Emilie Kado : La critique tardive
ÉMILIE KADO ET LE SECRET DES ARAIGNÉES
– Date de sortie : 18/10/2024
– Éditeur : Les éditions de la Gouttière
– Scénario : Antoine Dodé
– Dessin : Antoine Dodé
– ISBN : 978-2357960626
– Nombre de Pages : 112
– Prix : 17,00 euros
DESCRIPTION
Émilie a beau s’être déguisée en petite sorcière, elle n’est franchement pas rassurée en voyant les grosses araignées dans le sous-bois… Un jour, juré, elle n’aura plus peur d’elles ! Ni des clowns d’ailleurs…
La rencontre avec Noah, un adorable petit insecte, va précipiter les choses.
LA CRITIQUE
Comme certaines vendanges, certaines critiques sont tardives. Souvent parce que le rédacteur, votre serviteur, ne travaille pas vite, aime prendre son temps, et a aussi un véritable métier qu’il doit honorer, s’il veut parfois manger. Aussi parce que le même rédacteur pioche de temps en temps dans sa collection privée, achetée avec ses propres deniers, pour vous faire partager ses envies, ses découvertes ou encore ses coups de coeur. Et avec Émilie Kado, on est en plein dedans, un véritable coup de coeur.
Émilie est une jeune fille vive et pleine d’imagination. Elle découvre que ses peurs prennent parfois une forme bien réelle. Araignées, clowns inquiétants, portes qui grincent, forêts obscures… tous ces symboles de l’effroi enfantin peuplent son quotidien. Mais c’est surtout en rencontrant Noah, un petit insecte qu’elle vient de sauver des griffes des araignées, aussi curieux qu’attachant, qu’elle entame une véritable quête initiatique : comprendre ses peurs pour mieux les apprivoiser.
Antoine Dodé (qui a travaillé sur la série The Crow Curare avec James O’Barr) construit un récit à la fois accessible et subtil. Sans jamais forcer le trait, il aborde des thématiques importantes pour un jeune lectorat : l’amitié, le courage, l’affirmation de soi, la tolérance vis-à-vis de ce qu’on ne comprend pas immédiatement. Le scénario évite les morales toutes faites et ose parfois déranger, avec quelques scènes de tension bien amenées. L’équilibre entre frisson et douceur est finement dosé. Le tandem Émilie/Noah fonctionne particulièrement bien, leur complicité servant de fil rouge rassurant dans un monde parfois inquiétant. Ce premier tome installe avec intelligence un univers mi-réaliste, mi-onirique, où l’angoisse devient un terrain d’aventure.
Graphiquement, Émilie Kado séduit par la justesse de son trait et la richesse de son ambiance et ses références subtiles (ah Musclor !!!). Le style enchanteur de Dodé, délicat mais expressif, sert admirablement le propos. Grace à un découpage très dynamique, Dodé propose une véritable mise en scène cinématographique, variant les mises en page pour rythmer l’aventure avec fluidité, avec un sens du suspense extrêmement bien dosé.
Petites vignettes, doubles pages, tout est sublime. La double page 12/13 dans la maison est un petit chef d’oeuvre à elle toute seule. Le travail sur la lumière, les ombres et les contrastes crée une atmosphère immersive, automnale, parfois oppressante mais jamais gratuite. On sent une vraie recherche esthétique pour plonger le lecteur dans l’univers sensoriel d’Émilie — entre cauchemar et poésie.
ET FINALEMENT ?
Finalement, Émilie Kado est une très belle surprise en BD jeunesse. Antoine Dodé signe un premier tome, à la fois intelligent, émouvant, poétique et visuellement marquant. Si certains passages peuvent paraître un peu intenses pour de jeunes lecteurs sensibles, l’ensemble reste parfaitement adapté à partir de 9 ans. Une œuvre qui parle des peurs enfantines avec respect et sensibilité, sans les édulcorer, mais en montrant qu’on peut les comprendre, les nommer… et parfois même les apprivoiser. Un début prometteur pour une série qui a tout pour devenir une référence du genre. Un chef d’oeuvre à ne pas manquer.
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