Un épisode culte : The Twilight Zone - Eye of the Beholder

Date : 25 / 06 / 2023 à 08h00
Sources :

Unification


L’ŒIL DE L’ADMIRATEUR

- Type : Thriller
- Titre Original : Eye of the Beholder
- 1ère aux USA : CBS (11/11/1960)
- 1ère en France : TF1(16/05/1984)
- Épisode : 42ème, S02.E06
- Scénario : Rod Serling
- Réalisation : Douglas Heyes
- Production : Buck Houghton
- Musique : Bernard Herrmann
- Interprètes : Maxine Stuart, Donna Douglas, William Gordon, Jennifer Howard, Edson Stroll, Joanna Heyes, George Keymas

Dans cette nouvelle rubrique, je vous propose une expérience à mes côtés, à savoir, une explication, scène après scène, d’épisodes culte des meilleures séries de ces 70 dernières années.

Bien que l’analyse qui suit puisse être lue immédiatement, il serait dommage de ne pas visionner l’épisode en question avant de découvrir les remarques que j’aurais pu en faire, afin, bien entendu, de ne pas vous gâcher le plaisir de regarder ces fabuleux épisodes, mais aussi pour pouvoir confronter vos réactions aux miennes, et ainsi profiter pleinement de l’étude ci-dessous.

Ouverture sur une patiente alitée dans une chambre d’hôpital, le visage entièrement bandé. Une infirmière entre, lui adresse un salut amical et prépare des mixtures derrière un paravent. Son ombre déformée par les différentes lumières, nous laisse entrevoir une silhouette étrange, une grosse tête sur un petit corps.

Ainsi, on nous fait comprendre, même de façon subjective que le sujet de l’épisode est la difformité, la difformité certes, mais apparente, car l’infirmière, dans les plans où on la voit vraiment, semble avoir un aspect tout à fait normal. Il est tout de même assez difficile d’en juger, car elle est habilement présentée de dos ou en léger contre-jour.
La perception est biaisée aussi, par le bandage que porte la patiente. Elle est pour ainsi dire aveugle, à cause de ce cache.

Au détour de la conversation anodine puis angoissée de cette dernière, on découvre qu’elle a subit une intervention esthétique du visage afin de ne plus avoir un aspect qui attire les cris et le dégoût des autres. Elle est impatiente qu’on lui retire son bandage.
La grosse lumière du spot installé juste au-dessus de sa tête nous désigne le personnage principal, sans ambiguïté, tandis que l’infirmière qui lui tient le bras est subtilement montrée sans que l’on voie sa tête, et un peu plus dans la pénombre.

Une fois sortie de la chambre, l’infirmière discute avec une de ses collègues. Là pas de doute, on ne nous montre pas les visages de ces deux personnages (coupé par le plan ou de dos). Elles échangent sur l’état du visage de la patiente : « À sa place j’aurais préféré être enterrée vivante ».

Apparait alors l’ombre de Rod Serling, le créateur de la série qui s’adresse ensuite directement au spectateur, indiquant qu’il ne faudra pas être choqués quand nous découvriront ce qui se cache sous les bandages de la femme de la chambre 307, car « tout se passe dans la quatrième dimension). Il crée alors un surplus d’attente, car c’est bien connu, ce n’est pas le moment où l’on voit apparaître le monstre qui est angoissant, mais bien l’attente inquiète (voir le film Jaws).

Cette fois-ci, c’est le médecin qui apparaît derrière le paravent, puis au chevet de la patiente, sans que l’on ne voit son visage, hors champ, ou de dos. On apprend que c’est la 11ème fois qu’elle subit une intervention qui tient plus de la « manipulation » par injection que de la chirurgie puisque son cas semble échappé au bistouri.
Celui-ci est annoncé comme le traitement de la dernière chance, car une mystérieuse réglementation semble sonner le glas des efforts sans limites alors consentis.

On remarque le jeu assez formidable de l’actrice qui, visuellement, ne peut faire passer les émotions que par ses mouvements corporels alors qu’elle supplie humblement de la laisser sortir pour sentir le parfum des fleurs et se sentir « normale ».

On lui propose, en cas d’échec, de la placer dans un centre spécial. Un endroit qu’elle qualifie, en pleurs, de ghetto pour monstres. Elle se demande alors « Qui impose ces lois de ségrégation, avec les victimes d’un côté et les bourreaux de l’autre ? »
Elle se précipite alors à la fenêtre, retenue par le médecin qui pense qu’elle va se défenestrer, l’empêchant d’enlever ses bandages alors qu’elle implore sa pitié. « Sortez-moi de ce carcan ».
Les infirmières, accourues en urgence, aident le médecin à la remettre au lit de force, alors qu’elle hurle « Laissez-moi vivre ».

Le plan est habilement filmé du dessus. On la remet dans la lumière au-dessus du lit.

Sous la pression, le médecin demande une anesthésie locale pour regarder sous les bandages.

Interviens alors une coupure (qui correspond à la pause publicitaire de l’époque), sur un climax haletant.

