Star Trek Prodigy : Review 1.03 Starstruck

Date : 07 / 11 / 2021 à 14h30
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Unification


Après un premier épisode Star Warsien pour essayer de cueillir les enfants plus habitués à l’univers de Georges Lucas qu’à celui de Gene Roddenberry, il est temps d’entrer dans le cœur du sujet de Star Trek Prodigy.

Et c’est l’arrivée de l’hologramme Kathryn Janeway avec son mug de café noir et chaud qui change tout par rapport au premier épisode. C’est l’âme de la Fédération qui apparait. Et face à ces gosses turbulents, autocentrés sur eux même et sur l’image qu’ils protègent, Tatie Janeway est dans la place. Elle va les initier à la notion de responsabilité, de l’acte réfléchi, de l’acceptation de la différence... Bref elle va être leur professeur personnel et la matière étudiée sera la substantifique moelle de Star Trek.

Il était donc à mon sens logique que ces personnages soient les plus éloignés possible des canons trekiens. Star Trek Prodigy fait en fait office de série initiatique.

Alors oui, je ne suis pas aveugle, j’ai bien vu tous les éléments qui ne peuvent que faire réagir Yves. Mais avec Discovery, on a vu tellement pire que je me sens comme vacciné contre les effets asymptomatiques du Covid K.

Sur les personnages et le design de la série, cet épisode n’a en rien modifié mes premières impressions. Le visuel est et reste magnifique. Contrairement à Lower Decks, elle ne me crispe en rien. Pour autant, cela reste aussi une série qui ne s’adresse pas à moi. Je ne vois donc pas de raison particulière à continuer de la chroniquer semaine après semaine. Surtout que Discovery va arriver très vite. Je vais de ce pas faire une cure de fortifiant...

FM

Oui, Frank, Janeway apparaît avec son mug de café noir. Il ne saurait y avoir plus puissante madeleine de Proust pour ceux qui ont vraiment aimé le Star Trek bermanien, pour ceux qui sont souvent même devenus trekkers par lui, et dont la série ST Voyager fut sans doute l’un des points culminants.
Et oui, Janeway était l’âme, ou du moins l’une des âmes, de la Fédération, à travers la fiction utopique qu’elle était parvenue à créer si loin du quadrant alpha, à bord de son USS Voyager qui n’a (presque) jamais trahi les valeurs et les idéaux de Starfleet.
Mais c’était un autre temps. Et il ne suffit pas d’invoquer la voix d’une actrice qui a tant marqué les esprits pour faire tourner les guéridons...

Oh oui, ça ressemble à Janeway, mais il y a des différences qui hélas changent tout et confinent à l’imposture...
Dès les premières secondes de Prodigy 01x03 Starstruck, l’hologramme Janeway présente l’institution utopique en ces termes : « Starfleet is the Federation’s representatives for deep space exploration on a mission to maintain peace and freedom, to explore strange new words, to seek out new civilizations. To boldly go where no one has gone before » !
La série animée fait donc mine de reprendre mot pour mot le canon trekkien… sauf qu’elle lui ajoute un préambule qui le pervertit profondément, à savoir "on a mission to maintain peace and freedom".
Et soudain, de l’humilité d’une exploration qui respecte la Prime Directive, on glisse dans une mission de police, de gendarmerie, de casques bleus de l’univers ! Mais au nom de quelle autorité, de quelle prétention, de quelle universalité ? Cela a pour corollaire philosophique inévitable une prétention impérialiste, consistant à vouloir implicitement imposer et faire respecter les valeurs de "paix" et de "liberté" de la Fédération à l’univers entier... alors que ces concepts n’ont rien d’homogène ni d’universel. Il en résulte une forme de conquête qui ne dit pas son nom, d’autant plus perverse que hypocrite voire inconsciente, comme pour donner raison à un certain Michael Eddington dans ST Deep Space 9 04x22 For The Cause... Car oui, le Star Trek historique (1964-2005) avait déjà imaginé cette tentation... pour mieux la prévenir. C’est l’objet même du garde-fou fondamental que représente la Directive première. Précisément parce que "le maintien de la paix et de la liberté" a toujours été le meilleur alibi de l’impérialisme, et pas que du côté étatsunien d’ailleurs, puisque ce beau discours avait déjà la cote dans l’Empire romain. La non-ingérence et le maintien de la paix demeurent mutuellement aussi incompatibles que la connaissance simultanée de la position et de la quantité de mouvement selon le principe d’incertitude de Heisenberg. Réalité que Gene Roddenberry et davantage encore Rick Berman avaient pleinement comprise et entérinée.
L’upgrade du paradigme trekkien par le Starfleet 2.0 de Prodigy correspond en réalité à la vocation des Peacekeepers de la série Farscape, qui, d’une ambition probablement noble à l’origine, ont glissé dans la pire aliénation inimaginable... car pavée d’aussi bonnes intentions que l’enfer lui-même.

