Star Trek Picard : Critique 3.03 Seventeen Seconds

Date : 05 / 03 / 2023 à 14h30
Sources :

Unification


STAR TREK PICARD

- Date de diffusion : 3/03/202
- Plateforme de diffusion : Paramount+ / Prime Video
- Épisode : 3.03 Seventeen Seconds
- Réalisateur : Jonathan Frakes
- Scénaristes : Jane Maggs & Cindy Appel
- Interprètes : Patrick Stewart, Jonathan Frakes, Jeri Ryan, Amanda Plummer, Gates McFadden, Michael Dorn, LeVar Burton, Marina Sirtis, Brent Spiner, Michelle Hurd, Orla Brady, Ed Speleers et Todd Stashwick

LA CRITIQUE FM

Intéressant, bien joué, bien rythmé avec de superbes effets spéciaux. Quand ce n’est pas terrible, il faut le dire, mais quand c’est franchement bien, il faut le chanter haut et fort.

La thématique du fils caché m’avait précédemment laissé bien perplexe, j’attendais donc avec un peu d’appréhension les explications et notamment celle de maman Beverly Crusher. Si l’ensemble emprunte tous les codes du soap, au bout du bout, c’est l’interprétation des protagonistes qui donne sa saveur à la situation. Patrick Stewart et Gates McFadden sont les parfaits acteurs pour insuffler une vérité à la scène. J’étendrais le compliment à Jonathan Frakes qui, dans la confidence ou le conflit avec Picard, est également impeccable.

L’ensemble du cast semble être emporté par la qualité des dialogues de cet épisode qui donne de manière équilibré à chacun l’opportunité de donner le meilleur, y compris pour les seconds couteaux de la passerelle du Titan. Même, ce qui reste pour moi le point faible pour l’instant de cette saison, la trame scénaristique parallèle avec Raffi et Worf, en ressort renforcé dans cet épisode. Si seulement, on pouvait avoir droit à la même qualité chaque semaine...

C’était plus ou moins annoncé, les sous-jacents de l’intrigue de cette saison ont un lien avec la guerre du Dominion. Cette entrée en matière reste encore assez nébuleuse. Si on peut comprendre la volonté du Dominion de prendre sa revanche, on ne voit pas trop à ce stade ce que cela à avoir avec Vadic et Jack Crusher.

Coté effets spéciaux, c’est juste éblouissant. On retrouve la manière de manœuvrer des vaisseaux à la Trek dans leur lenteur majestueuse mais dans un environnement extra-spectaculaire. Petit bémol sur le process de rajeunissement de Picard et Riker. C’est super bien fait mais, il reste encore un petit coté artificiel qui interroge notre rétine.

Tout ça pour dire que j’ai passé un excellent moment à visionner cet épisode. On va espérer pour la suite que cela reste à ce niveau.

LA CRITIQUE YR

Pour l’essentiel, Picard 03x03 Seventeen Seconds relate l’affrontement entre l’USS Titan et le Shrike (Grièche en VF) à l’intérieur de la nébuleuse de Ryton, tel un énième épigone de ST II The Wrath Of Khan. Ce bottle show, ponctué de dogfights spatiaux assez spectaculaires et de quelques détours par M’Talas Prime, sera surtout l’occasion pour les protagonistes de cultiver leurs liens interpersonnels et familiaux (renouement difficile entre Jean-Luc et Beverly, parallélisation entre Thaddeus le fils décédé de Riker et Jack le nouveau fils de Picard, remplacement de Shaw — gravement blessé — par son prédécesseur aux commandes de l’USS Titan, entente opérationnelle entre Seven et Jack, partenariat entre Worf et Raffi…) et pour l’épisode de confirmer la pire hypothèse envisagée dans la critique précédente quant au le fil rouge de la saison (à savoir le retour des Changelings du Dominion, dont une faction radicale aura décidé de se venger et d’anéantir la Fédération).

