Star Trek Strange New Worlds : Critique 1.02 Children of the Comet

Date : 17 / 05 / 2022 à 15h30
Sources :

Unification


STAR TREK STRANGE NEW WORLDS

- Date de diffusion : 12/05/2022
- Plateforme de diffusion : Paramount+
- Épisode : 1.02 Children of the Comet
- Réalisateur : Maja Vrvilo
- Scénaristes : Henry Alonso Myers & Sarah Tarkoff
- Interprètes : Anson Mount, Ethan Peck, Rebecca Romijn, Jesse Bush,Christina Chong, Celia Rose Gooding, Melissa Navia et Babs Olusanmokun

LA CRITIQUE FM

Après les catastrophes de la saison 4 de Discovery et la saison 2 de Picard, le premier épisode de Strange New Worlds a été pour beaucoup, dont moi, une bouffée d’oxygène salvatrice. Même si je suis d’accord avec les points soulevés par Yves en accord avec sa grille d’analyse, je considère de base et depuis longtemps qu’on ne peut plus être dans le même univers que les séries originelles même si la production veut nous faire croire le contraire. Dont acte, tous les multiples éléments qui sont rédhibitoires pour Yves ne peuvent plus l’être obligatoirement pour moi. Seul, compte pour moi l’esprit général qui fait que Star Trek est Star Trek.

Children of the Comet est un épisode centré sur le personnage d’Uhura qui est loin d’être l’officier confirmé vu dans la Série Originale. Incertaine quant à son avenir et sa présence dans Starfleet, l’épisode est une bonne entrée en matière pour commencer à la faire évoluer. Et particulièrement en ce qui concerne sa relation personnelle avec Spock. Si Nichelle Nichols est une personnalité lumineuse qui a pu transmettre à son personnage toute l’empathie qui la caractérise, c’est peu dire que Celia Rose Gooding marche dans les pas de son ainée.

C’est aussi l’occasion cette semaine de continuer à développer les sentiments de Pike concernant son funeste futur. C’est clairement bizarre de voir Starfleet faire pleinement confiance en un homme qui est persuadé que sa destinée est à la base tragique. Pour autant, la discussion avec Una Chin-Riley (Number One) pose une bonne question. Quand on sait, peut-on changer son futur ? Je suis persuadé que cela sera le fil rouge de la saison voire de la série.

Sur la problématique de la semaine, je suis un peu dubitatif, particulièrement sur la résolution. Toute série confondue, cela m’a toujours chagriné de voir des histoires dans une caverne qui, comme par hasard, a une atmosphère respirable. Par contre, j’aime le fait que la musique soit assimilée à un langage. Et pour ceux qui se posaient la question sur les capacités musicales de la nouvelle Uhura, vous voilà rassuré.

Globalement, le format épisodique continue de montrer sa capacité à mieux respecter la raison d’être de Star Trek. Et c’est pour moi un soulagement. Comme l’est l’alchimie entre les acteurs sur cette série. On vibre toujours plus pour des personnages qu’on aime quand ils sont bien incarnés à l’écran.

Un épisode de bonne facture même s’il est moins brillant que la semaine dernière.

LA CRITIQUE YR

L’histoire de Strange New Worlds 01x02 Children Of The Comet se veut "touchante" de simplicité et de classicisme. Et cette "sous-enchère" intimiste est en soi un mouvement estimable...