Certes, de pareilles considérations pourraient apparaître comme des ratiocinations excessives voire de la casuistique dans le cas d’une série ouvertement destinée aux enfants. Mais justement, puisque cette dernière possède une ambition éducative à l’adresse d’un public malléable et sans préjugés, les glissements idéologiques et les sophismes n’en sont que davantage préjudiciables. Or superposer l’air de rien, dans les textes ou les paroles, l’utopie trekkienne aux constitutions onusienne (officiellement) ou étatsunienne (en réalité) est une des pires dérives possibles sur le fond…
Mais ladite dérive passera probablement comme une lettre à la poste, car voilà maintenant douze ans que le pli est pris, depuis le ST 2009 du même Alex Kurtzman distillant un glissement orwellien et une "contemporanisation" croissante (déjà la Fédération y était explicitement définie comme "a peacekeeping armada"). Si bien qu’à partir de 2017, Discovery puis davantage encore Picard ont fini par totalement confondre conceptuellement la Fédération et les USA. Avec même un détour nauséabond par le Troisième Reich, par exemple lorsque l’amirale Kirsten Clancy osait clamer que la Fédération avait droit de vie et de mort sur toutes les espèces de l’univers !
Il en est ressorti l’équation UFP "on a mission to maintain peace and freedom" = USA "mais avec davantage de techno et parfois bien moins de moralité". Assortie d’une variante plus consensuelle et officielle (façon tenue de soirée) ou à l’aimable attention des américanophobes (de plus en plus nombreux) : UFP = ONU étendue à la galaxie. Et Prodigy entérine ainsi en gloire l’achèvement de cette métamorphose avec une hybridation entre le motto de Gene Roddenberry, la déclaration des Pères Fondateurs, et l’acte constitutif de l’ONU. Alléluia.
Et si cela implique une profanation de l’idéal roddenberro-bermanien, bah, on s’en fiche, puisque tout ça est considéré comme dépassé depuis le 9/11, le pessimisme de l’eco-awareness, et le déclinisme-roi...
Comme Prodigy, c’est officiellement pour les mioches... alors les approximations, les amalgames, les apories, et surtout les bons sentiments suffiront bien...

Oui, on sait : la paix c’est mieux que la guerre, et tous les individus sont égaux en droit, en liberté, et en dignité. Soit la Fédération revue et corrigée par les productions Kurtzman… ou comment enfoncer des portes ouvertes autour du plus petit dénominateur commun possible sans jamais penser aux conséquences systémiques (ou pour mieux les masquer)...
Confondre ainsi délibérément la mission pacifique de Starfleet (une réalité trekkienne) avec une mission de maintien de la paix et de la liberté (l’alibi de la plupart des impérialismes) représente un glissement nominaliste qui ne doit rien au hasard et qui rappelle beaucoup la novlangue de George Orwell. Au même titre qu’un certain missile balistique (LGM-118A) nommé Peacekeeper et un certain bombardier nucléaire (Convair B-36) nommé Peacemaker...
Isaac Asimov avait remarquablement illustré la façon dont un simple addendum ultérieur pouvait rétrospectivement dénaturer l’essence d’un corpus philosophique. En faisant un jour précéder ses célèbres Trois Lois de la robotique d’un préambule, à savoir la Loi zéro, il réussit à totalement en changer le sens et la vocation.
Mine de rien, avec son "on a mission to maintain peace and freedom", Prodigy vient d’en faire de même à l’endroit de la devise trekkienne née avec ST The Original Series. Mais pas avec transparence dans un but épistémologique et dialectique comme le fit si bien Asimov. Non, sournoisement, dans un but idéologique et manipulatoire, en espérant que nul ne le remarquera, surtout pas l’audience cible. Ou alors par inculture et impéritie, sans même comprendre ces concepts et leurs répercussions (quoique cette dernière hypothèse serait un peu naïve, et la bêtise est-elle une excuse ?).
En tout état de cause, avoir ajouté cet amendement au manifeste trekkien dit ou exprime quelque chose. Sans quoi, pourquoi l’avoir fait... alors que ce n’était aucunement nécessaire, ni à l’histoire ni au public ?

