
Super 8 : La critique
Date de sortie cinéma : 3 août 2011
Titre original : Super 8
LE FILM
Synopsis :
Eté 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu’ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d’une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.
Ce qu’on en pense :
« Retour vers le Futur ! » Super 8 est un véritable bain de jouvence pour une « vieille » comme moi, qui a vécu cette année là, les derniers mois de son adolescence. Marquée par un extraordinaire engouement pour tout ce qui venait de l’espace et du futur, les secrets militaires et les expériences à la technologie mystérieuse, parce que terriblement d’avant-garde. Une évidence aujourd’hui, l’époque était riche d’innovations techniques, largement dépassées depuis, qui ont changé la face du monde.
Une période qui a fait les beaux jours de Steven Spielberg, « maître et inspirateur » d’un J.J. Abrams transporté. Voilà l’ambiance ! La reconstitution historique est au poil ! On se croirait vraiment dans un film de Spielberg, de la meilleure époque. Qui, s’il avait eu les moyens actuels de son poulain, aurait sans conteste accouché du même chef-d’œuvre.
On va me dire que le mot est un peu fort. Que j’exagère. Mais lorsque je sors d’une projection, encore sous le choc, c’est le seul mot qui me vient à l’esprit. Alliez la force d’évocation de ces deux-là à la qualité des effets visuels de « notre temps » et vous obtenez un formidable moment de cinéma !
Tout y est ! De la qualité technique à la générosité de l’auteur. Du professionnalisme incontestable d’une équipe triée sur le volet à la révérence pudique et quasi enfantine d’un cinéaste qui rend hommage, à la fois à l’un de ses maîtres, mais aussi à l’objet « Cinéma ».
Le Super 8, c’est une petite caméra, qui offre l’avantage d’être « encore du temps de la pellicule » … en prise direct avec l’aspect le plus matériel de la création cinématographique. Un outil qui appartient à une phase très précise, charnière de l’évolution dans le domaine du septième art. « 8, 16, 32 … » de l’amateur au cinéaste de renom, un plaisir tactile motivait l’utilisation de ces appareils, qui exigeaient des soins particuliers et une bonne dose de patience.
Un film, c’était un projet qui prenait du temps. Ça se touchait du doigt, ça sentait la colle et se maniait avec moult précaution. Le souvenir de ses jeunes années à user de ces méthodes « d’un autre âge » a fourni à J.J. Abrams la trame et le contexte. Son imagination a fait le reste.
Il nous invite avec une générosité sans égale, à le suivre dans son rêve en cinémascope, à la poursuite d’un monstre pas si monstrueux qu’il en a l’air, qui sème la panique dans une petite ville du middle-west, à la fin d’un vingtième siècle qui lorgne sur l’an 2000, comme on suit un spectacle de magie !
Un véritable régal pour les cinéphiles. Jeunes ou moins jeunes … tous apprécierons, le bonheur de découvrir sans lourdeur aucune, quelques aspects de « l’envers du décor » ; de la naissance en somme de la vocation de « faiseur de films ».
Si l’histoire en rappelle une autre, ou plus, c’est voulu. Et parfaitement maîtrisé. J.J. Abrams fait appel tant au niveau du scénario qu’à celui de la mise en scène à des ressorts éprouvés, sans que cela nuise jamais à la crédibilité, ni à la fraîcheur de l’ensemble.
C’est un fantastique chef d’orchestre, qui semble mener son monde avec doigté, plus qu’à la baguette. Une étrange douceur émane de ce film pourtant rempli d’explosions, de poursuites, de suspens, de rebondissements et d’émotion. On a la sensation que tout coule de source.
Moi qui prends d’habitude un malin plaisir à scruter chaque recoin de l’écran à la recherche « de la petite bête », du « détail qui tue », je me suis faite embarquer ! Pas un instant je n’ai pensé à l’aspect critique. Je suis rentrée dans l’histoire avec tous ceux qui m’entouraient et qui ont semblé rajeunir à vue d’œil ! On avait tous subitement dix ans !
Parlons boutique tout de même.
J.J. s’est entouré des meilleurs professionnels. A commencer par Steven Spielberg, qu’on ne présente plus, qui en tant que producteur s’est investi à tous les niveaux et a participé à toutes les étapes de la fabrication. « A l’ancienne », presque. En dépit du fait qu’il y en a moins, des étapes, et surtout de différentes, de nos jours.