La comète C/2260-Quentin est sur une trajectoire qui croise la planète de classe M Persephone III et sa collision anéantira tous ses habitants, les Delebs, des humanoïdes pre-warp sentients. Mais il s’avère que ce corps céleste abrite une technostructure high tech capable de générer un bouclier d’énergie, tandis que le très puissant vaisseau d’une espèce nommée les Shepherds (ou Bergers en VF) convoie religieusement ladite comète, nommée M’hanit, car réputée être un ancien "arbitre de vie", c’est-à-dire apportant la vie ou la mort selon les cas.
Un détachement (composé de Spock, La’an, George Samuel, et la cadette Uhura) est envoyé sur la comète pour explorer une espèce de "temple" à la surface. Mais suite à une imprudence fanfaronne du frangin moustachu Kirk (un vrai Jackass pour le comic relief), l’équipe se retrouve coincée dans cette grotte lumineuse déployée autour d’un œuf géant et doré. Il faudra alors tout le talent de Nyota "The Voice" Uhura pour comprendre que le mécanisme qui contrôle M’hanit est sensible à la musique. Après s’être libérée grâce à une séance de vocalise, l’away team est rapatriée sur l’USS Enterprise... qui peut alors tenter d’interférer dans la trajectoire de la comète pour sauver les Delebs en dépit de l’opposition armée des Bergers, disposant d’un vaisseau incomparablement plus grand et puissant.
Les héros devront donc ruser : tandis que l’USS Enterprise détournera l’attention des Shepherds et les bluffera en prétendant détenir du trilithium, Spock frôlera avec une navette la surface de M’hanit (durant une spectaculaire séance de roller coaster entre débris spatiaux) pour que le choc thermique provoque le détachement d’une partie du manteau rocheux et change la trajectoire de la comète. Ainsi, au lieu de se crasher, cette dernière apportera de la vapeur d’eau à la très aride planète Persephone III, offrant ainsi un cycle de pluies renaissantes aux Delebs...
Finalement, l’analyse par Uhura des transmissions musicales de M’hanit révèlera sur le tard à l’équipage que la comète disposait d’une capacité de précognition et avait anticipé l’intervention salutaire de Spock. Ce mystère cosmique entrera aussitôt en résonance avec la propre névrose de Pike, c’est-à-dire sa soumission au destin tragique qui le hante. Quant à la cadette Uhura qui doutait de sa place dans Starfleet, cette première expérience sur le terrain la convaincra de sa compétence et de sa légitimité... à grand renfort d’encouragements de l’officier vulcain.
L’épisode sera émaillé de quelques échanges superficiels sur les questions de foi versus raison et destin versus libre-arbitre, mais surtout jonché de nombreuses interactions personnelles, parfois humoristiques, notamment entre Spock et Uhura... et en amont (toute la durée du teaser) dans le cercle des officiers supérieurs conviés à un dîner informel aux quartiers privés de Pike...

Exactement comme pour le pilote SNW 01x01 Strange New Worlds, SNW 01x02 Children Of The Comet présente en apparence la saveur, le parfum, et l’aspect d’un épisode de Star Trek
Dès lors, à un niveau de lecture superficiel, sans prise de tête, ouais, ça peut le faire, et c’est même plutôt joli…
Mais aussitôt que l’on gratte quelque peu la surface, l’édifice s’effondre une nouvelle fois, tel un invariable château de cartes… laissant pour toute consolation la musique du film en lieu et place du film, le seul sourire (mais en forme de K) du chat de Cheshire...

En réalité, SNW 01x02 Children Of The Comet possède deux facettes distinctes mais entremêlées…
C’est d’une part le baptême du feu, en situation de danger réel (et d’exposition à la mort), de la cadette Uhura. En ce sens, ce second épisode immédiatement consécutif au pilote est un décalque narratif de ST ENT 01x03 Fight Or Flight... où d’une très semblable façon l’exolinguiste Hoshi Sato doutait de sa place et de sa légitimité dans Starfleet, était assaillie d’angoisses sur le terrain opérationnel, ne se considérait pas à la hauteur de ses fonctions… pour finalement faire la démonstration de ses capacités et être officiellement adoubée par ses supérieurs (en l’occurrence T’Pol et Archer).
C’est d’autre part une histoire de paradoxe de prédestination où les héros découvrent que le choix décisionnel qu’ils croyaient leur appartenir était en réalité prévu de toute éternité. En ce sens, SNW 01x02 Children Of The Comet est un rip-off thématique de ST DS9 03x15 Destiny… où Ben Sisko s’est efforcé de protéger le whormhole de la collision avec une comète pour faire mentir une prophétie bajorane… avant de découvrir qu’il avait participé de ses actes et malgré lui à ladite "prophétie" (échec de la vaporisation de l’astrocroiseur qui aura éclaté en trois morceaux avant de laisser derrière lui une trainée de silithium permettant de communiquer à travers le trou de ver même fermé).
Ce sont enfin quelques pincées de ST ENT 01x22 Vox Sola (une communication musicale avec une forme de vie alien), ST ENT 03x12 Chosen Realm (des religieux fanatiques qui mettent en danger l’USS Enterprise), ST TOS 01x02 The Corbomite Maneuver (une tactique de bluff du capitaine pour tenir en respect un adversaire plus puissant), et ST TOS 03x10 For The World Is Hollow And I Have Touched The Sky (une comète se révélant artificielle et télique) qui viennent saupoudrer le plat.
Autant dire que les racines trekkiennes ne font ici guère de doute... si ce n’est que ces sources d’inspiration ont été passées à la casserole de la malbouffe et accommodées à la sauce Kurtzman...

