Silence : La critique

Date : 06 / 02 / 2017 à 13h30
Sources :

Unification


Silence est un excellent film de Martin Scorsese qui a mis 28 ans pour adapter à l’écran l’œuvre de Shūsaku Endō, Chinmoku, paru en 1966 qu’il veut porter à l’écran depuis sa découverte.

C’est un roman qui le touche beaucoup personnellement d’autant que ce dernier déclare : « J’ai été frappé de voir que le livre posait les questions fondamentales liées au christianisme, des questions auxquelles je tente de répondre chaque jour. Arrivé à cette époque de ma vie, je m’interroge constamment sur la foi et le doute, la faiblesse et la condition humaine - des thèmes que Shūsaku Endō aborde de manière très directe. »

Le film se passe au XVIIème siècle et raconte la quête de leur mentor par deux jeunes prêtres jésuites portugais s’infiltrant au Japon pour le retrouver et devant entrer dans la clandestinité. En effet, le pays livre une lutte terrible contre le christianisme et une traque incessante contre les japonais chrétiens qui refusant d’abdiquer leur confession se voient torturés et massacrés de façon horrible.

L’histoire des débuts sanglants du catholicisme au Japon est peu connue. Introduit en 1554, il a été interdit en 1614 pendant près de deux siècles et demie avant d’être de nouveau autorisée en 1854 lorsque le Japon a été obligé par le commodore Perry de s’ouvrir à nouveau à l’occident. Durant cette période, de nombreux chrétiens ont abandonné leur religion alors que des milliers d’entre eux étaient exécutés.

L’œuvre de Martin Scorsese se focalise sur les premières années de l’inquisition japonaise, mais plus qu’une réflexion sur la religion, elle pose de véritables questions sur la foi, le doute et le renoncement.

Les divers personnages de l’histoire portent toutes ces questions en eux et y apportent des réponses différentes selon leurs volontés et leurs espoirs.

L’œuvre ne se fait d’ailleurs jamais moralisatrice, et n’est en aucune manière porteuse de prosélytisme, laissant à chacun la liberté d’apprécier ou non le comportement de chacun, bien que le réalisateur nous offre sa propre conception de la foi à travers une scène finale poignante et intense.

Les jeunes réalisateurs mettent souvent beaucoup de ce qui leur tient à cœur dans leurs premiers films, ne sachant pas ce qu’il en sera de leur carrière. Les grands réalisateurs, qui n’ont plus rien à prouver, livrent parfois, lorsqu’ils ont atteint un certain âge, une œuvre qu’ils ont mis de nombreuses années à réaliser.

C’est ce que fait Martin Scorsese avec un long métrage de 2h43 que l’on ne voit pas passer, au budget conséquent de 40 millions de dollars. Il offre au monde une œuvre épique et mystique comme héritage. De plus, cette dernière associe une réflexion passionnante sur l’humanité à une véritable leçon du 7ème art qui sans nul doute sera disséquée dans des cours d’école de cinéma dans le futur.

Car clairement, Silence est une œuvre qui se voit et se revoit et surtout se ressent. C’est une véritable épopée au centre de la psyché humaine associée à la confrontation de deux mondes que beaucoup de choses opposent. C’est surtout un miroir du passé qui montre que la foi est une composante intime et que si l’appartenance à une religion peut fluctuer, la vraie croyance ne pourra jamais, ni sous la menace, ni sous la torture, être écornée.

La mise en scène de Martin Scorsese est virtuose et ses plans sont extrêmement travaillés, tant dans des lieux clôt que dans des espaces dégagés. Il maîtrise aussi parfaitement le rythme de son récit.

Le long métrage est d’ailleurs d’une précision extrême. Costumes, décors, maquillages, lumière, accessoires, rites traditionnels, tout a été étudié et travaillé donnant l’impression de se retrouver projeté dans un passé bien sombre.

Le montage de Thelma Schoonmaker est impeccable. Il est servi magnifiquement par la très belle bande originale de Kathryn Kluge et Kim Allen Kluge alliant instruments orchestraux à musique traditionnelle japonaise.

Le casting est lui aussi à la hauteur d’une fresque aussi imposante. Entre Liam Neeson formidable en prêtre apostat, Adam Driver en prêtre idéaliste, et surtout Andrew Garfield en prêtre de plus en plus confronté au doute alors que le film suit ses tribulations au sein d’un pays inhospitalier, les acteurs occidentaux ont été fort bien recrutés.

Les comédiens japonais sont tous aussi bons avec un Yosuke Kubozuka incroyable en ami-traître apportant la seule touche d’humour récurrente d’une œuvre parfois épurée. Il faut aussi signaler parmi les acteurs vraiment marquants le superbe Tadanobu Asano en interprète rusé et l’impressionnant Issey Ogata en chef inquisiteur.

Attention, car le long métrage montre des scènes de torture et de mise à mort d’une grande violence qui pourrait choquer les plus sensibles, d’autant que dans ce domaine aussi, les recherches ont été précises et le tournage d’une grande rigueur.

Silence est une œuvre que bien peu de réalisateurs auraient pu se permettre de faire. Il est heureux qu’un aussi grand cinéaste que Martin Scorsese l’ait tourné et réussi à ce point. Si la thématique peut déranger quelques-uns, ce serait dommage de passer à côté d’un film aussi puissant émotionnellement.

Avec une mise en scène éblouissante, des acteurs incroyables et d’une grande puissance, une histoire à la fois historique et intemporelle et une reconstitution saisissante d’une époque révolue, c’est à un très grand film que l’on se retrouve confronté.

Une rencontre à ne pas hésiter de faire, quel que soit sa croyance, ou son absence de croyance, tant le long métrage est imposant et qu’on ne voit jamais passer les minutes d’une grande saga cinématographique.

Imposant et pénétrant.

SYNOPSIS

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

 Durée du film : 2 h 41
 Titre original : Silence
 Date de sortie : 08/02/2017
 Réalisateur : Martin Scorsese
 Scénariste : Jay Cocks, Martin Scorsese d’après l’œuvre de Shusaku Endo
 Interprètes : Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Tadanobu Asano, Ciarán Hinds, Yôsuke Kubozuka, Yoshi Oida, Shinya Tsukamoto
 Photographie : Rodrigo Prieto
 Montage : Thelma Schoonmaker
 Musique : Kathryn Kluge, Kim Allen Kluge
 Costumes : Dante Ferretti
 Décors : Dante Ferretti
 Producteur : Vittorio Cecchi Gori, Barbara De Fina, Randall Emmett, Gaston Pavlovich, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff, Irwin Winkler, Graham King pour Initial Entertainment Group, De Fina-Cappa, Fábrica de Cine, Sikelia Productions, Verdi Productions, Waypoint Entertainment, Cecchi Gori Pictures, SharpSword Films
 Distributeur : Metropolitan FilmExport

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