Mais c’est tellement dans l’air du temps… avec la multiplication des publications prétendument expertes qui réduisent démagogiquement toutes les SF à de la transposition, déniant à la science-fiction la volonté ou simplement la capacité intellectuelle à penser au-delà l’horizon contemporain. C’est ainsi que d’aucuns tentent de faire accroire depuis quelques années que la Fédération imaginée à l’origine par Gene Roddenberry, Gene L Coon et Dorothy C Fontana n’était qu’un décalque galactique de l’ONU à l’appui de quelques formules déclamatoires et fondamentaux humanistes communs. Avec pour conséquences de dénier à l’héroïne principale de Star Trek, c’est à dire l’UFP elle-même, tout caractère utopique et innovant. Ben oui, puisque ce serait juste l’ONU contemporain mais étendu à l’espace ! Or l’ONU n’a strictement rien d’utopique, et dans l’in-universe trekkien, cette institution est totalement périmée ; tandis que l’UFP possède une charte autrement plus ambitieuse...
Commode, mais néanmoins aussi impropre qu’abusif.
Alors quoi de plus naturel que de flatter le narcissisme des scribouillards d’Hollywood en y adjoignant désormais sans complexe une transposition du préambule de la Constitution américaine à travers la notion potentiellement trompeuse et impérialiste de "mission de maintien de la paix et de la liberté", pour enfermer toute l’audace trekkienne futuriste dans la trivialité contemporaine, pour racheter à travers l’idiocratie du Star Trek 2.0 post-2005 la bonne conscience du Capitole et y conditionner de nouvelles générations de spectateurs, depuis le berceau si possible.
Depuis qu’Alex Kurtzman a réussi son OPA en 2017, de nombreux signes suggéraient que Star Trek était devenu un instrument politique idéologique au seul service de la doxa de l’US Democratic Party. La réalité de cet "agenda" se confirme ici, et comme dans toute stratégie organisée de propagande, aucune tranche d’âge ni catégorie socio-professionnelle ne saurait être épargnée.

Ce ne sont que quelques mots, oui. Si peu et si énorme à la fois. En épistémologie, en herméneutique, en philosophie, en exégèse, et dans l’Histoire des idées, quelques mots pourront faire le départ entre une vraie utopie et une fausse utopie (donc une dystopie masquée)... bien souvent séparées l’une de l’autre seulement par une thin blue line, par l’épaisseur d’un papier à musique. Car dieu, le diable, et les constantes physiques universelles se nichent toujours dans les plus infimes détails. Il suffit de quelques mots apparemment anodins pour redéfinir ou subvertir l’essence, l’esprit et la finalité d’une politique, d’une doctrine, d’une idéologie, d’un idéal, d’un rêve... Des causes insignifiantes qui pourraient conduire à des conséquences cataclysmiques à l’échelle d’une civilisation, comme avec tout effet papillon sur le temps long...

Alors si cela peut en "rassurer" quelques-uns, le fait d’avoir un Tellarite (Jankom Pog) et un Medusan (Zero), parfaitement conscients de leurs identités culturelles respectives, mais qui viennent déclarer une paire d’année après Star Trek Nemesis : « la Fédération c’est quoi ça ? » ou « la Fédération ça a l’air cool » ou encore « un tel collectif est-il possible ? »..., cela aurait tendance à prouver que Prodigy n’appartient de facto pas à la chronologie ni à la timeline (ni même peut-être à l’univers) des séries/films historiques Enterprise, The Original/Animated Series, The Next Generation, Deep Space Nine, et Voyager.
Somme toute, exactement comme pour Discovery, Picard, et Lower Decks qui appartiennent de facto également à autant de réalités alternatives... même s’il n’en existe officiellement qu’une selon CBS.
Si les auteurs de Prodigy avaient eu un minimum de courage dans leur viol à la fois la continuité et de la géographie du Trekverse, ils auraient remplacé le Tellarite et le Medusan par un Terrien et un Vulcain dans le main cast. Et ainsi, l’incompatibilité aurait été détectée même par les "noobs".
Mais visiblement, les productions Kurztman préfèrent se voir perpétuellement accuser d’incohérences par les connaisseurs plutôt que d’assumer des lignes temporelles ouvertement distinctes...
Et Prodigy fait juste l’effet d’être une version kids ou lego de Star Wars Trek, dans un univers qui s’en approprie certains skins et caméos virtuels (Janeway et bientôt Chakotay), mais qui n’en partage ni l’internalisme, ni la crédibilité, ni les fondements idéalistes.

