Ça - Bienvenue à Derry : Analyse détaillée du Premier Épisode

Date : 29 / 10 / 2025 à 16h00
Sources :

Unification


ÇA - BIENVENUE À DERRY

 Date de diffusion : 27/10/2025
 Plateforme : HBO Max
 Épisode : 1.01 Pilote
 Créée par : Andy Muschietti, Barbara Muschietti, Jason Fuchs
 Interprètes : Jovan Adepo, Taylour Paige, Chris Chalk, James Remar, Stephen Rider, Madeleine Stowe, Rudy Mancuso et Bill Skarsgård.

Note préliminaire : Cette analyse est conçue pour être lue après visionnage du 1er épisode de la série.

Elle vous fournira, pas à pas, beaucoup d’explications sur ce qui s’y passe, mais s’élargira régulièrement pour vous expliquer le monde de Ça, de Stephen King, de l’Amérique des années 60 et de bien d’autres choses.

Vous pouvez retrouver l’avis critique de cet épisode, sans spoiler, ici.

L’ANALYSE AVEC SPOILERS

Minute 00 - Le cinéma Capitol :

En commençant par un projecteur de cinéma (puis dans un cinéma à devanture aux titres en néon), Andy et Barbara Muschietti nous rappellent que bien que conçue pour le streaming, la série est en fait un produit de leur passion pour le grand écran. Le frère et la sœur n’ont toutefois pas connu directement cette époque des années 60 puisqu’ils naîtront au début de la décennie suivante. Vu la disposition du projecteur, le spectateur n’est d’ailleurs pas le cameraman (le voyeur) mais la toile sur laquelle est projettée le film (le sujet, nous, nos peurs et comment les provoquer). C’est bien entendu, en particulier, pour insister sur la filiation directe de la série avec leurs deux films Ça, et ce que nous croyons retrouver ici, mais pas seulement.

Élargissement au monde du cinéma :
En effet, dans l’entrée du cinéma, on aperçoit aussi des affiches de Westerns de l’époque.
Plus notable, le film qui passe à l’écran est la comédie musicale Le Marchand de fanfares (The Music Man - de Morton DaCosta, 1962). L’acteur Robert Preston y chante Ya Got Trouble où un marchand itinérant tente de convaincre la population de la ville de River City d’acheter des instruments afin de financer une fanfare pour enfants. L’escroc se serre des peurs des habitants pour les convaincre, sous peine d’être maudits.

On comprend donc immédiatement le parallèle avec la créature Ça.

Élargissement à l’Amérique des années 60 :
Dans la salle, des spectateurs fument. Anodin ? Pas vraiment... ce tout petit détail nous ramène à un monde où beaucoup de choses étaient permises. Un peu comme Quentin Tarantino dans Once Upon a Time… in Hollywood, quand son personnage féminin (Sharon tate, interprétée par Margot Robbie) met ses pieds nus sur le fauteuil devant elle). C’est l’occasion de nous rappeler que nous avons tant perdu en liberté et en plaisir brut depuis. Bien entendu, il est sans doute fort désagréable de sentir la fumée du voisin, mais le prix à payer est lourd.

Nous nous intéressons donc au petit garçon, Matty Clements, et à sa tétine, un symbole important pour lui. Comme souvent dans Ça, les enfants ont un objet fétiche, qui le représente et l’aide. Bien que trop vieux, la tétine aide Matty à surmonter ses peurs en le ramenant à sa petite enfance. Il veut quitter la ville et la violence de son père.

Élargissement au roman :
Stephen King décrit Matthew Clements comme l’une des quatre victimes de Ça, l’été de l’attaque de Georgie Denborough. C’est sa mort qui poussa la police locale à imposer un couvre-feu pour les autres enfants de la ville. Il est vu pour la dernière fois à la maison, sur son tricycle, et son corps est retrouvé plusieurs mois plus tard sur une route en construction. Il avait trois ans. C’est l’une des voix qu’entend Beverly Marsh dans le lavabo de sa salle de bain. Rappelons que l’histoire des films, et donc de la série préquelle, est décalée d’une génération avec le roman. Le téléfilm, lui, reste plus fidèle à la timeline du roman, puisqu’il n’est décalé que de 5 ans (en plus).

Élargissement à l’Amérique des années 60 :
Il tient dans sa main un paquet de Cracker Jack, des popcorns enrobés de caramel qui existent depuis 1893, et dont la création un peu mystérieuse est parfois attribuée à Charles Frederick Gunther dit "Candy Man". L’un de ses attraits principaux en est le petit cadeau à l’intérieur, qui aura son importance plus tard.