L’un des moments les plus attendus depuis le lancement de cette troisième saison de Picard est incontestablement la confrontation entre les deux anciens amants, avec à la clef l’explication apportée sur la naissance de Jack et la complète disparition de sa mère du radar de Jean-Luc. Soit plus de cinq minutes de dialogues en flux tendu, venant en contrepoint des longs silence stylés de Picard 03x02 Disengage. Mais si le trekker de longue date aura probablement un petit pincement au cœur face aux retrouvailles de ces deux personnages majeur de ST TNG, il aura en même temps bien des difficultés à les reconnaître. Non pas en raison des ravages du temps sur la plastique, mais parce que leurs caractéristiques psychologiques/comportementales, contextuelles et socio-culturelles n’ont aucunement été respectées, même modulo le temps écoulé...

Même s’il est toujours possible d’extrapoler sur ce qui n’avait pas été montré on screen, c’est là le lit savonneux des retcons. Car formellement, la relation entre le capitaine et la doctoresse de ST TNG était toujours resté dans l’ordre du non-dit, au maximum du platonique, avec une infinie subtilité que même l’union télépathique de ST TNG 07x08 Attached n’avait pas réussi à déséquilibrer. Mais Secret Hideout est venu réinterpréter tout ça avec ses gros sabots habituels dans le but d’en tirer artificiellement une intrigue bassement psychologiste, quitte à verser dans le commun et le vulgaire.
Ainsi selon Picard 03x03 Seventeen Seconds, Bev & J-L auraient connu durant les années ST TNG (série et films) cinq séquences ouvertement sentimentales/sexuelles, et seule la dernière aurait été féconde… mais en conduisant la femme à sacrifier sa carrière et même sa qualité de vie pour ne pas nuire aux prétendues ambitions de l’homme. Les scénaristes se rendent-ils compte du message nauséabond qu’ils auront ainsi associé à la plus idéaliste des séries trekkiennes, à savoir ST TNG ? Qu’une production Secret Hideout, qui se pique ad nauseam d’être à la pointe du wokisme, véhicule un schéma aussi rétrograde… cela devrait conduite les journalistes et les spectateurs à questionner la sincérité de sa posture progressiste — au minimum très contreproductive.

Exit la fan-hypothèse d’une naissance à l’abri des regards de l’Enterprise D durant sa seconde saison. Il apparaît que Jack a été conçu durant une villégiature sur Casperia Prime, peu de temps après la fin du film ST Nemesis (se déroulant en 2379). Cela signifie donc que Beverly, née en 2324, avait au moins 56 ans, probablement davantage, durant son accouchement. L’espérance de vie humaine a significativement augmenté il est vrai au 24ème siècle, mais cela n’implique pas pour autant un recul de la ménopause (même s’il est toujours possible d’imaginer des upgrades transhumanistes que la franchise ST n’avait cependant jamais suggéré). Cela signifie également que Jack a une vingtaine d’année (maximum 21) dans cette saison lors que son interprète (Ed Speleers) en a bientôt 35, et il est difficile de croire que le personnage possède à un si jeune âge un palmarès intergalactique d’ennemi public numéro 1.

