtemps le spectateur dans une salle noire devant un écran noir.
Nous préparons ensuite une playliste qui permet un enchaînement fluide.
Nous devons aussi travailler sur le son et la lumière de la salle. Il faut activer les micros pour les discours et en gérer le son, les désactiver à la fin et revenir sur le volume sonore correct pour la projection qui va suivre. Puis nous baissons la lumière, mais nous devons veiller à ce que le spectateur ne se retrouve pas trop longtemps dans le noir avant le lancement de la projection. Le spectateur doit se trouver dans les meilleures conditions pour apprécier au mieux le film qu’il va voir.
Nous rencontrons parfois des problèmes au niveau sonore car le réalisateur du film nous impose ce niveau. Certains d’entre eux ont la sensation que si le film n’est pas projeté trop fort, leur film ne plaira pas au public. Nous devons parfois négocier avec eux pour ramener ce niveau sonore à quelque chose de moins fort même si cela reste supérieur au niveau que nous utilisons dans nos autres projections.

Après : à la fin du festival, nous devons gérer les copies des films. Nous avons sur des disques durs les copies des films originaux. Nous devons renvoyer les films au distributeur ou alors au prochain festival dans lequel le film est présenté.

Y a-t ’il des différences avec projectionniste d’une salle de cinéma ? Multiplexe ? Art et essais ?
Nous ne sommes pas des projectionnistes professionnels. Cela fait parti de notre activité au sein de festival. Notre journée commence à 6 heure du matin et finie à 1 heure du matin, soit après la dernière projection. Rien n’est envoyé automatiquement, il y a toujours quelqu’un de présent derrière la projection. Et nous faisons nos derniers réglages sur la salle vide avant la projection suivante.
Au PIFFF, nous avons une salle et une salle de projection. Dans les multiplexes ou les autres cinémas, il peut y avoir différents projectionnistes qui sont présents que certains jours de la semaine. Les salles ont une gestion automatisée des projections.
Si on prend le Gaumont Opéra dans lequel a eu lieu les quatre précédentes éditions du PIFFF, il y a deux projectionnistes pour les trois sites du cinéma.

Quelles sont les problématiques rencontrées avec les différents supports vidéo ?

Le plus simple est l’utilisation d’un DCP. C’est un disque dur qui contient le fichier du film tel qu’il est diffusé partout. Il y a une seule norme et un seul film.
Le DCP classique projette un film à 24 images par seconde. On a parfois des difficultés avec des DCP qui font du 25 images / seconde, surtout quand on a des playlistes qui passent de 24 à 25 car il faut gérer le changement de vitesse.
Sinon, il faut faire des compositions de DCP et on privilégie les 24 images / seconde.
Pour les courts métrages, on a le cas de nouvelles productions qui ont différents formats. On a du ProRes (broadcast), du H.264 (norme de codage vidéo). Si on nous envoie du H.264, c’est trop compressé par rapport à une projection sur grand écran. Il faut qu’on se batte sur la qualité des films envoyés par rapport à ce que l’on demande. C’est une véritable problématique si le court métrage n’arrive pas assez tôt comme par exemple la veille du jour de la projection.

Faut-il parfois redémarrer un projecteur à coup de marteau ?

Oui.
Il peut aussi y avoir d’autres problèmes techniques. Nous avions eu un problème pour un film de minuit où le son avait décroché au bout de la moitié du film.
Nous avons des projections en 35 mm et une fois le projecteur à sauté au milieu du film pour la projection de Bad Taste.
Dès que la bobine s’arrête, il y a un arrêt de la cabine pour des raisons de sécurité.

Nous avons aussi eu un gros problème technique sur du film de clôture de la première édition. Nous avons eu 45 minutes de retard.
Le serveur avait trop tourné. Nous avons dû l’arrêter pendant 45 minutes pour le laisser reposer, puis nous l’avons rebouté avec une sécurité. Puis nous avons mis 15 minutes pour redémarrer la cabine et mettre en place les sous-titres. La lampe de la salle faisait du 18 000 volt et elle a trop chauffée.

Qu’est-ce que vous trouvez de plus agréable et de plus pénible dans votre métier ?

Le plus pénible est de ne pas voir le film en tant que spectateur. En plus pour nos tests de calages on se spoile parfois la fin du film car il nous faut 4-5 points de synchronisation avec les sous-titres avant la projection officielle.
Ce qui nous fait plaisir, c’est lorsque la salle réagit bien, que le public rigole ou crie. Du haut de notre cabine, on voit une partie de la salle et cela permet de voir si le public apprécie le film.

Quel est le matériel à votre disposition dans les cabines

Nous travaillons dans l’audio-visuel et c’est dans la continuité du numérique. En province on trouve de plus en plus de projection à partir de disque dur (DCP). Les salles équipées avec des projecteurs de 35 mm sont de plus en plus rares. On peut encore voir des films dans des salles d’art et d’essai, des festivals ou des évènements spéciaux.

 SITE OFFICIEL


PIFFF 2014 - L'envers du décor


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