Cela commence par la "martingale" appliquée à tous les personnages historiques qui ont eu le malheur de tomber dans l’usine Tricatel de Secret Hideout. Après les Vulcains dans Kelvin (exterminés), après Baby-Kirk dans Kelvin (sacrifice de son père à sa naissance), après les Romuliens (exterminés aussi), après Jean-Luc Picard (sa mère pendue), après Seven Of Nine (Icheb "euthanasié" par charité), après Q (soudain humain jusqu’à la mortalité), après Pike (résigné envers son destin hyper-tétraplégique), après La’an la descendante de Khan (toute sa famille bouffée vivante par les Gorns), il fallait absolument que Uhura trimbale elle aussi son trauma personnel (en l’occurrence ses parents et son frère décédés dans un accident de navette).
Si certains de ces cas contredisent frontalement la timeline trekkienne historique (Picard, Q, La’an), reconnaissons que ce n’est pas forcément le cas de Nyota étant donné le peu d’information familiales dévoilées par ST TOS. Cependant, le procédé n’en est pas moins artificiel lorsqu’il devient systémique, et il dévoile en réalité une vraie impuissance de caractérisation… à la façon d’une concurrence victimaire. Soit une forme de Münchhausen narratif pour désespérément tenter de susciter l’intérêt, attirer l’attention, et éveiller la sympathie des spectateurs. Telle une revendication inclusive, chacun a le droit à son trauma, y compris les personnages rebootés (avec ou sans recast) depuis 2005, et c’est parfois tout ce qu’il leur reste pour exister pleinement au royaume de Paramount +.
Dès lors, durant la soirée Insta entre tepos chez Pike, Uhura aura fait sensation avec la tragédie ayant frappé sa famille, et elle y aura gagné un "supplément d’être"… vu que sa version historique incarnée par Nichelle Nichols devait probablement en manquer au sens kurtzmanien. Par la même occasion, elle aura accru son crédit social de VIP… puisque comme Kirk-Pine dans Kelvin, sa façon peu conventionnelle de s’engager dans Starfleet (le premier par défi, la seconde par dépit) capitalisera sur le narcissisme des débauchages ("vous êtes tellement important que Starfleet ne pourrait se passer de vous").