D’après Picard 03x03 Seventeen Seconds, Beverly a quitté Starfleet et dissimulé l’existence de son fils à Jean-Luc parce que (selon elle) celui-ci prétendait ne pas vouloir de famille et aimait trop sa propre importance intergalactique !!! Oh, il parait que Crusher fut bien tentée de révéler à Picard sa paternité, mais comme il fut indisponible par trois fois durant une vingtaine d’années (enlevé durant neuf jours par des réfugiés de Kalara 5, puis mis en joue par deux assassins remiens, puis contraint de négocier avec le Praetor avant l’explosion d’une grenade à photons), elle y a renoncé !!! Ben voyons...
Une telle argumentation bat tous les records de sophistique, mais aussi de retconisation (ou de révisionnisme)…
Jean-Luc avait au contraire montré à travers l’expérience de ST TNG 07x22 Bloodlines (Jason Vigo) qu’il aurait fait remarquablement honneur à la fonction de père. Puis depuis la mort de toute sa famille dans ST Generations, être devenu le dernier des Picard était l’un des drames de sa vie... avec tout ce que ça pouvait impliquer. Or Beverly était suffisamment proche de lui pour le savoir, soit exactement le contraire de ce que la série Picard tente désormais de vendre aux spectateurs...
C’est à se demander si la révélation de paternité ne fut pas subordonnée au narcissisme romantique typiquement contemporain (et étatsunien), imposant que tous les paramètres d’un "feel good" idéal soient toujours réunis, soit une exigence proprement risible dans une société supposée aussi mature que celle de la Fédération.
De surcroît, Beverly glisse dans la paranoïa lorsqu’elle suggère qu’être le fils de Jean-Luc c’est devenir une cible, comme si le capitaine de l’USS Enterprise était un agent secret infiltré dans une société interlope ou criminelle...
Mais la dystopisation réside déjà dans la posture obsidionale (et anachronique) de Crusher qui renvoie à un paradigme sexiste où l’homme serait un aventurier impénitent et irresponsable tandis que la femme au foyer en serait réduite à l’attendre dans la mortification. Or pour mémoire, voyager dans le cosmos était le choix originel de carrière et de vie de Beverly (comme de son premier mari). Les risques furent paritairement partagés tout au long de ST TNG, enfants compris (selon la vocation même de l’USS Enterprise D), et c’est bien dans cet environnement stimulant qu’elle avait remarquablement bien élevée son premier fils (avec le concours quasi-paternel de Jean-Luc).
Crusher ignorait-elle en outre que la tragédie romulienne infligée en 2387 par ST 2009 (seulement quelques années après la naissance de Jack) avait valu au père de Jack d’être placardisé par Starfleet et de se sédentariser comme vigneron en France ? Autant dire que l’argumentation invoquée pour tenir Jean-Luc à l’écart ne s’effondre que davantage pour qui assume vraiment les films Kelvin et la série Picard (les deux faces d’une même pièce).

Faut-il en outre que l’un des puissants symboles roddenberriens (une jeunesse idéale dans un monde idéal) soit profané pour que Beverly en vienne à réécrire sans complexe dans Picard 03x03 Seventeen Seconds le passé de Wesley. Alors que celui-ci avait eu l’insigne privilège de s’ouvrir à des expériences supra-humaines aux côtés du Traveler (même en assumant le retcon absurde de Picard 02x10 Farewell tant il est incompatible avec ST TNG 01x06 Where No One Has Gone Before), mais sans pour autant renoncer à son cursus à Starfleet Academy (comme en avait témoigné ST Nemesis avec ou sans ses scènes coupées). Au regard de cet accomplissement éducatif passé, quel était donc le sens d’un "devoir de protection" maternel (contre Picard et contre Starfleet) que Crusher aurait découvert à soixante balais… quoique sans renoncer à la vie dans l’espace (sur le fragile SS Mariposa Eleos XII)... mais en devenant carrément hors-la-loi ? Avec pour conséquences d’enseigner à son second fils à multiplier les larcins, les trafics et les fausses identités à travers la galaxie (sacré modèle éducatif !), donc à exposer la vie de cet anti-Wesley bien davantage que jadis celle de son premier fils ! Non mais WTF quoi ?!
S’il était si affreux de mettre au monde un second fils à une soixantaine de berges en exerçant une profession aussi honteuse (médecin en chef sur le vaisseau amiral de Starfleet), d’un père aussi indigne (car il avait le malheur d’exercer une profession prestigieuse) et dans une société aussi dystopique (martelé à chaque saison depuis 2017)... au point que la vie mafieuse (où votre tête est mise à prix) en devient un cadre incomparablement moins toxique pour un enfant… pourquoi n’avoir pas plutôt envisagé la solution de l’avortement qui aurait évité à tout le monde des litanies de souffrances dans un monde si désespéré ?

