Lanterns : Analyse critique 1.03

Date : 31 / 08 / 2026 à 16h00
Sources :

Unification / AnakhaLand


Après deux épisodes qui m’avaient plutôt rassuré sur la direction prise par Lanterns, je savais que nous finirions probablement par arriver à celui-ci.

Quelques indices étaient déjà présents depuis le début de la série. L’épisode 3 décide cette fois d’en faire l’un de ses sujets centraux en revenant très largement sur l’enfance de John Stewart, sa famille et tout ce qui l’a conduit à devenir l’homme que nous connaissons.

Le problème n’est évidemment pas que la série parle de racisme ou de la condition des Afro-Américains aux États-Unis. Ce serait même potentiellement étrange de raconter l’histoire de John Stewart sans jamais tenir compte de cet aspect de son identité.

Le problème, c’est la manière dont elle le fait.

Une obsession raciale qui finit par écraser le propos

Cet épisode raconte en partie comment les parents de John ont construit leur fils autour d’une conviction : parce qu’il est noir, il devra toujours être meilleur, plus fort et plus irréprochable que les autres.

L’idée pourrait être intéressante. Elle permet même d’expliquer une grande partie du John Stewart adulte : sa discipline, son orgueil, son besoin de contrôle et cette volonté presque maladive de ne jamais montrer de faiblesse.

Seulement, Lanterns ne sait jamais vraiment quand s’arrêter.

La série accumule les références raciales jusqu’à introduire explicitement l’idée que Hal Jordan aurait bénéficié d’une existence privilégiée lui permettant de devenir Green Lantern là où le père de John aurait été condamné par une vie dominée par la peur.

Et c’est précisément là que le discours me pose problème.
Parce que ce que l’épisode raconte ne correspond pas toujours à ce qu’il nous montre.

Hal Jordan n’est justement pas présenté comme un homme ayant traversé l’existence dans une bulle confortable. Son rapport à la peur est profondément lié à la perte de son père lorsqu’il était enfant. À l’inverse, la famille Stewart que nous découvrons n’est pas représentée comme vivant dans la misère : le père est militaire, la mère enseignante et la famille dispose d’un cadre de vie relativement stable.

Cela n’efface évidemment pas le racisme pouvant exister dans l’Amérique de l’époque. Mais lorsque la série veut transformer Hal en symbole d’un « privilège blanc », elle simplifie tellement ses propres personnages que son propos finit par se retourner contre elle.

Et paradoxalement, c’est peut-être ce qui sauve en partie l’épisode : John lui-même semble beaucoup moins enfermé dans cette grille de lecture que ses parents. La série pourrait donc encore prendre suffisamment de recul pour montrer que cette obsession familiale fait justement partie du poids dont il devra apprendre à se débarrasser.

John Stewart : élevé… ou programmé ?

Car derrière cette lourdeur idéologique se cache une idée beaucoup plus intéressante.

John n’a pas réellement été élevé pour devenir lui-même. Il a été fabriqué pour devenir Green Lantern.

Ses parents savent très tôt que leur fils pourrait un jour être choisi. À partir de là, son enfance devient presque un gigantesque programme d’entraînement.

La série pousse parfois cette éducation jusqu’à une véritable violence psychologique : surveillance permanente symbolisée par les oiseaux, exercices destinés à supprimer la peur, attentes démesurées… jusqu’à laisser l’enfant seul la nuit dans un quartier dangereux afin qu’il apprenne à rentrer chez lui sans céder à la peur.

Et là, l’épisode devient beaucoup plus pertinent. Parce qu’il explique parfaitement l’homme que nous observons depuis le début de la série.

John est discipliné, brillant, courageux, extrêmement observateur… mais il semble également avoir passé toute son existence à répondre aux attentes des autres.

Même son passage par l’armée prolonge cette logique.

La véritable respiration vient finalement de quelque chose de beaucoup plus personnel : le dessin.

Depuis l’enfance, John veut créer. Lorsqu’il peut enfin étudier l’art, ce talent devient paradoxalement l’une des qualités qui feront de lui un Green Lantern exceptionnel. Sa capacité d’observation, son imagination et sa précision lui permettent de concevoir des constructs beaucoup plus élaborés qu’une simple projection d’énergie.

