Savages : Les sauvages à Paris (spoilers)

Date : 16 / 09 / 2012 à 20h15
Sources :

Source : Unification


L’équipe du film Savages a fait vendredi dernier un petit détour par Paris afin de rencontrer la presse. Compte rendu des meilleurs moments de la conférence de presse avec Oliver Stone, Salma Hayek et John Travolta :

Quel est votre définition du mot sauvage ?

Salma Hayek : Je ne suis pas vraiment un dictionnaire, mais j’ai des sentiments partagés vis-à-vis de ce mot. Il y a un côté du mot sauvage que j’aime, le côté insoumis, le côté rebelle puisque j’en suis une. J’aime le fait que l’on soit libre. Cet aspect-là de la sauvagerie me plait. Mais l’autre côté me plait beaucoup moins. C’est le côté où on oublie toute moralité, où on n’a plus le sens des limites. On a cette soif de faire ce que l’on veut et, par là même, de détruire. Hélas notre société ou l’espèce humaine telle qu’elle a évolué a malheureusement ce côté sauvage-là.

John Travolta : une définition simple, une réaction presque animale, une réaction inhumaine, c’est ma définition de cette sauvagerie-là.

Oliver Stone : Moi, je n’ai rien à dire, Salma l’a tellement bien dit. J’aime beaucoup ce titre. J’ai fait un film qui s’appelle Salvador, j’aime beaucoup les titres avec des S. Mon nom c’est Stone (rires).

Tous vos films ont un point de vue politique assez tranché, Pouvez-vous nous parler du point de vue de celui-ci ?

Oliver Stone : En ce qui me concerne, cette guerre contre la drogue existe depuis 42 ans. En fait c’est Nixon qui l’a lancée en 1972 et, comme on le voit, c’est une immense farce, cela ne marche pas. Les drogues se multiplient, elles sont de moins en moins chères et sont de meilleure qualité. Alors, je crois que cette guerre est liée surtout à la souffrance et bien sûr à l’argent. Cela crée des prisons surpeuplées et une nouvelle catégorie de gens en prison, principalement des afro-américains qui sont jeunes. Aux USA, nous avons la plus grande population carcérale au monde. L’Amérique est pour moi en ce sens le plus grand oppresseur. Bien sûr, je pourrais aussi parler de Guantanamo, mais ça serait une autre discussion. Donc, comme vous pouvez le constater je ne suis pas très fan de cette fameuse guerre contre la drogue.

Qu’est-ce que cela a créé ? Un système sécuritaire qui coûte des milliards à l’Etat américain, la Drug Enforcement Agency qui évidemment est une machine de guerre à elle seule extrêmement couteuse. Sur le film nous avons eu un consultant, Eddie Follis, qui a été un agent pendant 30 ans et qui croyait vraiment en sa mission. Et je crois qu’après quelques semaines passées avec nous sur ce tournage, et bien, il a découvert l’autre côté de la médaille. C’est donc une guerre qui amène la terreur et, malheureusement, on en peut pas l’arrêter, parce que tout le monde est dans ce système qui coûte beaucoup d’argent et donc en rapporte aussi beaucoup. Il n’y a pas de chemin de retour possible. Dans le contexte de mon film, il y a effectivement cette guerre contre la drogue, mais ce qui m’intéresse vraiment ce sont ces 6 personnages centraux qui existent à l’intérieur de ce contexte. Entre eux, ils jouent au chat et à la souris. C’est un jeu de pouvoir où finalement personne n’est tout à fait lui-même, ni tout à fait un autre.

Salma, en quoi cela a été pour vous un challenge de jouer ce genre de personnage qui est très froid et cruel et en même temps avec ce très fort instinct maternel ?

Salma Hayek : Ce qui a été presque jubilatoire pour moi, c’est que Oliver Stone n’a pas voulu en faire un personnage de BD à une seule dimension, une méchante. Au contraire, grâce à lui, il y a tout un processus de découverte de mon personnage. On a commencé avec des prémices assez simples, ensuite on s’est attaché à des tas de détails. Cela s’est vraiment concrétisé dans ce que j’ai appelé le Oliver Stone’s Camp où, pendant 2 semaines, nous avons été réunis pour répéter. Cela a été un rêve d’acteur, parce que cela n’arrive jamais. On arrivait là le matin en ne sachant pas ce qu’on allait faire dans la journée. Mais tout ce qu’Oliver avait préparé pour nous, c’était là pour développer nos personnages et pour trouver en eux cette part d’humanité qu’il était essentiel d’apporter. Pour chacun de nous, cela a été un moment incroyable.