Si encore le corps de l’épisode proposait un contenu tant soit peu intelligent et enrichissant pour les enfants... même dans une galaxie très très lointaine de Star Trek...
Hélas, Prodigy 01x03 Starstruck enchaîne exactement comme Prodigy 01x01+01x02 Lost And Found une collection tout à fait exceptionnelle d’incohérences, d’invraisemblances, de contradictions, d’absurdités, de bullshits, et de WTF en flux tendu. L’épisode tente peut-être de se faire passer pour de la SF, mais il ne mériterait même pas d’être qualifié de fantasy.
Alors faut-il vraiment être complétiste et recenser une nouvelle fois tous les trophées et toutes les pépites du nawak-système ?

Le Kurtztrek semble décidément aimer les hologrammes fantaisistes. Dans le prolongement des cinq systèmes d’urgence (l’EPH, l’EMH, l’ENH, l’EHH, et l’ETH) du vaisseau La Sirena de Rios dans la série Picard, voici que Starfleet équipe ses vaisseaux d’un "hologramme Janeway" exclusivement dédié au retour dans le quadrant alpha... au motif que ce fut la mission (et l’obsession) de la capitaine de ST VOY, mais – pour mémoire – à la suite d’un hapax, un événement unique. Or de cette unicité, Prodigy en a fait une généralité...
Starfleet a-t-elle également songé à équiper ses vaisseaux d’un "hologramme Archer" pour aider à créer des Fédérations, et ses stations spatiales d’un "hologramme Sisko" pour aider à devenir Prophet ?

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu (forcément riche en spoilers), veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

