Le village : La critique

Date : 03 / 12 / 2025 à 09h00
Sources :

Unification


LE VILLAGE

 Date de sortie : 22 octobre 2025
 Éditeur : Éditions Delcourt
 Scénario : Franck Thilliez & Niko Tackian
 Dessin : Kamil Kochanski
 ISBN : 978-2413088547
 Nombre de Pages : 160
 Prix : 20,50 euros

DESCRIPTION

La découverte de dizaines de cadavres dans une rivière marque le début d’un cauchemar. Les corps, vêtus de blouses d’hôpital, sont intacts mais leurs cerveaux ont mystérieusement fondu.

Une enquêtrice est entraînée dans un tourbillon de secrets où science, ésotérisme et terreur se croisent. Mais ce qu’elle découvre dépasse de loin l’horreur conventionnelle. Quelque chose d’ancien et d’inexplicable se tapit dans l’ombre : un village, capable de faire disparaître des populations entières, qui apparaît et disparaît à travers les âges, laissant derrière lui un sillage de mort.

LA CRITIQUE

C’est en mars 2024, dans la vallée du Mont Aiguille que sont découverts 30 cadavres, flottants dans une rivière. Deux enquêteurs de la SRPJ de Grenoble sont dépêchés sur place pour constater le charnier. Tous les cadavres semblent avoir eu le cerveau fondu de l’intérieur, et tous sont vêtus de blouses d’hôpital, sauf un seul cadavre, habillé normalement, qui arbore un curieux tatouage, une formule mathématique énigmatique.

Le scénario de Nicolas Tackian et Franck Thilliez est le point fort de cet album. Il combine habilement le thriller et le fantastique. Le ton initial s’apparente à un polar, une enquête, la découverte de corps choquante, des indices mystérieux. Mais rapidement, le récit bascule vers quelque chose de bien plus vaste, et plus dangereux. L’enjeu narratif est multiple. L’enquête criminelle, qui est derrière les cadavres ? Pourquoi ces victimes avec des cerveaux fondus ? Que cache ce village ? L’enquête doit naviguer dans des secrets bien plus profonds que ce à quoi on s’attendait.

L’équilibre entre l’aspect scientifique (avec des explications potentielles “rationnelles”) et l’ésotérisme (des éléments inexplicables) donne au récit une richesse qui évite les clichés du simple fantastique. L’intrigue progresse avec des révélations, des retournements de situations, et une tension bien dosée : les auteurs réussissent à maintenir le lecteur en haleine sur 160 pages et bouche bée sur le twist final.

Le trait de Kamil Kochanski allié aux couleurs de Hugo Sebastián Facio sert parfaitement l’atmosphère sombre et inquiétante de l’album. Les décors du village, à la fois ancien, presque intemporel, mystérieux, sont particulièrement bien rendus : on sent le poids de l’histoire, l’étrangeté des lieux, et l’impression que quelque chose d’anormal se niche dans chaque recoin. Le contraste entre scènes réalistes “modernes” (les corps, l’enquêtrice) et séquences plus “oniriques / ésotériques” fonctionne bien, créant une tension visuelle qui renforce le malaise. Si on doit formuler une critique ce serait celle que l’on peut noter des imprécisions dans certains visages, ce qui rend compliquée parfois l’identification des personnages. Malgré cela, le dessin reste globalement très efficace pour installer une ambiance oppressante et crédible.

Le Village est une réussite : un one-shot ambitieux qui mêle polar, fantastique et mystère dans un cocktail aussi angoissant que fascinant. Le scénario est bien construit, les enjeux sont importants, et le mystère du “village qui disparaît” fonctionne magnifiquement comme moteur narratif. Les dessins et les couleurs plongent le lecteur dans une atmosphère sombre et inquiétante, parfaitement adaptée au ton du récit.

ET FINALEMENT ?

Je ne me cache pas, je suis un fan de Frank Thilliez. Je lis religieusement tous les ans (comme les Stephen King et quelques autres) ce nouveau roman thriller/policier qui va m’effrayer parce qu’à chaque fois, c’est une plongée dans une horreur souvent insoutenable. Avec Frank Thilliez, on frôle toujours de très près le fantastique, on est toujours à la limite de se demander si on a franchi la barrière entre le réel (souvent angoissant et effrayant) et l’irréel. Et puis non, le retour au réel est là toujours présent et l’irréel pour le lecteur est souvent l’ignominie humaine, souvent incroyable, décrite dans ces romans. C’est ce qui fait aussi la force des récits de Thilliez, on s’interroge toujours. Ici pas de doute, on est en pleine science-fiction, avec ce village qui apparait puis disparait en recrachant des cadavres.

Et finalement, on se retrouve plongé dans un récit post-apocalyptique aussi inquiétant qu’angoissant, une histoire dont la violence, surtout dans ses conclusions, renvoie le lecteur à ses propres responsabilités. Le livre interroge autant l’avenir que nos actes présents. C’est un récit profondément écologique, mais aussi une véritable course contre la montre, une fuite en avant vers un temps qui s’épuise et dont nous ne disposons plus vraiment pour sauver notre planète avant de basculer dans des issues tout aussi irrévocables. Un très bon album, qui secoue et questionne durablement.


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