Les deux fins du film montrent le contraste entre le point de vue romantique de la fille et la réalité de la lutte contre la drogue. D’où viennent ces 2 fins ?

Oliver Stone  : La première fin est dans le livre de Don Winslow. C’est quelque chose pour moi d’assez romantique, cela tient presque du fantasme, parce que, au fond, ce n’est pas possible pour moi de visualiser la fin comme ça. Don Winslow a écrit beaucoup de livres sur la guerre contre la drogue au Mexique, mais justement Savages n’est pas sur ce sujet, mais comment cela pourrait devenir entre le Mexique et la Californie. Pour le moment, cette guerre-là n’existe pas. La première fin est donc une fantaisie qu’on voit au travers des yeux du personnage principal de O (Blake Lively) qui est la narratrice du film. Dès le départ, elle n’est peut-être pas fiable puisque la première phrase qu’elle prononce dans le film est : « ce n’est pas parce que vous me voyez là et que vous entendez ma voix que je serais vivante à la fin du film ». Il y a donc quand même un doute.

La deuxième fin ressemble d’avantage à ce que moi, Oliver Stone, je crois. Franchement, l’idée de deux jeunes gens se donnant la mort pour suivre l’un des leurs, c’est une vision très romantique un peu à la Butch Cassidy et le Kid. Mais finalement, je crois d’avantage à la deuxième fin, plus cynique certes. Pour moi la guerre contre la drogue continue. Personne n’est tué sauf les petits. Finalement, Dennis (John Travolta), qui était au départ certainement le personnage le plus faible, c’est lui qui revient et, de façon très maligne, s’en sort. Alors que pour Elena (Salma Hayek), c’est elle qui chute. Elle devient étrangement la plus faible. Je crois que la suite pour les 3 jeunes qui partent, et bien ils se retrouvent en Indonésie et en ce qui me concerne, je ne crois pas qu’ils restent ensemble. Je ne crois pas qu’il y ait une fin à la Jules et Jim. Et la vérité a sa propre logique…

John, pouvez-vous nous parler du personnage de Dennis ?

John Travolta : c’est vrai que pour moi, cela a été un défi de comprendre ce personnage très complexe. Il est hypocrite, manipulateur, corrompu. Pour vous dire vrai, je n’ai pas vraiment découvert sa vraie personnalité jusqu’au moment où j’ai passé une semaine avec Eddie Follis. Il m’a expliqué sa façon de penser, ses motivations. Et j’ai trouvé que finalement, au bout du compte, c’était un homme triste. Toute sa vie, il a dû tomber amoureux de certaines personnes et ensuite immédiatement les trahir sans cesse. A travers son histoire personnelle, j’ai compris que s’il avait commencé à faire ce travail pour les bonnes raisons, et bien à la fin, il avait changé sa perception des choses. Finalement à la fin de la journée, il devait avoir un mauvais goût, un goût amer dans la bouche.

Dennis est l’acteur de sa vie dans chaque scène. Quand il est avec les 3 jeunes, il doit lui-même être jeune, sinon il est mort. Quand il est avec le cartel mexicain, il doit être malin, manipulateur sinon ils le tuent. Lorsqu’il est chez lui, il doit être un père de famille avec une vie dont il ne peut pas parler, sinon il risque d’être dénoncé… Vous vous rendez compte, à chaque fois, il est un autre personnage. C’est un danseur au bord d’un précipice. Je crois qu’il est aveugle lui-même, il ne se rend pas compte de cette vie qu’il s’est créé. Il a commencé pour les bonnes raisons, mais il a choisi, c’est vraiment un choix personnel, la voie de la corruption et de la manipulation. C’est presque l’acteur ultime dans toute sa splendeur. S’il dit le mauvais mot, s’il fait le mauvais geste, il meurt. C’est quelque chose de terrible la vie qu’il a. De tous les personnages que j’ai joué, je ne les ai pas forcement aimé à chaque fois, mais j’ai toujours aimé jouer ces personnages et dans le cas de Dennis, je l’ai interprété de façon jubilatoire.

Savages sera dans les salles françaises le 26 septembre 2012

Remerciements à Sophie Benoit (WayToBlue)

PORTFOLIO



Photos © Frank Mikanowski - Unification 2012

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