Cela continue par la mise aux normes contemporaines du style de commandement de Christopher Pike, ouvertement forgé dans l’holacratie à la mode en Californie. D’aucuns pourraient être tenté d’y voir une parenté avec Jonathan Archer dans ST ENT, mais ce serait un sophisme ou un trompe-l’œil.
Parce qu’au milieu du 22ème siècle, Starfleet était une institution toute nouvelle, encore embryonnaire, prolongeant à l’échelle planétaire la NASA et seulement partiellement militaire. Il s’agissait d’un petit groupe de pionniers, frères de survie si ce n’est d’armes, et donc le capitaine de vaisseau était avant tout un skipper. Et pourtant, en dépit de son informalité (à l’image de l’acteur Scott Bakula), et de quelques contestations utilement explorées (par exemple dans ST ENT 02x03 Minefield), Archer avait su maintenir un véritable rapport hiérarchique dénué de contestabilité envers ses subordonnés, tant il s’agit d’une condition impérative à l’efficience et à la pérennité d’un équipage durablement isolé dans l’espace.
Mais au milieu de 23ème siècle, Starfleet est une lourde institution intergalactique et pluri-espèces aux attributs militaires (uniformes, grades, cours martiales, vastes équipages, vaisseaux surarmés, mission de défense adossée à l’exploration, devoirs sacrificiels…). Or loin du personnage mis en scène dans ST TOS 00x01 The Cage, le Christopher Pike "révisionné" par SNW est le pur produit du management horizontal de la culture start-up, avec son corollaire d’égalitarisme apparent (mais généralement illusoire et hypocrite), aussi bien pendant que hors du service actif. Entre les soirées pyjama avec l’équipage, les subordonnés (et même les cadets comme Uhura) qui lui coupent la parole ou contestent les décisions des supérieurs (pas seulement du capitaine)… cela fleure la cour du roi Pétaud.
Et que dire de la dimension diachronique de l’Histoire du futur, où Pike devrait être un maillon évolutionniste sis quelque part entre Archer et Kirk. Il n’en reste rien ici.
Alors évidemment, par la grâce d’un script toujours complice et d’une interprétation d’Anson Mount aussi alliciante et charmeuse que pouvait l’être celle de Scott Bakula il y a vingt ans, cela peut subjectivement passer. Mais le réalisme contextuel en prend un sérieux coup dans l’aile, car hors d’une parfaite chorégraphie scénique (donc artificieuse), un vaisseau opérationnel ne peut fonctionner sur ce mode démagogique (et ce n’est pas faute d’avoir essayé dans le monde réel...).
Maintenant, c’est certain, l’USS Enterprise de Pike est un coin franchement accueillant, et plus d’un spectateur sera séduit… mais ce ne sera pas pour des raisons trekkiennes. Pas plus que le monde des startups et des GAFAM de la Silicon Valley ne préfigure l’utopie roddenberrienne (quoiqu’en pensent certains, Kurtzman en tête probablement).

(...) [Développement à venir] (...)

Conclusion

Alors, comme pour beaucoup de choses, il est toujours possible de voir le verre à moitié plein… ou à moitié vide.

À moitié plein, parce que SNW 01x02 Children Of The Comet prétend asseoir sa légitimité en puisant toutes ses idées dans la gigantesque base de donnée (736 opus) du Star Trek historique (exactement comme le fait depuis deux ans l’anime Lower Decks). Parce que la nostalgie business aura permis d’émuler un cadre et des ambiances simili-trekkiennes (mais davantage à la façon de Kelvin avec un zeste d’autodérision à la Stargate SG-1 qu’à la façon de ST TOS). Parce que le casting est fort sympathique et l’USS Enterprise de Pike est un spot très cool où le spectateur aura plaisir à trainer (façon virée entre potes dans un Club Med de l’espace).

À moitié vide, parce que SNW se spécialise dans le cannibalisme systématique, ne créant ni n’inventant rien pour se contenter de diffuser des miscellanées, des medley et des remix de l’ère (1964-2005) où Star Trek était démiurgique. Parce que SNW 01x02 Children Of The Comet multiplie les facilités (affliger les personnages historiques recastés de traumas sortis du chapeau pour leur conférer une illusion de profondeur, faire passer les contingences pour des vérités ou des enseignements…) et les contresens (une vision start-up du commandement militaire, une soumission nauséabonde en creux à la superstition et à l’irrationalité…) typiquement kurtzmaniens (et anti-trekkiens). Parce que la diégèse n’est toujours pas fichue d’être un minimum cohérente, ne fût-ce qu’envers elle-même et envers les sciences (à défaut de l’être envers le lore et l’internalisme historiques, autant de causes perdues depuis longtemps).

Chaque trekker peut donc se positionner sans complexe selon son humeur, ses attentes, et ses exigences…

Mais à la vision de ce second épisode, il semble se confirmer que Strange New Worlds est un #FakeTrek nettement plus soigné et attractif que les contrefaçons précédentes de Secret Hideout. Mais cela n’en est pas moins un #FakeTrek quand même ! Les purges Discovery et Picard ont placé la barre si abyssalement bas qu’il n’est guère méritant de faire mieux (ou simplement "moins pire") que le zéro absolu.

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

BANDE ANNONCE





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