Loin des hommes : La critique
Une nature hostile, des silences pudiques, une fraternité sur le point de devenir fratricide, une pulsion de vie, des valeurs et des convictions malmenées, sont autant de premières impressions. Loin des Hommes de David Oelhoffen représente aussi avec force une humanité incarnée dont les deux personnages principaux de Daru (Viggo Mortensen) et de Mohamed (Reda Kateb) sont les moteurs. Ils vont aller, sobrement, en marchant, à la rencontre de la mort et puis peu à peu choisir la vie. Croiser la violence des armes et la douceur des femmes.
Cette libre adaptation d’une nouvelle de Camus (L’hôte) nous invite, avec lenteur et intensité, à ressentir la complexité morale dans laquelle ces deux personnages principaux se débattent. Daru ancien militaire devenu pacifiste a fait le choix de vivre à l’écart et de transmettre le savoir à des élèves que lui voit comme des apprenants et que d’autres voient seulement comme des non français. Mohamed a voulu protéger sa famille de la famine puis de la vengeance, il en accepte les conséquences, celles issues de la tradition et celles issues de la loi coloniale. Daru l’accompagnera à la mort.
Cette contrainte, celle de la loi, va les rassembler et c’est parce qu’ils vont cheminer ensemble dans une nature hostile, s’extirper du contexte qu’ils seront rattrapés par l’envie de vivre. Sur ce socle, se fondera leur fraternité. C’est dans le regard, l’attitude, la posture de l’un, son humanité, que l’autre trouvera ou retrouvera cette envie de vivre et inversement. L’esprit de Camus souffle sur Loin des Hommes, sans pour autant s’imposer et asphyxier le projet du réalisateur en fresque philosophique.
David Oelhoffen a bénéficié d’un atout majeur : le décor naturel à la fois impressionnant et fascinant des montagnes de l’Atlas. L’histoire originale est censée se passer dans l’ouest de l’atlas saharien, le film lui a été tourné côté marocain pour des raisons pratiques de logistique. Cette nature si aride renvoie presque instantanément l’homme à lui-même et met en exergue, comme un écrin, le charisme de Viggo Mortensen et de Reda Kateb. La scène qui se joue entre eux deux, marquée par la mort d’un homme, laisse exploser ce qu’ils sont profondément. La pudeur s’efface, le lâcher prise prime, Daru laisse échapper un juron dans sa langue natale, l’espagnol. Lui aussi est un non français, issu de l’immigration espagnole, les caracoles, ceux qui portait leurs biens sur le dos.
Quand David Oelhoffen détaille sa démarche et précise son questionnement de départ :« comment transformer avec les armes du cinéma ce conflit moral interne en conflit externe, en violence et comment aborder cette violence », et fait mention de son envie de réaliser un :« western européen inscrit dans l’histoire européenne, interrogeant nos lois, nos vérités …nos mythes à nous français, européens », on ne peut que saluer l’adéquation fine et juste entre cette intention initiale et la restitution à l’écran. Compte tenu de la nature sensible et complexe du sujet lui-même, du risque pris d’adapter l’œuvre d’un tel auteur, du message véhiculé, ce film est une réussite. Le résultat final est l’écho d’un véritable travail à tout point de vue. Nous prenons un plaisir certain à cheminer avec Daru et Mohamed au cœur de l’Atlas, dans un contexte qui mérite, encore de nos jours, d’être questionné.
SYNOPSIS
1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 41
– Titre original : Loin des hommes
– Date de sortie : 14 janvier 2015
– Réalisateur : David Oelhoffen
– Scénariste : David Oelhoffen d’après l’oeuvre d’Albert Camus
– Interprètes : Viggo Mortensen, Reda Kateb, Djemel Barek, Vincent Martin, Nicolas Giraud, Jean-Jerome Esposito, Yann Goven et Antoine Régent
– Photographie : Guillaume Deffontaines
– Montage : Juliette Welfling
– Musique : Nick Cave et Warren Ellis
– Décors : Stéphane Taillasson
– Costumes : Khadija Zeggaï
– Producteur : Marc Du Pontavice et Matthew Gledhill pour One World Films
– Distributeur : Pathé Distribution
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