Bien entendu, la discursivité et la dialectique en sont réduites ici au zéro presque absolu puisque les dialogues ne permettront pas à Jean-Luc de réfuter en profondeur de ce que lui assènera Beverly avec un aplomb surréaliste, hormis à un niveau superficiel ou minimaliste, c’est-à-dire essentiellement pour s’indigner qu’elle ne lui ait pas laissé le choix de devenir père. Certes, mais c’est en la circonstance un peu court, preuve s’il en faut que c’est surtout le public qui est émotionnellement manipulé ici....

Bref, tout le volet relatif à la naissance et à la dissimulation de Jack — soit le postulat même de la troisième saison — est un empilage de nawaks hors catégorie. Comme l’avaient déjà été les traumatismes familiaux sortis de nulle part dans la seconde saison. Avec pour corollaire une désagréable trivialisation du personnage vedette de ST TNG, comme si l’on voulait le faire entrer au forceps dans le moule de la normalité contemporaine. Et puis, tenter d’entériner tous les retcons traumatiques de la seconde saison de Picard par une nouvelle salve de retcons, cela s’apparente à un diallèle...
Dès lors, construire un pathos aussi grossier sur du mélo aussi bancal dans un total irrespect du parcours et de la psychologie des personnages... conduit à adopter (volontairement ou non) la grammaire même des soaps de télénovelas, où les prétextes les plus risibles sont invoqués pour fabriquer du drama factice… Il n’y aurait alors qu’un pas à reconsidérer tout l’épisode, si ce n’est toute la saison (?), sous l’angle d’un ridicule Dynasty spatial, comique malgré lui ou à ses dépens.