Minute 03 - La fuite de Matty :

Dans la série, Matty est plus âgé, et s’avance donc sous la neige. Il veut quitter la ville de Derry et c’est sans regret qu’il laisse le panneau "Bienvenue à Derry" derrière lui. Le panneau rappelle que Derry est la ville natale de Paul Bunyan, un bûcheron géant, personnage folklorique américain qui lança la mode des chemises à carreau (que porte aussi le petit Matty).

Élargissement au monde de Stephen King :
On retrouve la statue dans les derniers films, avec une scène totalement nouvelle, où Ça en prend l’apparence. Elle apparaît aussi dans le roman Insomnia. Bien que cette statue apparaisse dans de nombreuses villes, elle est surtout visible à Bangor, ville du Maine où l’auteur passa une partie de son enfance. La véritable ville de Bangor est souvent citée comme proche de l’imaginaire ville de Derry, et Stephen King s’en inspira largement pour créer cette dernière.

Élargissement au monde du cinéma :
Dans le film de 1996, Fargo, des frères Cohen, la statue trône au milieu de la campagne enneigée.

La scène de la voiture est la scène d’ouverture choc annoncée par Andy et Barbara Muschietti. Celle qui fait basculer déjà la série à un autre niveau.
Dans la voiture, la radio crépite ses informations sur les dangers du nucléaire (notamment les déformations congénitales). Alors que la petite famille qui se rend à Portland a pris Matty en stop, cette information ramène la série à cette pleine période de la guerre froide et de ses craintes. Pour Matty aussi, car ses hôtes sont de plus en plus étranges. Le thème de la mutation génétique continue aussi avec la naissance du "démon ailé".
Cette scène monte très vite en intensité, avec la présence de Ça qui se fait déjà ressentir, sans vraiment apparaître (à part dans les yeux du petit Ray). Symboliquement ou physiquement le démon ailé est sans doute aussi une apparition de ça, qui naît pour le spectateur ici. La révélation de la "folie" de la famille, la naissance de la créature et l’attaque qui s’en suit est une succession de scènes choc qui habilement rappelle le bras arraché de Georgie, dans le Chapitre 1 des films. Les enfants sont des cibles et la réalisation ne veut pas les ménager, en leur exposant à des morts atroces, mises en abîmes ou cachées dans les autres œuvres.

Élargissement au monde de Ça :
On remarque la scène de la route qui semble interdire le départ de Derry, en y revenant immanquablement. La ville semble retenir ses proies, quand elles sont dans le viseur du clown tueur, comme dans le roman, le téléfilm et les films. On sait aussi que ceux qui arrivent à en sortir sont pris d’une sorte d’amnésie qui leur fait oublier ce qui s’y passe vraiment.

Le petit Matty semble être la première victime de Ça dans la série. On remarque toutefois que sa mort est hors champ, et que le choc violent est représenté par sa fameuse tétine qui est catapultée dans la rivière, puis flotte jusque dans les égouts.

Pour en savoir plus : Andy et Barbara Muschietti racontent leur amour du cinéma et évoquent la scène d’ouverture ici.

Minute 11 - L’arrivée sur la base militaire :

C’est là qu’apparaît le personnage du Commandant Leroy Hanlon, le grand-père de Mike Hanlon du Club des Ratés, qui le sermonne dans l’abattoir au début du Chapitre 1 des films (il y est alors interprété par Steven Williams, connu entre autres pour la série 21 Jump Street). La série s’ouvre donc intelligemment au monde des adultes qui ne seront pas, cette fois-ci, que des spectateurs endormis et aveugles. C’est un changement capital pour cette nouvelle œuvre, qui peut paraître étrange aux puristes, mais qui aura son explication plus tard dans le continuum de la 1ère saison.

Minute 13 - La vie au lycée de Derry :

Dès le panneau d’affichage de l’école, on constate l’importance du plan Duck and Cover, expliqué par le personnage de dessin animé Bert la Tortue.

Élargissement à l’Amérique des années 60 :
Cette méthode de protection mise en place à partir de 1952 demandait à toute la population de se mettre à terre et de se protéger au mieux si une alerte atomique retentissait (les pupitres à l’école, une simple couverture ou même son journal si l’on était dans la rue à ce moment-là). Jugé totalement inefficace, le plan visait surtout à rassurer la population.

