
L’été de Giacomo : La critique
SYNOPSIS
C’est l’été dans la campagne du nord de l’Italie. Giacomo, un adolescent sourd, part au fleuve avec Stefania, sa meilleure amie. En s’éloignant des sentiers battus, ils se perdent et arrivent dans un endroit paradisiaque où ils se retrouvent seuls et libres. Ils ont 16 et 18 ans, leurs sens s’éveillent.
NOTRE AVIS
Dans la forêt des films qui se déclarent du label Art et Essai, si on ne remet pas en cause le coté Art, bien souvent on cherche le coté Essai. Avec L’été de Giacomo, c’est bien ce que le spectateur va trouver.
Oeuvre hybride entre le documentaire et la fiction, le réalisateur Alessandro Comodin nous propose de suivre en prise directe un jeune sourd et son amie qui jouent leurs propres rôles. Le film nous offre des moments de vie de ces 2 jeunes et particulièrement l’évolution de Giacomo dont c’est en quelque sorte la sortie de son adolescence.
Formellement, le film peut paraître ardu, tant nous sommes habitués à des longs métrages dont les montages proposent des découpages rapides. Suivre les deux personnages pendant de longues minutes de dos à la recherche de la magnifique rivière, si vous n’avez pas lu les intentions du réalisateur, pourra interloquer les spectateurs. Cependant, c’est l’investissement nécessaire pour découvrir des personnalités lumineuses et attachantes.
A l’heure du numérique et de ses images parfaites, le choix de la pellicule et des imperfections provenant des choix de tournage du réalisateur donnent un charme certain à la photographie du film.
L’été de Giacomo s’adresse donc à des amateurs de cinéma vérité en recherche d’un film qui demande un minimum d’investissement de la part de son public. En bonus, pour comprendre et apprécier encore plus le film, voici quelques extraits de l’interview du réalisateur parue dans le dossier de presse du film :
Qu’est-ce qui vous faisait penser qu’il y avait là un film et un personnage de cinéma en la personne de Giacomo ? Quel est le lien préexistant avec lui et comment est né le désir de film ?
Giacomo est le petit frère de mon meilleur ami ; il est devenu sourd à l’âge de 8 ans suite à une méningite très tardivement détectée. Quant à mon désir de film, il remonte précisément à l’été 2008. Nous étions à la plage avec Giacomo. Son frère le pousse à me dire ce qu’il avait décidé de faire car il était un peu intimidé. Alors, Giacomo, d’une voix cassée, me dit qu’il voulait se faire opérer pour entendre. J’étais très ému, puis de retour à Paris, je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à creuser. À l’entendre, c’était une sorte de miracle, auquel j’ai cru moi aussi pendant longtemps et qui m’a fait de suite penser aux récits classiques de métamorphoses et miracles. C’était comme une sorte d’adieu à un état de nature, du moins à une forme de retrait du monde. C’était comme s’il allait perdre sa pureté, sa singularité. Mais c’était ma vision des choses, lui, évidemment, il voulait être comme les autres.
Quel a été le rapport du film à l ’écriture ?
C’est un film basé avant tout sur l’énergie. Le projet tenait en une page partant de l’histoire de Giacomo, de mon lien avec son histoire et ses lieux, le tout tendu vers l’idée du mystère de ce qu’il allait devenir. Globalement, j’ai un problème avec l’idée de scénario. Cette idée de fabrication et de construction de récits ne m’intéresse pas vraiment. Je préfère me laisser surprendre par la réalité, même si c’est une démarche difficile et incertaine. Elle offre une grande liberté notamment dans la construction narrative. En voyant le résultat, je me demande si un scénariste aurait pu écrire une histoire pareille, avec de tels dialogues. J’ai vraiment ressenti quelque chose de physique, de viscéral. Une volonté de revivre ce que Giacomo était en train de vivre, ce moment de passage à la fin de l’adolescence, où l’on ne sait pas trop comment s’y prendre avec les filles par exemple. Dès l’écriture, je savais que je voulais amener Giacomo, qui est très casanier, dans les endroits que j’aimais fréquenter à son âge, de façon à le faire entrer dans mon histoire à moi.
Si votre geste est clairement documentaire, vous semblez totalement ignorer les territoires fiction-documentaire, si bien que l’on peut parler d’un cinéma hybride. Comment vous situez-vous par rapport à cette question ?
Je ne crois tout simplement pas à la distinction entre fiction et documentaire, je crois au cinéma, au bon moment et au bon endroit pour saisir une réalité, peu importe d’où l’on part et comment on y parvient. Ce qui ne fait aucun doute pour moi, c’est mon attachement à une démarche documentaire : de vraies personnes, de vrais lieux, un certain respect de la réalité en tant que telle, sans la modifier. Pour L’ ÉTÉ DE GIACOMO, je suis parti du documentaire pour aboutir à quelque chose de l’ordre de la fiction, peut-être que, la prochaine fois, les choses s’inverseront.
Le lien entre Giacomo et Stefania est-il réel ou bien a-t-il été provoqué pour le film ?
Ils se connaissent depuis qu’ils sont tout petits, ils jouaient ensemble quand j’allais fumer des cigarettes en cachette avec son grand frère. Il y avait beaucoup de complicité, et, à l’adolescence, une certaine attirance, plus évidente de la part de Giacomo, mais assez réciproque ; même s’il est immature, assez irritant par moments, c’est quand même un très beau garçon et Stefania a beaucoup d’affection et de tendresse pour lui. Stefania est entrée dans le film dès les repérages l’été précédant le tournage. Je savais qu’elle produirait des choses chez Giacomo, comme une sorte de réaction chimique à son contact. Et au montage, on a décidé de construire le récit essentiellement autour de cette relation ou tout simplement parce qu’il n’y avait de place pour rien d’autre. Nous étions quatre dans l’équipe : j’étais à la caméra, avec un assistant pour le point et les aspects techniques - un preneur de son et une assistante. La promenade pour se rendre au fleuve est assez exemplaire de la façon dont on a travaillé. On est plongé dans un bois qu’on ne connaît pas. On est tous perdus, mais on sait que tôt ou tard on va arriver au fleuve. Il ne nous reste qu’à suivre les acteurs. C’étaient eux qui nous conduisaient, avec leurs mouvements, leurs échanges. Nous on n’avait aucune avance sur eux.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h18
– Titre original : L’Estate di Giacomo
– Date de sortie : 1er juillet 2012
– Réalisateur : Alessandro Comodin
– Scénariste : Alessandro Comodin
– Acteurs : Giacomo Zulian, Stefania Comodin et Barbara Colombo
– Directeur photo : Tristan Bordmann et Alessandro Comodin
– Musique : Jonathan Richman et Dupap
– Producteur : Paolo Benzi, Alessandro Comodin, Marie Géhin, Réjane Michel et Valérianne Boué pour Faber Film, Les Films Nus et Les Films d’Ici
– Distributeur : NiZ !
LIENS
– Lien vers site officiel du film
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– Lien vers fiche imdb.fr
PORTFOLIO
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