Shadow Days : La critique
Shadow Days est un bon film glaçant et passionnant, parfois à la limite du documentaire, qui parle des avortements et de la stérilisation forcés des femmes chinoises. Une histoire dont je n’avais pas eu connaissance, bien que cela ne soit finalement pas si surprenant au pays de l’enfant unique.
En effet, imposer à sa population une seule progéniture et que cette dernière s’y conforme relève de l’utopie. Les lois drastiques, les fortes amendes, l’accès à l’avortement, voir les encouragements financiers ont dû aider, mais l’enlèvement et l’utilisation de la chirurgie sur des femmes non volontaires à grande échelle rappelle les passages sombres des livres de science-fiction quand un état totalitaire fait de sa population ce qu’il veut.
Se rendre compte que ce constat physique a bien lieu chez nos voisins et qu’il a entraîné l’avortement de millions d’enfants fait froid dans le dos. D’ailleurs, le gouvernement se targe d’avoir « empêché » plus de 300 millions de naissances.
On peut aussi se poser une question simple, pourquoi stériliser uniquement les femmes alors que l’opération peut être dangereuse pour ces dernières, car interne alors qu’une simple vasectomie prend peu de temps et est pratiquement indolore. Mais là encore, la société patriarcale hypocrite préfère considérer que seule la femme est limitée à un enfant alors que l’homme peut aller semer à tous vent.
Le film revient sur ce fait à travers un jeune homme qui trouve refuge avec sa compagne chez son oncle et ce dernier en charge, entre autres, du planning familial. Le personnage principal va faire partie des brigades chargées d’attraper les femmes réticentes et de les envoyer dans des camions vers leurs destins tragiques.
Le réalisateur Zhao Dayong vient du documentaire et sait parfaitement en utiliser les codes pour rendre l’histoire plus véridique, prenante et poignante. C’est une histoire à plusieurs niveaux imbriqués qu’il livre. Celle de la lente disparition de certains villages chinois abandonnés par leurs habitants, celle de la culpabilité rongeante qui peut détruire les individus, et enfin celle de vies brisées par une gestion bureaucratique. Et à travers son scénario, c’est aussi une belle et puissante histoire d’amour entre deux jeunes gens rêvant d’un avenir meilleur qui est contée.
Les trois acteurs principaux sont très bons et participent pour beaucoup à l’atmosphère parfois funeste du film. Car c’est bien une sorte de fin dont il s’agit : délitement d’une certaine idéologie, achèvement d’une vie, épilogue d’une époque…
De plus, la confrontation entre l’oncle est le jeune est très intéressante. C’est deux générations qui s’observent et ne se comprennent plus forcément. Quant aux liens unissant les deux amants, l’amour et la désillusion sont universelle, tout comme la rage et la colère. Des sentiments exacerbés par un environnement délétère et une société qui montre ses propres limites.
Et si les petits bonheurs qui accompagnent les jeunes gens pâtissent de leur situation délicate au cœur de l’immeuble désaffecté dans lequel ils ont emménagé, leurs moments de joie illuminent une histoire sombre qui laisse peu de place à un avenir heureux.
Shadow Days est un film sans concession qui dénonce aussi bien un régime qui passé l’euphorie des premiers temps laisse à l’abandon les bâtiments érigés du temps de sa grandeur qu’une politique déshumanisante fondée sur une bureaucratie sans âme obsédée par ses résultats. Entre une dénonciation d’un comportement d’une violence extrême envers les femmes et une belle histoire d’amour crépusculaire, la dernière œuvre de Zhao Dayong interpelle violemment et laisse un goût amer dans la bouche.
C’est bien au cœur des ombres que les jours s’écoulent tissant et dénouant la trame des destinées humaines.
Un film choc et glacial dans lequel la réalité dépasse malheureusement la fiction.
Bouleversant.
SYNOPSIS
Pour échapper à un passé trouble, Renwei revient en compagnie de sa fiancée dans son village natal, dont son oncle est le maire, après 20 ans d’absence. Situé dans les montagnes, à la frontière de la Chine et de la Birmanie, le village de Zhiziluo a bien changé et s’est vidé de ses habitants, la plupart étant partis tenter leur chance en ville. Manquant de bras, l’oncle de Renwei propose à ce dernier de travailler pour le planning familial…
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 39
– Titre original : Gui ri zi
– Date de sortie : 30/03/2016
– Réalisateur : Zhao Dayong
– Scénariste : Zhao Dayong, Fu Xinhua
– Interprètes : Li Ziqian, Liang Ming, Liu Yu
– Photographie : Zhang Tianhui
– Montage : Li Qing, Zhang Tianhui
– Musique : Fangqiong Zhu
– Décors : Wang Jian
– Producteur : David L. Bandurski, Dayong Zhao pour Lantern Films China Company, Skyforth Investment Funf Management
– Distributeur : Dissidenz Films
LIENS
– SITE OFFICIEL
– ALLOCINÉ
– IMDB
PORTFOLIO
Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.