Élargissement au monde de Ça :
L’utilisation de ce plan par la série est très intéressante, et à plus d’un titre. Tout d’abord, il montre l’importance de la psyché sur la protection. Le plan est ridicule, mais la protection est apportée par la foi qu’on a en lui, un thème central dans Ça (les enfants ne réussissent leurs exploits contre la créature que parce qu’ils y croient). De plus, l’image de la tortue est centrale à certains moments dans le roman. En effet, Stephen King décrit une cosmologie où la tortue Maturin est la seule créature céleste à pouvoir lutter contre Ça. Dans le téléfilm, la présence de cet être supérieur est presque entièrement passée sous silence, sauf dans un clin d’œil de l’un des surnoms de Beverly Marsh, la tortue, et dans les films les enfants qui se baignent touchent une tortue par inadvertance. Ce symbole apparaît à d’autres moments dans l’épisode, sous forme de bijou porte bonheur par exemple. Symboliquement la tortue est donc la protectrice des enfants, mais l’on ne sait pas encore si le moment du roman très étrange (voir complètement barré) de la lutte cosmique entre deux entités aura lieu ou pas. Cette scène étrange fait en effet partie de ces moments écrits sous l’influence de médicaments qui sont si singuliers que l’auteur lui-même les répudie après coup.

Les scènes du lycée sont l’occasion rêvée pour représenter l’Amérique des années 60, et l’on peut souligner la parfaite représentation des costumes et la splendide photographie pastel.

Élargissement au monde de Ça :
Dans beaucoup d’œuvres de l’auteur, le harcèlement au jeune âge est constant, c’est aussi le cas ici, comme le personnage de Bowers dans toutes les versions de Ça ou autres. Les "bullies" s’en donnent à cœur joie. C’est là que l’on nous présente, l’ancêtre du Club des Ratés. La binoclarde Marge, la déséquilibrée Lilly, le juif Teddy et le démonstratif Phil. Ce groupe, par la composition et par les noms de ceux qui le compose, fait penser immédiatement au Club des Ratés.

Élargissement au monde du cinéma :
Phil fait référence à La Planète Rouge, un film de 1952, qui parle d’extra-terrestres. Une référence à l’origine de Ça, mais aussi aux suspicions de la population sur les recherches top secrètes de la base militaire voisine.

Minute 15 - La présentation à l’équipe :

Cette scène de transition permet de présenter le racisme de l’époque, un point qui aura son importance plus loin dans la saison.

Minute 17 - Les nichons de Melle Johannsen :

Dans cette scène de voyeurisme, les créateurs de la série font référence à la "représentation très Stephen King" du désir des jeunes garçons (voir la scène de la baignade avec Beverly Marsh dans les films).

Élargissement au monde du cinéma :
Dans la chambre des garçons, des posters de L’Étrange Créature du lac noir (1954), La soucoupe volante (1950), deux classiques de monstre ou d’extraterrestres qui menacent les humains. Ils tentent aussi de créer un comic book du nom de Martians walk among us.

Minute 20 - La salle de bain de Lilly :

Le personnage de Lilly, qui rappelle beaucoup Beverly Marsh vit une scène très similaire, où elle entend les voix des enfants disparus dans la tuyauterie. Remarquée que celle que l’on surnomme la maboule (on comprendra pourquoi ensuite) se regarde dans un miroir (voir la symbolique de la folie).

Dans le flash-back qui suit, Matty tente de se rapprocher de Lilly sur le belvédère. Il jette sa figurine de Lone Ranger (il la cache pour ne pas passer pour un bébé), mais devant son refus "retombera en enfance" en ayant besoin de sa tétine pour se rassurer. On continue la symbolique des objets avec la figurine de la tortue trouvée dans le paquet de crackers.

Lilly raconte donc l’histoire de la mort de son père, dans l’usine de fabrique de cornichons, repartis rechercher la bague d’humeur en plastique qui change de couleur selon l’humeur qu’elle avait oublié. La symbolique du petit élément déclencheur, de la babiole qui aura une grande conséquence sur la vie, et la mort, est l’occasion de rentrer plus en profondeur dans l’esprit de Lilly, qui pense que les catastrophes sont de sa faute. Il faut dire que sa psyché sera visiblement particulièrement importante dans cette saison. Surtout que l’on s’aperçoit que son père est aussi mort il y a un an, et qu’elle doit prendre des médicaments.