Relatons donc l’épisode... uniquement à travers le jeu de piste de ses incohérences :
- Lorsque holo-Janeway fait son speech propagandiste pour retconer la vocation de l’UFP et de Starfleet, elle déploie des illustrations holographiques tapissant toute la passerelle… visuellement dignes de l’observatoire temporel de Daniels dans ST Enterprise… sauf qu’ici, certains personnages (en l’occurrence le blob) tentent de manger les nodes lumineux ! Mignon et rigolo...
- L’hologramme affiche une vaste cartographie stellaire panoramique sur 360°, évoquant le planétarium de ST Generations, et faisant le lien entre le quadrant delta et les quadrants alpha et bêta. Après avoir spontanément navigué dans la carte avec les mêmes gestes de la main que sur une tablette affichant Google Earth, plutôt que de s’orienter vers la Fédération, Dal R’El choisira arbitrairement une autre destination matérialisée par un point rouge… nonobstant les objections d’holo-Janeway. Il s’agira d’un système stellaire double devenu instable. Mais pourquoi fallait-il que parmi les myriades d’étoiles ou de systèmes affichés, seul celui-ci soit en rouge sur la carte (au lieu d’être en blanc comme les autres) ? À croire qu’il s’agissait d’un stimulus déployé sur mesure pour l’esprit immature du pseudo-capitaine.
- Durant ce voyage, Dal R’El, Zero, Jankom Pog, Rok-Tahk, et même le blob Murf vont faire le tour du propriétaire sous la guidance d’holo-Janeway. L’hôtel volant cinq étoiles USS Protostar avec son dôme à espace ouvert, ses quartiers de capitaine grands comme une passerelle, son vaste mess de blanc vêtu, ses prisons de luxe (pour Gwyn), ses hangars-usine… Seule tâche au tableau : un dortoir collectif pour l’équipage, chose qui n’a jamais existé dans les vaisseaux du Star Trek historique (1964-2005), pas plus dans les bâtiments maritimes militaires du monde contemporain d’ailleurs, même pour les sans-grades. Mais c’est là une initiative inexplicable du Star Trek kurtzmanien qui trouve sa source dans la série Lower Deck.
- Lorsqu’elle vient présenter les équipements au nouvel équipage, Janeway n’apporte pas une assistance technique ou pédagogique au sens de Starfleet, elle fait l’article comme si elle vendait par exemple des synthétiseurs familiaux dans un Darty (ou un Walmart) du futur.
- Chacun des "passagers" fait synthétiser les plats qu’il connait. Mais comment les synthétiseurs connaissent des aliments et des recettes provenant de mondes inconnus de la Fédération ? C’est exactement le type d’erreur que ne faisait pas le Star Trek historique, mais ici les synthétiseurs ont la science infuse. Tout comme les personnages d’ailleurs (du moins lorsque les auteurs le veulent bien puisque lesdits personnages ignorent aussi le b.a.-ba selon les cas).
- Bien sûr, comme tout morveux qui se respecte, Dal va très vite affubler la maîtresse qui l’exaspère déjà du qualificatif "holo-nanny". Une lantern qui ne réduit aucunement le déphasage de Janeway avec l’environnement, à la façon d’une pièce rapportée. Et le bougre possède un discours calibré moitié-anar moitié-cynique pour justifier sa position de défiance : « The Federation ? It’s just another name for someone else in charge. Yeah, Janeway sings a nice song, but I can tell you form experience, people in authority lie. They try to sell you the good life, but It’s a good life for them, not us. Besides, how much protection are they gonna give to a bunch of fugitives who roll up in their stolen ship ? Take it from me, if it sounds too good to be true, it is ». À quoi répliquera Rok-Tahk avec une pincée de dialectique décalée : « You’re in charge. Do you lie to us ? ». Voilà probablement l’un des deux ou trois seuls passages de l’épisode pas trop mal écrits en soi… sauf que cela s’accorderait psychologiquement davantage à des vieux briscards qui auraient beaucoup roulé leur bosse dans une galaxie interlope qu’à des prisonniers/esclaves se cherchant désespérément une porte de sortie et un refuge. En réalité, cette rengaine du "tous pourris" sonne surtout très étatsunien et très contemporain, comme à dire vrai la quasi-totalité des propos tenus dans l’épisode, y compris dans les intonations, les idiotismes US, le langage d’jeun, les blagues vaseuses face au danger, et l’argot quasi-perpétuel, surtout chez le personnage principal, Dal R’El. Mais reconnaissons à la défiance de ce dernier d’être involontairement pertinente et lucide envers la facticité du discours de Janeway... ressemblant beaucoup à celui d’une utopie, mais dévoilant en réalité les stigmates de la duplicité et de la dystopie.
- Finalement, le seul moment où la condition de prisonniers/esclaves aura su être psychologiquement un peu saisie à l’écran, c’est lorsque Rok-Tahk commande au synthétiseur de l’USS Protostar l’infect Nutri-Goup qui était servi à tous les prisonniers de Tars Lamora… au motif qu’elle n’a jamais connu ni mangé autre chose. Cela reste cependant assez parodique et misérabiliste, et un état d’esprit de ce genre aurait plutôt dû pousser Rok à ne pas s’évader en premier lieu (puisque visiblement, elle n’a connu aucune autre condition que celle de prisonnière).
