J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd : La critique
La réalisatrice de J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd, (citation empruntée à une chanson de Richard Desjardins, un auteur-compositeur, interprète et cinéaste québécois, Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours) est elle même un sacré personnage et peut-être au final LE personnage central de ce film.
Elle vit et travaille à Faux-La-Montagne sur le plateau de Millevaches. Après des études aux Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, elle expose son travail dans des lieux d’art contemporain dès sa sortie de l’école. Puis elle fait un post-diplôme à l’école d’art de Lyon. C’est là, avec Jean Pierre Rhem, son « tuteur », qu’elle rencontre le documentaire de création. Elle décide alors de prendre un autre chemin et fait un Master de réalisation documentaire à Lussas.
Son film de fin d’études, D’un chagrin j’ai fait un repos, a été sélectionné et primé dans plusieurs festivals à travers le monde.
En 2009, elle réalise un premier documentaire de 90’ pour la télévision, La Pieuvre, sur une maladie génétique neuro-dégénérative qui décime sa famille, la maladie de Huntington. Il est sélectionné au FIPA 2010, à Leipzig, à Tubingen.
Edmond, un portrait de Baudoin, son premier long-métrage documentaire pour le cinéma, a obtenu le Grand Prix du festival « Traces de Vies » à Clermont-Ferrand en 2014. Ce portrait intime du dessinateur Baudoin, l’auteur de Piero, est sorti en salles le 30 septembre 2015.
J’avancerai vers toi avec les yeux d’un Sourd est son deuxième long-métrage, qui nous entraîne dans un voyage singulier, au coeur d’ un pays à la fois si éloigné et si proche, le "Monde des Sourds", qui nous laisse sans voix.
Le traitement du sujet pousse sans conteste à l’empathie et si je n’avais pour ma part toujours rêvé d’apprendre cette langue des signes, j’en aurai eu envie en regardant ce documentaire. Peut-être un poil trop sombre.
Qui ne met peut-être pas assez en lumière les aspects positifs de cette culture à part entière qu’ont créé les sourds, autour de ce que nombre d’entre eux se refusent à vivre comme un handicap. Et qui pourtant dans la société que nous connaissons sont stigmatisés et clairement définis comme "infirmes".
Le parti pris par Laetitia Carton de défendre cette communauté, à laquelle elle n’appartient pas, mais dont elle se sent si proche, verse dans le militantisme par la force des choses. Une protestation née de la colère de voir tout un pan de la société ignoré, voire mis au ban.
"Je dirais ... qu’il y a neuf ans, au stade de l’écriture avant que je prenne le recul nécessaire... j’étais animée par la colère", déclare-t-elle, "... un sentiment d’injustice face à tout ce que vivaient les Sourds. Aujourd’hui pour moi c’est un film politique. Eminemment politique. Si par « militant », on entend défendre une cause, je sais effectivement d’où je parle et mon point de vue est très clair. Je pense qu’il faut d’abord enseigner la langue des signes, même si beaucoup de parents ne sont pas d’accord et font le choix de l’oralisation. Je vois le résultat : les adultes Sourds qui ont reçu une éducation bilingue depuis l’enfance ne sont pas handicapés, ils ont juste une culture différente. Ils sont centrés, clairs dans leur identité, épanouis.
Vincent ne savait pas qui il était. C’était son problème. Les sourds sont tous en quête d’identité. S’ils n’ont pas eu de modèles étant gamins, c’est très dur pour eux."
D’un hommage à un ami, Laétitia Carton fait un véritable pamphlet. Revendicatif et tout aussi informatif. Qui nous laisse nous "entendants", pantois, sans voix. Se demandant quoi faire de nos dix doigts... apprendre à communiquer, peut-être ?
Intéressant.
SYNOPSIS
Ce film est adressé à mon ami Vincent, mort il y a dix ans. Vincent était Sourd. Il m’avait initiée à la langue des signes. Je lui donne aujourd’hui des nouvelles de son pays, ce monde inconnu et fascinant, celui d’un peuple qui lutte pour défendre sa culture et son identité.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 45
– Titre original : J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd
– Date de sortie : 20 janvier 2016
– Réalisateur : Laetitia Carton
– Photographie : Gertrude Baillot, Laetitia Carton, Pascale Marin
– Montage : Rodolphe Molla
– Musique : Camille
– Producteurs : Olivier Charvet et Sophie Germain-Kaléo Films
– Distributeur : Epicentre Films
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