C’est justement par une ambiance musicale très pop à la The Young And The Restless ou The Bold And The Beautiful que débute le (désormais) rituel flash-back de l’épisode (quoique post-générique cette fois), prenant place (sans grande originalité depuis la seconde saison) dans le bar "10" de Guinan au sein d’un Los Angeles futuriste. Se déroulant peu après la naissance de Thaddeus (donc en 2381), Riker relate à Picard toute la métamorphose que lui a fait connaître sa nouvelle paternité, symbolisé par les 17 secondes de grande solitude dans le turbolift de l’USS Titan durant lequel il fut appelé au chevet de sa femme dans l’infirmerie en raison d’un accouchement difficile. En appréhendant le pire durant ce trajet, il aura vu défiler dans son esprit le futur (projeté ou potentiel) de son fils, avant de comprendre qu’il le protégera quoi qu’il en coute, quitte à "brûler le monde" (sic) si nécessaire !
Ce témoignage de William n’est pas en lui-même dépourvu d’authenticité psychologique, et pas mal de parents pourront probablement s’y reconnaître. Mais sa contextualisation et son instrumentalisation laisse vraiment à désirer…
L’objectif premier est de fabriquer un parallèle pédagogique, ou du moins inspirant, avec la parentalité nouvelle de Jean-Luc. Mais l’analogie demeure très impropre, car d’une part, Jean-Luc en avait déjà fait l’expérience dans ST TNG 07x08 Attached sans que son entourage n’en fasse à l’époque un opéra grandiloquent (même si la paternité s’y était finalement avérée fausse, les sentiments éprouvés n’en étaient pas moins authentiques) ; et d’autre part, il n’est pas du tout pertinent de comparer le ressenti d’un jeune père dont le premier fils vient de naître avec celui d’un homme de 96 ans qui découvre sur le tard être géniteur mais sans jamais avoir été père faute de l’avoir su (qui plus est pour des raisons totalement absurdes). Autant dire que, quand vers la fin de l’épisode, Jack aura été contaminé par une respiration prolongée de Verterium et se retrouvera entre la vie et la mort, Picard traversera lui aussi son jardin de Gethsémani durant les 17 secondes de turbolift séparant la passerelle de l’infirmerie (pas eu d’upgrade sur l’USS Titan malgré le refit récent ?). Même si cela peut être perçu comme touchant voire tire-larme (à l’instar de toute tragédie potentielle), la parallélisation n’en sera pas moins forcée et artificielle, à la façon d’un rituel scripté qui n’a finalement rien d’initiatique. Et pourtant, cette grande peur deviendra l’acte de baptême de la paternité enfin assumée de Jean-Luc, au point de conférer à l’épisode son titre. Croira qui pourra.
En amont, le problème est que rien ne distingue l’entendement paternel du 24ème siècle de celui d’aujourd’hui, assorti de la démesure d’être prêt à sacrifier le monde entier à la survie de sa progéniture ! Or cette "jurisprudence" anachronique, non pas individualiste mais autocentrée, demeure foncièrement incompatible avec la notion même d’utopie. Même si la formule employée par Riker peut être entendue symboliquement ou au figuré, elle reste néanmoins la feuille de route de toutes les productions Bad Robot puis Secret Hideout depuis 2009 : le règne du VIPisme, entre népotisme et copinage. C’est par ce seul postulat que l’on expliquera le naturel avec lequel Picard a imposé au capitaine Shaw sa volonté dans Picard 03x02 Disengage : la loi générale se serait appliquée si Jack avait été un anonyme ; mais dès lors qu’il fut intronisé "fils de" l’amiral (quand bien même celui-ci ne le connaissait pas cinq minutes avant), un régime d’exception est aussitôt entré en vigueur avec l’assentiment général.
