
La Marche : La critique
SYNOPSIS
En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King. Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons et donneront à la France son nouveau visage.
NOTRE AVIS
1983, une simple marche devient un fait marquant et entre discrètement dans la mémoire collective - 2013, cette simple marche devient, sur grand écran, La Marche de Nabil Ben Yadir. Entre ces deux dates trente années et pourtant...
Au commencement du film, on ne peut s’empêcher, de rapprocher voire confondre les contextes et être tenté par un bilan amer. Yadir Ben Yadir défie ce registre prévisible et donne un élan, donne envie de réfléchir, d’échanger, de partager sur le sujet. L’intelligence dans le traitement du sujet, le choix de la neutralité permet au film de dépasser le cadre de son propre sujet et vient nous bousculer avec justesse, réalisme et sensibilité. Le réalisateur évite l’écueil entendu de l’angélisme moralisateur et du politiquement correct. Nous avons l’opportunité de découvrir une histoire, des personnalités, un contexte, une époque, ses injustices ses espoirs. Nous sommes face à une globalité, le sujet n’est pas tronqué. « La marche pour l’égalité et contre le racisme » réduite, à l’époque, à « la marche des beurs » par les médias et les politiques, nous est ici conter avant tout comme une aventure humaine.
Notre regard est guidé vers les individus, les individualités dont la somme des histoires va bâtir et enrichir l’histoire collective. En cela, les personnages secondaires deviennent essentiels et s’imposent petit à petit comme des personnages principaux, au même titre que Mohamed (Tewfik Jallab). L’interprétation de chacun des acteurs est à la hauteur de cette trajectoire. Charlotte Le bon, M’Barek, Hafsia Herzi ont été pour moi d’agréables surprises. Acteurs et personnages se superposent. Il est presque difficile de les dissocier. Pas à pas, ils se révèlent, vont à la rencontre les uns et des autres, à la rencontre d’eux même. Le temps du film, je me suis attachée à eux. M’Barek (Farid) est extrêmement touchant, il devait apporter peu et finalement donne tellement. Hafsia Herzi (Mounia) à la fois mystérieuse, profonde et forte vivra l’injustice et la violence dans sa chair, alors que sa présence, son engagement est presque un hasard. Son attirance naissante, grandissante et réciproque pour Sylvain (Vincent Rottiers) est très émouvante, les regards mutuels, la bienveillance, l’instinct de protection sonnent justes. Le sujet de leur différence culturelle susceptible de les séparer est abordé naturellement et mis en perspective avec la symbolique de la marche elle-même. Le sujet n’est pas renvoyé à une réflexion intellectuelle, il est vécu, il est ressenti, nous sommes dans la vraie vie. Je n’oublie pas non plus la dureté puis le lâché prise émouvant de Kheira (Lubna Azabal), la différence normale de Claire (Charlotte Le bon) qui supportera les coups, la double peine de Yazid (Nader Boussandel) déterminé par son passé. Et bien sûr René (Philippe Nahon), le français de souche que l’on aurait pu aimer détester et que l’on aime tout court : il est là avec pudeur, présent de bout en bout du projet. Seul le personnage de Hassan (Jamel Debbouze) déçoit car quelque peu sur joué, j’ignore si cela est volontaire ou non.
Tous ces portraits, le sens, la finesse et encore une fois l’intelligence émanent d’un scénario (Nadia Lakhdar) et d’un travail de réalisation solides et rondement menés. Le travail de documentation, d’analyse et d’écriture a sans aucun doute été mené avec rigueur pour aboutir à un tel résultat. On découvre ou redécouvre 1983, les voitures, le style vestimentaire, le langage.
L’humilité du producteur, Hugo Sélignac, intervenu en début de projection, s’excusant par avance de quelques imperfections, résume à mon sens la sincérité du projet : un miroir de l’aventure humaine qui a lié l’équipe. Les conditions de tournage, quasi réelles, ont très certainement favorisé la cohésion autour de valeurs proches de celles des marcheurs de 1983. Ce long métrage respire l’authenticité.
La sortie du film est concomitante avec l’anniversaire des trente ans de la marche (ce qui n’est évidemment pas un hasard). L’exercice était donc périlleux car au-delà du travail cinématographique, une forme de responsabilité s’impose. Le long métrage appelle, malgré lui, le débat sur le contexte 2013. Une initiative partisane ou moins calibrée aurait pu échauffer les esprits. De mon point de vue, ce film écarte la polémique et invite à un échange serein.
Je me permets donc d’apporter un avis commenté. L’évènement de 1983 peut être considéré comme « l’acte de naissance politique des descendants d’immigrés ». L’initiative des pouvoirs publics de débloquer près de 400 000 € pour organiser 70 actions commémoratives pour les 30 ans m’interroge. Commémorer donne certes à cet évènement un caractère historique et il est nécessaire de se souvenir. Toutefois, cantonner un financement public à autant d’actions de commémoration, n’est-ce pas un peu trop ? N’est-ce pas aussi passer à côté du message des marcheurs de 1983 ? Adossé au devoir de mémoire, les pouvoirs publics n’ont-ils pas aussi le devoir de donner un cap une vision, bref de regarder les points positifs de notre époque et nous amener à regarder vers le futur , le long terme ? C’est quand même surprenant d’être suspendu à une potentielle qualification de l’équipe de France pour toucher du doigt cet espoir...
Les médias nous abreuvent de statistiques et de faits divers sur la montée du racisme, les politiques s’en servent comme argument électoral et nous enferment dans cette pensée unique : notre pays est raciste. Je dis non. Personnellement, je ne reconnais pas mon quotidien dans la France telle que décrite actuellement ici et là. Ma France est républicaine et laïque. Oui, il existe des actes répréhensibles, des provocations, des vols, des violences à condamner. Pour autant nos valeurs n’en sont pas ébranlées, le socle est solide et notre vigilance en éveil.
Le racisme. Il est en effet beaucoup moins vendeur et bien plus compliqué de commenter ce qui se cache derrière, le vrai sujet, celui de la misère, en face de la finance, de l’abondance et parfois de la démesure.
La Marche de Nabil Ben Yadir, un trait d’union remarquable entre 1983 et 2013, qui n’a pas fini de faire parler d’elle et de nous faire parler entre nous !
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 2 h 00
– Titre original : La Marche
– Date de sortie : 27 novembre 2013)
– Réalisateur : Nabil Ben Yadir
– Scénariste : Nabil Ben Yadir et Nadia Lakhdar
– Interprètes : Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, M’Barek Belkouk, Lubna Azabal, Nader Boussandel, Charlotte Le Bon, Hafsia Herzi, Philippe Nahon et Jamel Debbouze
– Directeur de la photographie : Danny Elsen
– Musique : Stephen Warbeck
– Décors : Johann George
– Costumes : Emmanuelle Youchnovski
– Producteur : Hugo Sélignac pour CHI-FOU-MI Productions
– Distributeur : EuropaCorp Distribution
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