Corporate : La critique
Corporate fait écho, explicitement, en la dénonçant, à "la mode du suicide en entreprise", déplorée avec cynisme par le PDG de France Télécom au début des années 2000.
Provoquée par des méthodes de management assimilables à du harcèlement moral. Tout étant permis ou presque pour "faire partir volontairement les gens", en évitant le licenciement.
Quand le moyen de partir est aussi définitif que le suicide... évidement, cela pose non seulement un problème éthique, mais aussi un "gros souci de responsabilité".
"C’est la complexité de cet enjeu juridique et éthique qui m’a donné envie d’écrire ce film." explique le réalisateur.
"Le personnage d’Emilie m’a été inspiré par le témoignage d’une vraie manageuse. Après m’avoir raconté comment elle avait mis la pression à des salariés dans la perspective très claire de les pousser dehors, elle m’a simplement dit : « Ça ne passera plus par moi. ». J’ai trouvé cette formule très forte et très courageuse. C’est l’affirmation d’une rupture personnelle avec le système. Je crois que ce genre de prise de position individuelle peut vraiment faire bouger les lignes, parce qu’en plus de se libérer soi même, ça libère les autres, ça fait boule de neige. Et je pense que ça dépasse largement le cadre de l’entreprise.
Dénoncée ici avec force, la méthode, inhumaine, pose de vraies questions : Jusqu’où peut-on aller trop loin pour être Corporate ? Jusqu’où doit mener la loyauté envers son Entreprise ? La transformer en un véritable champs de bataille ? Accepter des dommages collatéraux aussi graves que des décès ?
A quand des monuments aux morts dans les halls d’accueil ?...
Le film est si bien fait qu’il donne le frisson. Met en colère, autant qu’il fascine. La mécanique est telle qu’elle est un piège mortel. Brisant autant les vies que les carrières, sans souci, afin de préserver une entité, devenue effrayante, l’Entreprise.
On est carrément dans le thriller psychologique. "L’Employeur", la "boîte", "les patrons"... qu’on ne voit jamais, sont omniprésents, faisant penser à une mafia de l’ombre, sans scrupule, une sorte de "monstre tentaculaire" prêt à tout pour survivre, quitte à sacrifier une partie de ses membres. Qu’elle utilise, à tous les stades de la hiérarchie en faisant régner un climat de peur, impitoyable.
Monstre auquel fait face, une protagoniste, tout d’abord disciplinée, qui, vite horrifiée, comprend qu’elle a un rôle à jouer pour endiguer la catastrophe qui se profile.
C’est effarant, effrayant, extrêmement bien interprété.
Mis en scène avec efficacité.
Les décors, choisis avec un soin "clinique", nous plongent dans une atmosphère à la limite de la science fiction. Tant on aimerait que cela relève du fantasme.
Alors qu’on sait bien, l’ayant vécu soi-même ou pour en avoir entendu parler aux actualités, pendant des mois, que c’est une triste réalité.
Qui touche encore, sourdement, des milliers de personnes, en France et ailleurs, dans un système qui a depuis longtemps évacué "l’humain" de ces schémas opréationnels. Le reléguant au rang de simple outil, interchangeable et jetable.
Une situation révoltante. Un sujet lourd, traité avec sobriété et efficience.
Qui a de quoi choquer le spectateur. A voir donc, avec le recul nécessaire et en bonne condition psychique. A éviter en période de stress professionnel.
Percutant.
SYNOPSIS
Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une “killeuse”. Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 35
– Titre original : Corporate
– Date de sortie : 5 avril 2017
– Réalisateur : Nicolas Silhol
– Scénaristes : Nicolas Silhol, Nicolas Fleureau
– Interprètes : Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Violaine Fumeau
– Photographie : Nicolas Gaurin
– Montage : Florence Bresson
– Musique : Alexandre Saada, Mike et Fabien Kourtzer
– Décors : Sidney Dubois
– Producteur : Jean-Christophe Reymond / Kazak Productions
– Distributeur : Diaphana
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