Cette "jurisprudence" népotique se déploie également à rebours dans Picard 03x03 Seventeen Seconds. Beverly sort (avec un manque de cœur caractérisé) à Jean-Luc qu’elle avait encouragé Jack à rencontrer son père, mais qu’il s’y serait refusé. Soit une façon inélégante de se décharger sur son fils au lieu de le couvrir (quand bien même ce serait vrai). Car ce faisant, elle aura réduit à néant (temporairement du moins) la motivation de Jean-Luc à se rapprocher de Jack. Il n’en fallut pas davantage pour que Picard considère aussi sec que ce fils qu’il n’a pas connu est une cause perdue pour lui. Et aussitôt — épiphanie — il a commencé à se culpabiliser d’avoir entraîné le capitaine Shaw et l’USS Titan dans une croisade personnelle. En somme, si Jean-Luc avait été accueilli par un fils aimant, ses abus de pouvoir auraient été légitimes ; mais comme il est rejeté, il ressent soudain le besoin de présenter des excuses à Shaw (celui-ci sera finalement gravement blessé avant). C’est ainsi que l’écriture fait mine de rattraper les déviances dans l’ordre des apparences, mais il n’y a en réalité aucun remise en question conceptuelle. L’unique moteur de tous les actes reste l’empire du "MOI JE" (personnel ou familial), exactement comme dans Kelvin et Discovery.
Par une métamorphose qui semble célébrer les devoirs de la fonction de commandement, Riker fait mine de devenir responsable envers l’équipage (et donc soudain quasi-indifférent aux intérêts personnels de Picard) dès lors qu’il s’assied dans le fauteuil de capitaine de l’USS Titan (par un transfert de commandement à l’initiative de Shaw au moment où celui-ci est blessé sur la passerelle). Mais la "jurisprudence" VIPiste est suffisamment universelle dans le Faketrek pour que Shaw et Riker se fussent comportés exactement comme Picard en pareille situation. La proclamation privée de William et sa continuelle projection paternelle sur Jean-Luc ne laisse planer aucun doute à ce sujet…
Ce flash-back n’épargnera pas non plus aux spectateurs quelques autres pénibles clichés anachroniques, de surcroît davantage sortis de fifties que du contemporain, avec l’appel (sur un écran translucide of course dans le bar) d’une Deanna Troi ébouriffée, à l’humeur ravageuse, et portant dans ses bras une couverture verte emmitouflant Thaddeus ! Elle figurera ici la mégère désagréable, se tapant tout le boulot de maternité ingrat… lorsque son mari préfère aller se soûler au bar avec ses potes. Ce genre de séquence a encore moins sa place dans Star Trek que le vaudeville spatial de ST TNG 02x04 The Outrageous Okona
Quant au relifting en CGI de Picard et Riker, supposés avoir vingt ans de moins, il a fait le buzz. Mais l’effet produit n’est pas des plus convaincants, il transforme surtout les personnages en statues de cires (quoique animées) du Musée Grévin (un peu comme le ferait dans un scaler un système de noise reduction réglé au maximum). En outre, dans le cas de Picard, le pseudo-rajeunissement accouche essentiellement d’une uncanny valley puisque quel que soient les tweaks de son visage, Patrick Stewart est manifestement devenu incapable de se départir de la mollesse trainante de sa voix...
Enfin, cette implication de Riker comme cicérone (malgré son âge moindre) dans la soudaine paternité de Picard conduira à des scènes glucosées de pathos, aux antipodes du personnage que Jonathan Frakes interprétait dans ST TNG. On aura même droit à de franches incongruités en internaliste... Déjà (comme dans l’épisode précédent) l’obstination de Riker à vouloir trouver une quelconque ressemblance entre Jack (qui aurait pu être aussi bien remplacé par Baby-Kirk de ST 2009) et Jean-Luc (que William n’a jamais connu jeune). Mais surtout lorsque Riker tentera de tailler une bavette avec Jack dans une coursive (pendant l’explication houleuse entre Beverly et Jean-Luc dans le périmètre confiné de l’infirmerie), il aura le culot de lui dire qu’il a passé deux décennies sur l’USS Enterprise (D et E) à "regarder ses futurs parents mijoter sa venue" !!! Or c’est non seulement factuellement faux (tant au regard du contenu effectif de ST TNG que de la dramédie vendue la série Picard où le personnage en titre ne se doutait de rien) ; mais cela postule en sus une rhétorique judéo-chrétienne où il ne saurait exister des relations sentimentales et/ou sexuelles sans qu’elles ne visent obligatoirement la procréation. L’ironie entendue de Riker, comme si cela tenait de l’évidence, est une vraie insulte envers le libertarisme et l’agnosticisme trekkiens, au même titre que les "God knows" et "My God" qui inondent l’épisode (pas moins de quatre occurrences dans le script).