Et j’aime beaucoup cette idée.

L’homme que ses parents ont voulu fabriquer comme une machine parfaite pourrait finalement devenir un grand Green Lantern grâce à la partie de lui-même qu’ils considéraient presque comme secondaire.

Un épisode imparfait… mais très efficace

C’est toute l’étrangeté de cet épisode 3.

J’ai énormément soufflé devant certains dialogues et certaines caricatures, mais les quelque cinquante minutes passent extrêmement vite.

La structure en flashbacks fonctionne particulièrement bien. L’entretien de John avec la Gardienne sert de colonne vertébrale et chaque question permet de revenir à une époque différente de son existence sans transformer l’ensemble en simple exposition biographique.

Surtout, Lanterns continue de construire efficacement l’opposition entre John et Hal.

L’un représente la discipline, la maîtrise et l’obéissance. L’autre semble beaucoup plus instinctif, imprévisible et réfractaire aux règles.

Mais l’épisode commence aussi à fissurer cette opposition.

John n’est peut-être pas aussi infaillible qu’il veut le faire croire. Et Hal, derrière son comportement de tête brûlée, semble avoir parfaitement compris que quelque chose de beaucoup plus important se joue autour du choix de son futur remplaçant.

La dernière confrontation entre les deux hommes est d’ailleurs probablement ce qui m’intéresse le plus pour la suite : Hal comprend qu’il y a quelque chose de louche et prévient directement John que, s’il veut réellement récupérer son anneau, il faudra probablement attendre sa mort.

La relation mentor/apprenti pourrait donc rapidement devenir beaucoup plus compliquée que prévu.

Un premier vrai accroc pour Lanterns

Cet épisode 3 est donc probablement celui qui m’a le plus agacé depuis le lancement de Lanterns.

Pas parce qu’il parle de racisme.

Mais parce qu’à plusieurs reprises, le discours semble prendre le dessus sur les personnages, quitte à forcer une opposition entre Hal et John que leur propre histoire rend beaucoup plus complexe.

Pourtant, je ne considère absolument pas l’épisode comme raté.

Il est bien rythmé, correctement réalisé, développe considérablement John Stewart et apporte plusieurs éléments intéressants au lore des Green Lantern. Et surtout, je garde encore le bénéfice du doute : la série semble elle-même introduire suffisamment de contradictions pour que les névroses des parents de John puissent être interrogées plutôt que simplement validées.

Tout dépendra donc de ce qu’elle en fera ensuite.

Car si John Stewart doit devenir l’un des grands héros du DCU, j’espère surtout que Lanterns acceptera bientôt de le faire descendre un peu de son piédestal.


Dans ma review vidéo avec spoilers, je reviens beaucoup plus en détail sur ce qui m’a fait bondir dans cet épisode, mais aussi sur tout ce qui fonctionne dans la construction de John Stewart, son enfance, son rapport à Hal Jordan et les nouvelles pistes ouvertes autour des Gardiens. Un épisode qui m’a fait beaucoup râler… mais qui me donne malgré tout toujours envie de découvrir la suite.




 Charte des commentaires 


Lanterns : Analyse critique 1.04
Lanterns : Analyse critique 1.03
Lanterns : Analyse critique 1.02
Lanterns : Analyse critique 1.01
Batman - Le justicier masqué : La critique de la saison 2
2048 : Anthony Hopkins dans son propre Silo
Hawaï police d’État : Destin Daniel Cretton pour donner une (…)
Les Chroniques d’Hamalron : La critique de la gamme de livres dont (…)
Cinéma - Bandes annonces : 14 septembre 2026
Terminator Salvation : Montrer le futur était-il vraiment une erreur ?
Star Trek - Strange New Worlds : Et après le feuilleton, il y aura (…)
Sham : La critique
Le Film du Dimanche : Visionnez Runaway - L’évadé du futur
VisionQuest : Les raisons du départ de Jac Schaeffer
Le Soldat de l’Hiver : Sebastian Stan voulait sa propre aventure solo
Unification france est copyright (c) 1997 - 2026 Unification France. Tous droits réservés.