Ses amis et collègues, venus de la télé ou sortis des meilleures écoles de cinéma, le rejoignent. Tel Bryan Burk, qu’il a rencontré sur la série Alias et avec qui il crée Bad Robot Productions, ou encore Guy Riedel qui est passé par Pacific Western Prod, avant de produire pour HBO plusieurs téléfilms, dont The Second Civil War de Joe Dante (tiens donc) avec Beau Bridges.
C’est Larry Fong, qui partage avec lui l’expérience de ses tournages en super 8 de son adolescence, et son extraordinaire talent en matière d’animation et de stop motion, qui est chargé de la photographie. Le meilleur directeur photo qu’il connaisse, à qui il a confié le pilote de Lost (Cité à l’ASC Award), ainsi que plusieurs des épisodes de la série devenue culte. Marin Whist, le chef décorateur est un artiste, qui a étudié les beaux arts à Vancouver. (Tiens donc, encore). Ils ont collaboré sur plusieurs projets. Les Chefs monteuses Maryann Brandon et Mary Jo Markey, ont travaillé sur Alias et Lost avec lui, mais quand on sait qu’elles ont aussi collaboré à des ouvrages tels que Kung Fu Panda 2, Star Trek ou Mission Impossible 3 …
Michael Giacchino a quant à lui été nommé à l’Oscar pour la meilleure musique pour Ratatouille et a remporté la statuette pour Là-Haut en 2010. Et son travail remarqué sur Lost, lui vaut une réputation de compositeur hors pair.
La meilleure pour la fin : la chef costumière Ha Nguyen, une magicienne s’il en est, qui nous transporte à la fin des années soixante-dix avec un réalisme au summum de la perfection, sans jamais tomber dans la caricature. Il faut dire que ses reconstitutions ont servi des œuvres comme Entre Ciel et Terre d’Oliver Stone ou encore parmi tant d’autres, Opération Espadon de Dominic Sena avec Travolta et Crazy in Love de Peter Naess.
Que des pointures ! Ce qui implique que ça ne se voit pas ! Je veux dire … tout est d’une précision horlogère, et pourtant on dirait que ça été « bidouillé avec amour » … ça tourne quoi !
Pour finir, un mot de l’interprétation. Je vous laisse découvrir ces gamins … je préfère ne rien dire. A part que j’étais sur le cul ! Le choix du casting, qui aura pris un peu de temps à J.J., montre définitivement à quel point il « sait faire » … Alliant émotion et compétence, en dépit de leur peu d’expérience, la « bande de gosses » de JJ, fait l’unanimité. Ils crèvent l’écran, tous. Particulièrement Elle Fanning (oui, la petite sœur de Dakota, à qui elle n’a sincèrement rien à envier). Joel Courtney, qui, tout nouveau dans le métier, incarne le jeune Joe, est tout bonnement d’une justesse à couper le souffle. Quant au reste de la troupe, il nous embarque dans son univers, comme si ces mômes ne jouaient pas « la comédie » mais bel et bien comme si, ils jouaient tout court … On retrouve toujours avec plaisir Kyle Chandler, (Demain à la Une) personnifiant Jack, un peu dépassé, dans son rôle de père autant que dans celui du flic sur les épaules duquel repose « le destin du monde » …
Si mon enthousiasme vous paraît délirant, c’est que je suis encore sous l’effet du « shoot ». Adrénaline garantie ! Pas le moins du monde réservé aux Geeks, c’est un peu risqué peut-être, de conseiller ce bijou de cinémathèque, pour tout public. Les plus petits pourraient avoir un peu peur … mais c’est si bon de se serrer les uns contre les autres. Prenez les dans vos bras et cachez leurs yeux s’il le faut, mais …
Allez voir ce film ! Si vous ne deviez en voir qu’un cette année, c’est celui-là ! C’est plus qu’une invitation, c’est du bonheur à l’état pur ! Et restez bien jusqu’à la fin pour profiter du cadeau bonus : le petit film en super 8, tourné dans l’histoire. Ça vaut le détour !
Epoustouflant !
LA FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1h50
– Réalisateur : J.J. Abrams
– Scénariste : J.J. Abrams
– Acteurs : Joel Courtney, Elle Fanning, Kyle Chandler, Riley Griffiths, Ryan Lee, Gabriel Basso et Zach Mills
– Directeur photo : Larry Fong
– Musique : Michael Giacchino
– Décors : Martin Whist
– Costumes : Ha Nguyen
– Producteur : J.J. Abrams, Bryan Burk et Steven Spielberg pour Bad Robot etAmblin Entertainment
– Distributeur : Paramount Pictures France
ON EN PARLE
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