Qu’elle soit une martingale tout terrain ou un cheat code de jeu vidéo, la nébuleuse cligne-musette de ST II The Wrath Of Khan revient périodiquement, tel un marronnier du Fake Trek. La dernière en date remontait à Strange New Worlds 01x04 Memento Mori (sous la forme d’une naine brune), la voici donc de retour — plus flamboyante que jamais et toute d’ocre vêtue — dans Picard 03x03 Seventeen Seconds.
Contrairement à sa glorieuse inspiratrice de 1982 qui demeure largement inattaquable, ses épigones post-2005 sont en général les cache-sexes de toutes les indigences ou incohérences d’écriture. Et malheureusement, la nouvelle variante n’y fait pas exception.
Dans Picard 03x02 Disengage, la domination du vaisseau Shrike était réputée sans partage, au point d’interdire même d’envisager un passage en distorsion, pourtant quasi-instantané (une latence de l’ordre du dixième de seconde). Mais c’est pourtant avec l’inertie d’un semi-remorque que, sur l’ordre de l’amiral Picard, l’USS Titan s’est péniblement ébranlé à petite vitesse d’impulsion pour se cacher tranquillement dans le gros nuage spatial… à la plus grande joie de la psychopathe-au-gros-cigare, Vadic, qui est décidément toujours d’humeur badine et qui raffole des parties de hide and seek.
Faut-il alors s’étonner qu’avec une "logique" toute faketrekkienne, il aura suffi que l’USS Titan pénètre dans la nébuleuse et encaisse de nombreux tirs du Shrike (infligeant pas mal de dégâts) pour que le capitaine Shaw donne l’ordre d’affecter toutes les ressources restantes à un passage en distorsion !!! Pourtant le vaisseau poursuivant n’a même pas été distancé (or si cela n’a pas d’importance, pourquoi une fuite en distorsion n’a-t-elle pas été décidée d’emblée ?). De plus, la distorsion n’est pas accessible depuis l’intérieur d’une nébuleuse, c’est là une loi trekkienne invariante que même le KurtzTrek a respecté jusqu’à présent (aussi étonnant que cela soit). Dès lors, le capitaine Shaw, pourtant commandant de l’USS Titan depuis cinq ans, n’en parait que plus incompétent, surtout lorsque c’est son prédécesseur, Riker, qui lui rappelle aussitôt cette impossibilité physique élémentaire.
Les warp field coils de l’USS Titan finissent par être endommagés par les derniers tirs de l’ennemi (eh oui, à force de se faire canarder…), mais le délai de réparation pousse Shaw à s’enfoncer plus profondément dans la nébuleuse, alors que paradoxalement, c’est seulement en en sortant qu’ils seront utilisables. Le vaisseau finit alors par disparaître (non sans mal) du radar du Shrike. Le premier intérêt de cet environnement à haute interférence est d’échapper au poursuivant en le privant de tous ses systèmes de détection. Mais le préjudice est réciproque, et finalement l’USS Titan y perd aussi ses capteurs, ses boucliers arrières… mais curieusement aussi son moteur à impulsion puisque celui-ci apparaît explicitement "offline" sur des écrans de contrôle ! Or si tel est le cas, l’USS Titan ne devrait plus être capable de se propulser ni de contrôler sa trajectoire dans la nébuleuse (notamment pour échapper au Grièche et/ou pour en sortir). Pourtant, cela ne change rien puisqu’il manœuvre sans difficultés dans la suite de l’épisode. Par quelle magie ?
Même si les différents scanners et radars sont aveugles, ce n’est pas le cas des réseaux de caméras disposés sur toute la coque du vaisseau, comme en attestent les affichages — quand bien même parfois perturbés — sur les écrans (notamment l’écran principal extra-large de la passerelle). Pourquoi Shaw envoie-t-il alors du personnel (en concurrence d’ailleurs) observer la poupe du vaisseau depuis les hublots arrières (comme sur un vieux galion des mers) pour détecter l’éventuelle présence du Shrike ? Si les caméras de surveillance n’étaient vraiment plus opérationnelles, c’est bien dans toutes les directions (et pas seulement l’arrière) que le personnel de l’USS Titan devrait observer, ce que de toute façon la distribution planaire des hublots ne permettrait pas, outre le caractère très approximatif de ce type de scrutation/navigation à vue.
Picard a une révélation (tardive) en estimant que si Vadic avait voulu détruire l’USS Titan, elle aurait pu le faire depuis longtemps, ce qui implique qu’elle "serait stratégique" (sic). Effectivement, mais les héros eux ne l’ont pas du tout été, car c’est précisément le type de raisonnement qui aurait dû être pratiqué en amont, dès le précédent épisode. Car à bord du SS Eleos XII, Jean-Luc avait déjà déduit (de la tentative de téléportation) que la chasseuse de primes voulait absolument Jack vivant. Mais cette information, pourtant déterminante, s’est vite perdue dans l’inconsistance scénaristique, ce qui a privé les protagoniste d’un levier essentiel, notamment pour déguerpir à distorsion avec Jack au lieu de s’enferrer dans la nébuleuse de Ryton…

(...) [Analyse détaillée à venir] (...)

À un niveau de lecture superficiel, Picard 03x03 Seventeen Seconds est un épisode qui a tout pour plaire tant il coche consciencieusement la check list de l’entertainment le plus en vogue, des bons sentiments familiaux saturés de miel (et de moraline) aux vecteurs de conflictualités maximales pour conduire à l’apothéose de l’économie de crédit (dans son cliffangher final). Malheureusement, sans même convoquer le ban et l’arrière ban de la philosophie et du canon trekkiens, un examen attentif de l’ossature et des mécanismes de ce récit révèle une impéritie scénaristique de compétition. Tel un retour aux épisodes les plus infâmeux de Discovery… où le luxe de l’emballage masquait mal que strictement rien ne tenait debout.

Désormais cap sur les Member Berries à foison et sur le Nostalgia Porn ad libitum... Qu’on se le dise.

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

BANDE ANNONCE





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