On a alors le temps de comprendre plusieurs éléments, car les événements se sont enchaînés à une vitesse incroyable, en seulement 10 minutes d’épisode. La société représentée n’est pas tout à fait la nôtre, c’est évident.
Et l’on nous cache bien des choses, à la manière des visages, c’est évident, mais quoi ?

On retrouve ensuite le médecin et l’infirmière, le visage toujours non- visible, épuisés par la situation.

S’en suit une discussion sur un ton fataliste, et nous comprenons que tout a échoué. « L’amas de chaires informes » est toujours présent, mais le médecin y a détecté la belle âme de sa patiente. Il est désespéré et se console ainsi. « Pourquoi faut-il que chacun soit moulé dans le même creuset ? ». Ces paroles semblent affoler l’infirmière, car elles sont celles d’un « traître ». On entrevoit alors mieux que la société dans laquelle ils vivent est plus proche de la dictature que la nôtre.

Impression immédiatement confirmée, car on annonce le discours du « Président » qui apparaît sur un écran, avec une présentation martiale. Il y exalte les vertus de la conformité. Bien que ce dernier apparaisse de face, il a la tête légèrement baissée, est en léger contre-jour et plan assez large.

Enfin, on retire lentement les bandages de la patiente, la tension est à son comble. Durant l’intervention, les plans sont serrés sur les mains des praticiens. La patiente distingue la lumière à travers le peu de bandages qui lui reste. On nous met maintenant dans la tête de la patiente en nous proposant des plans sombres vus par ses yeux. C’est la dernière étape, et on l’informe que l’état peut se charger « d’éliminer les indésirables ».

Le dernier bandage est enlevé et les praticiens hurlent d’horreur et de colère « Rien de changé, rien du tout ».

On découvre alors le visage de la patiente, d’un visage parfait, qui tente de s’enfuir.
Le médecin demande qu’on allume la lumière (l’effet est symbolique bien entendu, on nous annonce que l’on va lever le voile sur toute cette histoire), ce dernier se retourne et on nous montre que c’est son visage qui est difforme (du moins selon notre point de vue), comme ceux de tous les autres soignants.

La patiente, terrorisée, s’enfuit alors dans les couloirs de l’hôpital, sur fond de discours du Président, dont on aperçoit enfin le visage, difforme lui-aussi.

Il ânonne, à la manière d’Adolf Hitler :
« Une seule norme, une seule identité du peuple, la personnalité doit être redoutée tel un cancer, nous ne pouvons pas tolérer les êtres inférieurs ! ».

Rattrapée, elle est confiée à un splendide éphèbe, qui lui annonce l’emmener dans un village, avec leurs semblables.
« Mr Smith, pourquoi la nature nous a-t-elle rendue si laids ? »
Il lui annone alors un vieux dicton, « surgit de la nuit » : Beauté, tu n’es que dans l’œil de tes admirateurs (rappelant la fameuse phrase d’Oscar Wilde).

Alors qu’ils s’en vont, sous les yeux des soignants, la voix off de Rod Serling conclu : « On pourra toujours casser les miroirs, les yeux des autres resteront là, comme autant de juges, aussi injustes qu’impitoyables »

MOT DE LA FIN

Le thème de l’épisode est bien entendu la subjectivité, ici de la beauté, qui impose ses lois et ses codes, coupant le monde en deux, permettant à certains de dominer et juger les autres. Dans une folle tyrannie.

La dystopie, ce futur sombre et oppressant, n’est qu’une image symbolique de notre temps, de notre univers. Il n’est pas besoin de passer dans la 4ème Dimension pour le vivre. C’est donc aussi le thème central de toute la série.

Prenez le tropisme que vous voulez : nous sommes tous des monstres chassés, nous sommes tous des communistes (le Maccarthysme n’est pas loin), nous sommes tous des rousses lors d’une chasse aux sorcières, nous sommes tous des juifs lors d’une rafle, nous sommes tous des homosexuels dans des pays aux lois intolérantes, nous sommes tous des femmes voilées de force en Iran…

Scénaristiquement, le rythme imposé par le format 24 minutes, est parfait, nous donnant le temps d’avoir peur lorsque l’on retire le bandage, ou de vivre les crises frénétiques de la patiente de la 307.

D’un point de vue actoring, le personnage central a été en fait interprété par deux actrices : Maxine Stuart (sous les bandages) afin de bénéficier de son jeu profond et déchirant, proche du mime et Donna Douglas pour apprécier son magnifique visage à la Marilyn Monroe (elle fut mannequin publicitaire pour du dentifrice).

Les plans (les visages que l’on ne découvre qu’à la fin) et la photographie (la lumière est savamment dosée et appui le propos) sont tous, sans aucune exception, exécutés à la perfection, comme une succession de peintures.

Tous ces éléments en font un des épisodes culte, d’une des séries les plus profonde jamais produite.

Notez que cet épisode a connu un remake lors du renouveau de la série en 2002, très proche du script initial, mais la transposition dans le monde moderne (et surtout le passage en couleur) amoindrie considérablement l’effet de tension horrifique. Les plans sont aussi moins savamment exécutés.

EXTRAIT



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