Gloria Mundi : La critique

Date : 21 / 11 / 2019 à 10h15
Sources :

Unification


Extrait d’une locution latine, signifiant "Ainsi passe la gloire du Monde" (Sic Transit) Gloria Mundi est un tableau sévère mais juste de la société française d’aujourd’hui. Dans le décor triste et froid d’un Marseille plus hostile que généreux, en dépit du soleil qui l’inonde tout au long de l’année.

Tourné "côté cour" de la ville, dans des quartiers défavorisés, voire glauques, dans la lumière blafarde de l’éclairage de nuit et des jours d’hiver, le film nous offre une balade inattendue dans une ville qui rayonne pourtant à l’international.

Où l’activité économique florissante à certains égards, illustrée en filigrane par l’activité du port, les hauts buildings du centre d’affaires et les vues "cartes postales" montrant musées et autres prouesses architecturales n’est qu’un décor, presque de pacotille... dans la destinée tragique de personnages pourtant bien ordinaires.

Depuis Pagnol, on a connu peu d’auteurs aussi doués pour théâtraliser le quotidien. Robert Guédiguian est de ceux-là. Même si on est loin des fresques bucoliques et optimistes de son célèbre prédécesseur, plus enclin à montrer des valeurs bien plus positives d’entraide et de solidarité dans un monde "en formation".

Et de La gloire de mon père à la petite Gloria de Guédiguian, le monde a bien changé. Et Marseille est devenu le théâtre de drames quotidiens d’une banale tristesse.

Le réalisateur cite Agrippa Menenius pour expliquer sa démarche : « L’apogée de la domination est atteint lorsque le discours des maîtres est tenu et soutenu par les esclaves. »
" Pour paraphraser Marx, partout où le néocapitalisme règne, il a foulé aux pieds les relations fraternelles, conviviales et solidaires pour ne laisser subsister d’autre lien entre les hommes que le froid intérêt, le dur argent comptant. Il a noyé tous nos rêves dans les eaux glacées du calcul. Voilà ce que ce film noir veut signifier à travers l’histoire d’une famille recomposée aussi fragile qu’un château de cartes." précise-t-il.

De fait le film est parsemé de signes sinon accusateurs, au moins susceptibles de sensibiliser le spectateur à l’affligeant climat qui règne sur la ville. Et je ne parle pas de météo. Car elle baigne toujours le paysage de soleil... Un décor où est volontairement masquée Notre Dame de la Garde... très loin à l’horizon, et mis au premier plan un camp de migrants, sur le port.
Dans lequel évoluent bien quelques touristes, moins représentés dans le propos que les miséreux, qui vivent "à la semaine", dans des hôtels miteux ou des travailleurs pauvres, fatigués, plus vraiment décidés à se battre pour leur droits... ou encore comment les uns tirent profit de la précarité des autres, en rachetant à bas prix, des bribes de leur misérable vie.
Unité de lieu.

Pour l’unité de temps... il semble qu’on soit en période de Noël, mais la chape de plomb qui pèse sur la famille, ne donne pas le coeur à la fête, et l’humble sapin est un ornement bien discret dans l’appartement d’un couple déchiré par les problèmes d’argent.
Ainsi s’écoulent les semaines semées d’embûches et de tracas, jusqu’à l’inexorable et catastrophique épilogue.

Ah oui, on peut dire que ce film n’est pas gai. Tourné pourtant avec délicatesse. Et empathie. Même pour les personnages "les moins sympathiques".
Il n’est pas question de juger...
A peine peut-être de secouer les consciences...

A réfléchir.


SYNOPSIS


Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille.
Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout.
Quand un coup du sort fait voler en éclats ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE


– Durée du film : 1 h 47
– Titre original : Gloria Mundi
– Date de sortie : 27 novembre 2019
– Réalisateur : Robert Guédiguian
– Scénaristes : Serge Valletti, Robert Guédiguian
– Interprètes : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet
– Photographie : Pierre Milon
– Montage : Bernard Sasia
– Musique : Michel Petrossian
– Costumes : Anne-Marie Giacalone
– Décors : Michel Vandestien
– Producteurs : Robert Guédiguian, Marc Bordure, Angelo Barbagallo-EX NIHILO / AGAT FILMS & CIE
– Distributeur : Diaphana Distribution

LIENS


– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB

PORTFOLIO

Gloria Mundi


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