La Belle et La Bête : Rencontre avec Christophe Gans

Date : 16 / 02 / 2014 à 10h57
Sources :

Unification


Nous avons rencontré le réalisateur de La Belle et La Bête Christophe Gans (CG) et le producteur Richard Grandpierre (RG) qui ont répondu à des questions sur leur film ayant nécessité le travail de 600 infographistes.
Unification vous dit tout sur La Belle et La Bête mais aussi sur les autres films de Christophe Gans : Crying freeman, Le pacte des loups et Silent Hill.

Pourquoi avez-vous réalisé ce film ?
CG : j’avais envie de réaliser un film pour tous, pour tous les âges. Un film qu’on pourrait aller voir en famille, les parents, les enfants, les grands parents. Aujourd’hui ce genre de film est une exception depuis l’apparition de la segmentation au cinéma. Maintenant il y a des films pour enfants, pour adolescents, pour adultes… La Belle et La Bête peut être vu de différentes façons selon son âge, son sexe. Il s’agit d’un conte de fée fantastique. On est dans le symbolisme. De plus c’est un vrai film de genre.

La photographie de votre film est sublime et rare à voir au cinéma. Félicitations.
CG : C’est un travail en équipe fait par différentes personnes en même temps. On atteignait presque un niveau fétichiste du détail dans le travail. On veut aussi montrer que les films français ne sont pas ringards. La France est aussi compétente pour faire ce genre de cinéma que les Etats-Unis. Le film est pensé et conçu par des français. C’est aussi une lutte contre le bashing (dénigrement) contre le cinéma français.

Comment avez-vous fait pour faire une production pareille en France ?
CG : Je n’ai pas eu de problème pour faire le film.
RG : toutes les planètes étaient alignées. Parfois on a des difficultés dans le casting, sur les décors. Ici tout s’est passé très sereinement. Le film a coûté 35 millions d’euros. En fait c’était une évidence dès le départ avec Christophe Gans, Vincent Cassel et Léa Seydoux dans le projet de La Belle et La Bête. Les gens sont contents que ça se soit passé comme cela. Christophe Gans a une force de conviction positive sur les acteurs, les techniciens et même les acheteurs étrangers. Du coup tout devient serein.

Vous avez fait des films fantastiques précédemment et avez eu de grand succès comme Le pacte des loups mais ça n’a pas lancé la machine du film de genre en France. Est-ce que ce film est différent ?
CG : mes films sont anciens. Il y avait une perception différente du cinéma alors. J’étais à l’époque éditeur de collection HK Magazine (revue qu’il a créée fin année 80) qui contenait beaucoup de films asiatiques.
Le pacte des loups était très différent de La Belle et la Bête car le tournage s’est fait en extérieur au contraire du deuxième qui n’a eu qu’une seule scène tournée en extérieur. Lorsque j’ai fait Le pacte des loups je n’ai pas pensé à l’impact que pouvait avoir le film sur le système. La Belle et la Bête est un genre féérique, donc très définissable.

Il y a eu dernièrement deux adaptations de Blanche Neige. Est-ce que ça peut pousser ce genre de film à voir de nouveau le jour en France ?
CG : La Belle et la Bête est un film très différent de ce qui existe aux Etats-Unis car il est issu d’une culture française. La Belle et la Bête de Cocteau, Les visiteurs du soir, il s’agit d’un genre abandonné en France. Aux Etats-Unis, on est pragmatique. On prend un nom et on en fait un film autour qui espère plaire aux adolescents. Le système français est différent de celui hollywoodien. La culture locale est différente du trademark américain.

Vous avez eu 35 millions de dollars pour faire votre film. Comment avez-vous fait une telle réalisation avec un budget aussi faible par comparaison avec Astérix 4 qui coûte le double ?
CG : La Belle et la Bête a été storybordée et dessinée avant sa réalisation de façon très précise. Je n’ai pas manqué d’argent pour faire ce que je voulais. En fait si j’avais eu un budget plus conséquent, je ne sais pas ce que j’en aurais fait.
RG : les comédies françaises sont attachées au casting. Les acteurs peuvent coûter cher si on veut une affiche intéressante sur un certain sujet. Mais au final, le succès d’un film dépend du verdict du public. Si le coût est élevé, l’échec est retentissant.
CG : si on prend Le pacte des loups sur lequel j’ai travaillé avec Richard Grandpierre, le film a beaucoup dérapé. On a été confronté à un tournage en montagne avec des variations de temps extrêmement rapides dans une journée. On a fait environ 140 jours de tournage au lieu des 90 prévus.
La Belle et la Bête a été tournée en 57 jours. Nous n’avons pas eu de tournage en extérieur et ça a permis de tenir le film. Après notre expérience précédente nous avions peur de déraper à nouveau. Nous avons reconstitué en postproduction tous les décors et les animaux. Le tournage en intérieur sur de la moquette était très différent du tournage en environnement de survie du pacte des loups.
RG : c’est un film avec beaucoup de fond vert et moi je ne voyais rien contrairement à Christophe Gans qui visualisait le rendu final. Le château, les montagnes, l’herbe, tout est fait en effets spéciaux.
C’est aussi un film qui est très pré-vendu à l’étranger. C’est moins le cas pour les comédies françaises qui ne marchent parfois que localement. On n’est donc pas sur le même aspect financier car on a les ventes à l’étranger.

