Le carnaval des cadavres : La critique
LE CARNAVAL DES CADAVRES
& AUTRES CONTES ÉTRANGES DE CONTRÉES INCONNUES
– Date de sortie : 15 octobre 2025
– Éditeur : Éditions Delcourt
– Scénario : Mike Mignola
– Dessin : Mike Mignola
– ISBN : 978-2413091486
– Nombre de Pages : xxx
– Prix : 17,50 euros
DESCRIPTION
MIKE MIGNOLA EST DE RETOUR ! Il se renouvelle magistralement avec ce nouvel opus TRÈS attendu au titre intrigant ! Cette anthologie regroupe sept contes fantastiques et folkloriques, entièrement réalisés par le papa de HELLBOY !
Ces histoires étranges et charmantes sont toujours pleines de fantaisie. Il y est question du coeur battant d’un sorcier mort, d’une fille pirate qui conclut un pacte avec le diable ou d’un jeune garçon qui remporte un trophée au cours d’un jeu où il côtoie des morts-vivants. Le parfait point d’entrée pour les fans de Hellboy, et aussi pour les nouveaux lecteurs qui découvriront le talent de Mike Mignola.
LA CRITIQUE
Le Carnaval des cadavres & autres contes étranges de contrées inconnues est un recueil qui explore les zones d’ombre de l’imaginaire, là où l’étrange flirte avec l’horreur, où le grotesque devient sublime et où l’inconnu ouvre la porte à une poésie noire. Chaque histoire, indépendante mais unifiée par une atmosphère commune, plonge le lecteur dans un univers où les paysages semblent vivants, où les morts reviennent hanter les vivants, et où les traditions folkloriques basculent dans le macabre. Le ton oscille entre le conte gothique, la fable cruelle et le récit fantastique old-school, avec une pointe d’ironie morbide.
Le recueil séduit d’abord par la variété de ses récits, qui naviguent entre plusieurs tonalités sans jamais perdre leur cohérence thématique. L’écriture joue constamment avec l’ambiguïté. Rien n’est expliqué frontalement, les histoires laissent planer des silences, des ellipses et des zones de mystère qui prolongent le malaise une fois la page tournée. L’auteur exploite avec talent les codes du conte horrifique, mais en y injectant une forme de sensibilité mélancolique, presque élégiaque. Certains récits fonctionnent comme des paraboles sinistres sur la superstition, la peur ou la solitude, tandis que d’autres s’amusent à détourner la tradition du conte cruel. Il y a parfois une forme de classicisme dans la structure, mais c’est assumé. L’intérêt réside moins dans le twist final que dans l’atmosphère, la manière dont l’auteur plante une idée et la laisse se propager dans l’imaginaire du lecteur. Le recueil n’est pas uniforme, certains textes marquent davantage que d’autres, mais même les récits les plus courts possèdent une saveur particulière, comme des éclats d’un univers plus vaste et inexpliqué.
Visuellement, le livre frappe par son mélange d’élégance graphique et de difformité assumée. Le trait est souvent fin, sinueux, presque calligraphique, ce qui crée un contraste saisissant avec les thèmes macabres. Les visages expressifs, les silhouettes tordues et les créatures difformes composent un bestiaire qui oscille entre Bosch et Edward Gorey, avec un sens aigu de la suggestion. Les décors jouent un rôle fondamental, forêts bruissantes, ruelles inquiétantes, carnavals déformés par la nuit… chaque planche semble évoquer un monde en lente décomposition.
L’usage des ombres, parfois abrupt, souvent subtil, donne au recueil une cohérence visuelle qui sert parfaitement les récits. On retrouve également une maîtrise du rythme graphique : grandes cases contemplatives succèdent à des enchaînements plus resserrés, renforçant l’impact émotionnel. Le style pourra surprendre ceux qui préfèrent un dessin plus lisse, mais il est ici entièrement au service du conte horrifique. Il crée un malaise qui demeure, comme si les illustrations continuaient d’observer le lecteur une fois le livre fermé.
A noter qu’il est sorti en même temps, une version sublime noir & blanc comme l’éditeur sait les proposer. Et qu’un très conséquent carnet de croquis en fin d’album, complète l’expérience.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Le carnaval des cadavres & autres contes étranges de contrées inconnues est un hommage non dissimulées à ceux qui ont su transporter à un moment ou un autre l’auteur, dans des contrés inconnues. L’auteur les cites lui même en ouverture de sa BD, il s’agit de gens comme Lovecraft, Moorcock ou encore Howard. De fait, la BD est une œuvre singulière, à la croisée du conte macabre, de l’art gothique et du récit fantastique. Le recueil impressionne autant par la maîtrise de son atmosphère que par son identité visuelle très marquée. C’est un voyage dans l’inquiétante étrangeté, un hommage aux mythes, aux superstitions et aux recoins les plus sombres de l’imaginaire. L’ouvrage n’est pas seulement un ensemble de petites histoires : c’est un univers en soi, cohérent, dérangeant, et souvent fascinant. Une lecture idéale pour ceux qui aiment se perdre dans des contrées inquiétantes où le merveilleux et l’horrifique se confondent.
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