Ypres : La critique du tome 3 de la BD Les sentinelles
LES SENTINELLES
CHAPITRE TROISIEME
AVRIL 1915 : YPRES
– Date de sortie : 15 octobre 2025 pour la présente édition
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Xavier Dorison
– Dessin : Enrique Breccia
– ISBN : 978-2413087441
– Nombre de Pages : 64
– Prix : 16,50 euros
DESCRIPTION
La guerre s’enlise et le désespoir gagne le front, une sentinelle d’un nouveau genre fait son apparition : Pégase, qui file dans les airs avec ses ailes d’acier. Mais côté allemand, une nouvelle arme est créée...
Une équipe d’un nouveau genre surgit des laboratoires secrets français pour faire basculer le cours de l’histoire, mené par Taillefer : l’homme de fer issu de la toute nouvelle science du radium. Comme dans les meilleurs comics, les dilemmes moraux des héros se mêlent aux affrontements les plus spectaculaires.
LA CRITIQUE
Avril 1915, dans le secteur d’Ypres. Le conflit s’éternise et aucun camp ne parvient à reprendre l’avantage, pas même le lieutenant Taillefer. Français comme Allemands restent figés dans leurs tranchées respectives, et seule l’apparition d’une nouvelle arme semble capable de changer le cours des événements. Cette arme, c’est peut-être Pégase, la sentinelle volante. Mais la course à l’armement fait rage également de l’autre côté du Rhin.
Ce troisième tome de la BD Les Sentinelles nous plonge au cœur de l’enfer d’Ypres, ville de Belgique, où la Grande Guerre bascule dans une nouvelle ère de destruction. Tandis que les armées s’enlisent dans la boue et la fumée, l’apparition des premiers gaz toxiques transforme le champ de bataille en laboratoire de mort à ciel ouvert. C’est dans ce contexte inhumain que les Sentinelles, ces soldats augmentés, fruits d’expérimentations secrètes, poursuivent leur lutte, coincés entre leur conscience, leur loyauté à la France et la monstruosité de leur propre nature. Le tome explore à la fois l’horreur de la guerre moderne et la dérive scientifique qui la nourrit.
L’album offre un équilibre remarquable entre le réalisme historique et la dimension uchronique qui fait la signature de la série. Xavier Dorison continue d’utiliser les Sentinelles comme un prisme critique à travers lequel il interroge la guerre industrielle, la déshumanisation des combattants et l’usage cynique de la science par les états-majors. Ypres devient alors beaucoup plus qu’un décor, c’est un moment-charnière où la folie guerrière tutoie le fantastique. Le récit est tendu, maîtrisé, et ne cède jamais à la facilité du spectaculaire gratuit. Chaque scène est ancrée dans la souffrance, le sacrifice et l’ambiguïté morale. Les personnages gagnent en épaisseur, notamment les Sentinelles elles-mêmes, qui oscillent entre l’héroïsme et la tragédie intime. Le scénario frappe par sa cohérence et sa capacité à rendre lisible une période pourtant chaotique, tout en conservant une tension quasi permanente.
Visuellement, ce tome est l’un des plus puissants de la série. Le dessin met en scène un front dévasté, où la boue, les cadavres, les fumées toxiques et les silhouettes déformées créent une atmosphère suffocante. Les planches alternent entre la crudité documentaire et l’iconographie fantastique, notamment lorsqu’apparaissent les Sentinelles ou les scènes d’attaques au gaz. Le contraste entre le réalisme du trait et les éléments uchroniques renforce l’impact émotionnel : l’horreur de la guerre semble d’autant plus palpable que le surnaturel s’y fond sans jamais la détourner.
Les couleurs jouent un rôle essentiel, mêlant ocres, verts toxiques et gris de cendre dans un ensemble extrêmement homogène et oppressant. On ressent physiquement l’air irrespirable, la perte de repères et la fragilité des hommes face à une machine de guerre qui les dépasse. C’est un album âpre, beau et dérangeant à la fois, porté par une direction artistique d’une grande cohérence.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Ypres confirme toute la force des histoires de BD Les Sentinelles. Une série ambitieuse, intelligente, d’une maturité rare dans la bande dessinée de guerre. Ce tome 3 réussit à conjuguer la rigueur historique, la réflexion politique et un imaginaire fantastique parfaitement intégré. C’est un album dense, sombre, mais passionnant, qui interroge la frontière entre héros et monstruosité sans jamais sacrifier la nuance ou l’émotion. L’un des meilleurs volumes de la série, et une lecture marquante pour quiconque s’intéresse autant à l’histoire qu’à la fiction spéculative. Ce troisième tome introduit enfin le "surhomme" allemand apparu bien plus tôt dans la série télévisée.
LES SENTINELLES
- Les sentinelles, chapitre premier, juillet-aout 1914 : Les moissons d’acier
- Les sentinelles, chapitre deuxième, septembre 1914 : La Marne
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