D’où vient le design des géants ?
CG : je ne voulais pas que La Bête soit le seul maudit. Je voulais que les chiens et les autres chasseurs le soient aussi. La féérie, c’est aussi un rapport de taille. Les enfants aiment les petites créatures des contes. Je me suis aussi inspiré de Miyazaki et surtout de son Totoro. J’aime avoir dans mon film des petites créatures et des géants de 22 mètres de haut. Dans les fééries mythologiques on a des titans et des petits dieux. Je trouve aussi intéressant cette histoire de taille dans les Harry Potter.

Avez-vous testé le film sur les enfants ?
CG : oui. Les enfants sont hyper sensibles au mystère. Ils ont une vision différente de celle des adultes. Leur réaction a été très bonne. Ils ont accroché au visage de La Bête, aux sons, aux géants, aux passages secrets. Ils n’ont pas eu peur même le plus jeune qui avait 3 ans et demi. J’ai quand même eu peur du traumatisme de la mort de la biche qui pourrait rappeler la mort de la mère de Bambi ou de l’effet des bandits.
Je voulais que La Bête soit un peu sexy. Avant le film, j’ai eu une discussion avec Vincent Cassel où je lui ai expliqué que La Bête serait plus belle que son personnage humain. Je voulais La Bête magnifique car j’aime les monstres. Je trouve qu’ils sont plus intéressants que les hommes.

Où a eu lieu le tournage du film et où étaient les studios d’effets spéciaux que vous avez engagés.
CG : nous avons tourné aux studios de Babelsberg en Allemagne. C’est les studios dans lesquels ont été tournés Metropolis, L’ange bleu… Il s’agit d’un ensemble de plateaux de 3.000, 2.000 et 1.000 mètres carrés les uns à côté des autres. Nous avons fait le tournage comme une course de fond en tournant sur plusieurs plateaux en même temps.
Les studios d’effets spéciaux étaient au Québec. Nous avons décidé rapidement de ne pas mettre d’argent dans la recherche et le développement pour ne pas gonfler l’enveloppe du film. Nous avons choisi des studios spécialisés dans différents effets spéciaux comme celui que nous avons pris pour le naufrage des bateaux du marchand et qui a fait précédemment les bateaux de 300, ou celui spécialisé dans l’animation des poils. Le Québec a un programme d’aide à la création aux boîtes d’effets spéciaux. On va là-bas et on fait ses courses dans les studios digitaux. Par exemple la biche, le cheval ont été créés par le studio qui a fait les effets spéciaux des chiens dans le dernier Riddick. Ce serait formidable si le gouvernement français aidait les studios français de la même façon et créait une sorte de Silicone Vallée en France.

Que pensez-vous de Legend de Ridley Scott ?
CG : Legend est mon film féérique préféré. C’est le seul film dont j’ai imposé la vision à mon équipe avant le tournage du film. Fisher, Cameron et Ridley Scott sont mes trois réalisateurs préférés. J’ai aussi visionné le film de Cocteau. Je me suis par ailleurs inspiré des peintures du 19ème siècle dans les grands plans larges.

Comment passe-t-on à La Belle et la Bête après Silent hill ?
CG : je ne suis pas seulement cinéphile et amateur d’art mais aussi de jeux vidéo. Les jeunes d’aujourd’hui ont une vision de l’univers qui peut basculer sur lui grâce aux jeux vidéo. J’ai utilisé cet effet dans mes bascules de caméras. On a aujourd’hui une meilleure vision abstraite grâce à la culture numérique. C’est aussi pour cela qu’Inception a aussi bien marché en définissant différentes strates et différents niveaux de jeux.

Le traitement de La Bête s’inspire-t-il des films de loups garou ?
CG : je vois La Bête comme un surhomme. Il saute plus haut, est plus fort, plus élégant et plus raffiné. Dans les années 60 il y a eu La nuit du loup-garou de Terence Fisher qui est un réalisateur que j’aime beaucoup. C’est un cinéaste anglais qui aime la démarche de faire des monstres qui sont très supérieurs aux humains.

Vous n’avez pas eu envie de faire le film en 3D comme votre projet Fantomas avorté ?
CG : non car le budget aurait dû être de 30 % supérieur.

Mais si vous aviez eu le budget pour le faire ?
CG : je ne voulais pas mettre de 3D dans ce film. Il a du relief avec les effets digitaux utilisés. On obtient parfois un effet 3D même si le film est filmé à plat en mode 2D.