Minute 28 - Le belvédère :

Quand on se retourne sur ces 25 premières minutes, on voit le nombre de personnages et d’éléments de scénarios qui nous ont déjà été présentés. Un exemple d’efficacité dans le monde des séries. La façon dont le groupe d’enfants se met ensemble est aussi bien plus satisfaisante que dans Ça (toutes versions confondues) car beaucoup moins linéaire. Les enfants prennent de la hauteur dans le belvédère et dans les esprits et tentent de se croire. C’est tout l’intérêt du temps long de la série. Mais comment se forme le club ?

Minute 31 - Commandement Stratégique de la Base aérienne de Derry :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette scène ne sert pas tant à nous reparler du Commandant Hanlon, mais plutôt du Général Shaw.

Minute 34 - Le judaïsme de Teddy :

Le duo d’amis des garçons rappellent la combinaison Stan Uris et la grande gueule de Richie Tozier du Club des Ratés de Ça. Et c’est l’une des grandes forces de la série de nous le faire croire. Tout est semblable et pourtant, tout est différent. La séquence d’effroi (l’abat-jour) est aussi bien mieux réussie que dans les "versions antérieures".

Élargissement au monde de Ça :
Teddy est en fait le jeune frère de Donald Uris, que l’on voit dans cette scène, et qui sera le père de Stan Uris, du Club des Ratés.

Minute 38 - La bibliothèque :

Dans Ça encore plus que dans d’autres œuvres de Stephen King, la bibliothèque est primordiale. C’est l’occasion d’y découvrir la très influençable Susie, la petite sœur de Phil. Elle est le lieu de départ de l’enquête, qui suivra en partie une "structure en pelure d’oignon" chère au maître du genre, HP Lovecraft, chaque couche découverte faisant s’enfoncer les protagonistes plus profondément dans l’horreur.

Élargissement à Stephen King lui-même :
L’auteur s’est largement investi dans la préservation des bibliothèques à travers les USA, avec sa femme en créant une fondation. Il était en effet l’un de ces rats de bibliothèque qui aimaient se réfugier dans les livres pour échapper au harcèlement des autres.

Minute 40 - Chez Ronnie :

L’enquête se poursuit dans les quartiers délabrés réservés aux noirs, alors que l’on revient sur le personnage de Ronnie.

Élargissement au monde du cinéma :
Puisque la série se déroule alors que la ségrégation raciale est encore active dans certains états du sud des USA, la séparation est très marquée. Quoi de plus opportun que de faire une allusion appuyée au film d’horreur de Jordan Peele, Get Out (2017), lorsque Ronnie hurle aux autres enfants de partir ("Get Out" en version US).

Minute 41 - La nuit à la base :

Premier petit moment un peu en dessous de la série, l’attaque nocturne que subit le Commandant Hanlon est cousue de fil blanc et on en comprend immédiatement les tenants et les aboutissements qui suivront dans les épisodes à suivre.

Minute 44 - La projection :

La scène finale de ce premier épisode est dantesque. Non pas qu’une attaque "du démon ailé" soit particulièrement intéressante, mais parce qu’il s’en prend à des enfants et les décime d’une manière horrible, un à un. Bras déchiqueté, corps déchiré en deux, corps écrasé contre un mur. Et tout cela à une vitesse folle, enchaînant la sidération du public. Avec cela, la série a gagné définitivement l’attention du public qui s’attendra à tout, en surpassant encore ces moments marquants de séries comme The Walking Dead ou Game of Thrones.

Décidément, la série Ça - Bienvenue à Derry va bien plus loin que le roman, que le téléfilm et que les derniers films.

Élargissement au monde de Ça :
Cette scène fait bien entendu référence au visionnage des diapositives dans le garage dans le Chapitre 1 des films, mais ne se contente pas de faire peur. Il rabat totalement les cartes.

Mais que restera-t-il du Club ?

Cela, vous le saurez dès le prochain épisode. Mais attention, afin de coller au jour d’Halloween, HBO Max a décidé de diffuser le second épisode plus tôt, le vendredi 31 octobre dès 08h00 du matin. Les épisodes suivants reprendront le calendrier prévu, et seront donc disponibles tous les lundis à partir du 10 novembre, et ce jusqu’au 15 décembre.

Quant à nous, nous nous retrouverons dès demain, le Jeudi 30 octobre à 16h pour l’avis critique du second épisode sans spoiler, puis le dimanche 2 novembre à 16h pour l’analyse critique avec spoilers.


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