Vous avez de l’intérêt pour les surhommes et les monstres. Pourquoi La Belle et la Bête ?
CG : l’un des contes les plus intéressants est La belle au bois dormant. Mais La Belle dort et le prince vit sa vie de son côté. Nous avons alors pensé à intégrer les rêves de La Belle. Cette idée a été gardée dans La Belle et la Bête. Le conte a été écrit deux fois par deux femmes. Il concerne la psyché féminine traitée de façon symbolique.
A l’origine, il ne devait pas y avoir d’homme dans Silent hill. Je trouvais plus intéressant une histoire avec une femme qui cherche sa fille et lutte contre un convent de sorcières. Mais la maison de production américaine n’a pas voulu et a imposé une présence masculine.
Le public fait plus confiance aux femmes et aux enfants et est attiré par les histoires féminines. Dans le film de Cocteau, La Belle est presque un personnage sans importance. En remettant La Belle au cœur de l’histoire ça m’a permis de retourner à la source littéraire.

Dans Le pacte des loups vous faites un clin d’œil à Soulcalibur. Y a-t-il des clins d’œil dans La Belle et la Bête ?
CG : je ne l’ai pas fait de façon consciente mais on peut trouver des références à God of war et Shadow of the colossus. Les créateurs de jeux vidéo ont la même base cinématographique que les réalisateurs de cinéma. Par exemple Ray Harryhausen a marqué tout le monde. Nous avons donc un pot commun avec des fantasmes de géant, cyclope...
Dans les années 60, il y avait aussi des films de kaiju avec par exemple Majin le samouraï de pierre qui s’anime quand on vient le prier et lui demander son aide.
Les herbes qui bougent s’inspirent aussi des films japonais.

Qu’est-ce que vous comptez mettre dans les suppléments du DVD de La Belle et la Bête ?
CG : je compte mettre les différentes étapes de la création du film avec le tournage sur écran vert et moquette verte. Ce sera intéressant de montrer cela. Nous avons aussi créé une phase intermédiaire où les fonds verts ont été remplacés par des peintures très belles qui tenaient compte des déplacements de la caméra. Elles nous donnaient des idées sur les plans tournés avant l’ajout des effets spéciaux. C’est étonnant à regarder. Ça nous à fait gagner du temps et tenir le budget. Je ne crois pas que cette technique ait déjà été utilisée ailleurs.

RG : vous pouvez trouver des making-of en ligne. Mais ces derniers ne dévoilent pas le film.
Il y a aussi la sortie d’un livre à venir de 200 pages qui porte sur la fabrication du film.

Le Blu-ray de Crying freeman qui vient de sortir est critiqué sur sa qualité. Qu’avez-vous à en dire ?
CG : j’ai supervisé moi-même la version Blu-ray de mon film. On a obtenu une très bonne qualité à partir du négatif original qui nous donne de la HD. La restauration a été faite bobine par bobine. C’est lent et précis. Je suis donc sur de ce qui a été fait. Certaines critiques ont mis 10/10 sur l’image. Ceux à qui ça ne plait pas peuvent vouloir faire parler d’eux. Il faut aussi se rendre compte qu’à l’époque j’ai fait le film avec peu de budget (6 millions de dollars canadiens) et qu’il a des défauts et des limites qui peuvent se voir maintenant sur la version HD. Aujourd’hui tous les tournages se font en HD. On se souvient d’un film d’une certaine façon et plus tard on peut être déçu de certaines choses qui ne correspondent pas à notre mémoire. Mais je ne veux pas nettoyer les grains de la pellicule, même si on a la capacité de changer les défauts, car le film est tel quel avec ses défauts et ses limites. Par exemple Steven Spielberg a modifié son ET lorsqu’il l’a ressorti en vidéo. Puis il a regretté cela et est revenu à la version originale. Je regrette aussi de ne pas pouvoir revoir la version originale de Star Wars.

Dans La Belle et la Bête, vous n’avez pas regretté de ne pas avoir tourné en extérieur ?
CG : non car cela faisait partie du projet. Par rapport au tournage du pacte des loups, ça été un tournage très calme. Par exemple dans la scène de la poursuite de la biche dans les sous-bois, c’est très beau. Léa était suivie par une caméra sur rail alors qu’on ne voyait rien. Elle était vraiment très impressionnante car elle a tourné la scène comme si elle était dans une vraie forêt.
La seule scène extérieure est celle de la chasse à courre qui se finit dans le jardin. C’était aussi la première séquence tournée. Les conditions de tournage ont été parfaites.
Au 20ème siècle, le cinéma a emmené les gens dans des endroits où ils n’allaient pas : désert, glacier, lune…
Au 21ème siècle les nouvelles contrées se trouvent dans la tête des gens. J’aime participer à ce mouvement.

La rencontre avec Christophe Gans et Richard Grandpierre a été très plaisante et enrichissante. On voit que Christophe Gans est un homme passionné qui aime parler de ses films et de ses passions tout en nous communiquant son énergie.
N’hésitez pas à aller voir La Belle et la Bête qui est un film magnifique et vous fera passer un moment très agréable. Vous pouvez en retrouver la critique sur notre site.


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