- S’il était bien un personnage moins immature et insupportable que les autres dans le premier épisode diptyque, il s’agissait de Gwyn, la fille du Darth Sidious local, alias Our Diviner. Davantage rationnelle et mesurée, elle s’interposait comme elle pouvait pour tenter d’aider les victimes de son père, sans toutefois pouvoir changer une réalité qui le faisait souffrir. Personnage à cheval entre deux mondes, ses nuances étaient assurément prometteuses. Malheureusement, même si diverses évolutions restent possibles, le moins que l’on puisse dire est que Prodigy 01x03 Starstruck n’aura vraiment pas mis à l’honneur le potentiel de ce personnage. Progeny of Solum s’est mise à involuer vers un ersatz de "méchante" de fantasy, hostile à l’équipage, désirant rejoindre par-dessus son abject de père (qu’elle était pourtant en bonne voie de rejeter dans l’épisode précédent), prophétisant avec sadisme en toute occasion les malheurs qui pendaient aux l’équipage comme d’autres vomissent des grenouilles ou des serpents...
- Parmi les nombreuses fois où Gwyn vaticinera les Dix plaies d’Égypte que le diable son père réserverait à l’équipage de l’USS Protostar, il en sera une où Dal lui répliquera avec goguenardise et insolence : « What’s a guy in a tank gonna do ? Swim at me ? ». Alors effectivement, dans le diptyque pilote, Our Diviner barbotait dans une cuve, a priori non par incompatibilité avec l’écosystème de Tars Lamora (puisque sa fille y évoluait sans difficulté), mais probablement en raison de blessures, de maladie, ou de vieillesse. Néanmoins dans Prodigy 01x03 Starstruck, le Devin est bel et bien sorti de sa cuve et s’est équipé d’une combinaison high tech et sexy lui assurant une forme d’intraveineuse permanente ou bien d’alimentation corporelle hydraulique… Quoi qu’il en soit, comment Dal pouvait-il de lui-même connaître l’état physique et les conditions d’existence du père de Gwyn alors qu’aucun prisonnier n’a jamais été conduit devant lui, ni même n’a posé les yeux sur lui ?! Les seuls dont le Diviner autorisait la présence déférente et intimidée étaient Gwyn et le robotique Drednok (qui ne pourraient être soupçonnés de propager des rumeurs ou du commérage dans le pénitencier). Un nouveau signe de mauvaise écriture où les auteurs confondent ce que les personnages savent avec ce que les spectateurs savent, pour une nouvelle intersection déstructurante (et donc discréditante) entre internalisme et externalisme.
- La seule scène avec Progeny présentant un semblant de finesse, du moins dans la forme, fut l’échange avec Rok-Tahk lorsque cette dernière lui a apporté sa pitance dans sa cellule. Sauf que cela a vite viré au foutage de g….. en règle (de la part du personnage ou des auteurs, difficile à dire) lorsque la fillette minérale est venue culpabiliser Gwyn de n’avoir jamais rien fait pour stopper les geôliers ni pour aider les prisonniers... ce qui est au demeurant inexact d’après le pilote. En retour, la princesse a avalisé ce reproche, apparemment la mort dans l’âme, mais en précisant qu’elle avait l’excuse d’avoir toujours cru qu’ils étaient tous des criminels au dire de son père. Mais ça aussi, c’est inexact, puisque dans le pilote, Gwyn était justement chargé d’accueillir les enfants kidnappés au berceau (comme la petite féline Caitian), et que la colonie pénitentiaire était officiellement réputée acheter indifféremment des hors-la-loi et des orphelins pour servir de main d’œuvre minière. Alors à moins de considérer qu’il existe des criminels de naissance… Et il n’y a en outre aucune métanoïa chez Gwyn, puisqu’elle n’a ni évolué si fait son examen de conscience au contact des fugitifs de l’USS Protostar. Au contraire, elle n’a jamais eu de cesse de vouloir quitter le vaisseau durant tout l’épisode. Du coup, ce genre d’échange supposé profond, mais où chaque interlocuteur raconte n’importe quoi apparemment de bonne foi, avec en outre une dissociation permanente entre les actes et les paroles, cela suggère vraiment une écriture bâclée, où il n’y a pas même de continuité psychologique d’un épisode à l’autre, y compris sur les rares "pôles" qui s’y prêtaient.
- Pendant la visite au dortoir, le blob Murf s’installe… et vomit (a priori) abondamment sur la "tête" de Zero. Après les pets et les rôts, voici les déjections réjouissantes. Heureusement, la couleur bleu fluo épargnera à la série des soucis avec la censure au regard de son public cible qui rira certainement (ou pas) devant tant d’humour exo-pipi-caca.
- Durant tout l’épisode, sans explication, d’une scène à l’autre, le Medusan Zero apparaît tantôt avec les jambes de son exosquelette robotique, tantôt sans jambes en volant ou lévitant ! Mais il est pas sec cet épisode ou quoi ?
- Dans ce qui tient lieu de salle des machines, mais qui ressemble en fait à un vaste garage pas très sexy, Jankom Pog bricole sur les moteurs de distorsion. On sait pas trop ce qu’il fait ni si ça sert à quelque chose, mais il faut bien que Prodigy ait son mini-Scotty-pour-rire. Il apparaît alors que l’USS Protostar possède carrément deux "warp cores" (carrément inédit ça !) pouvant monter jusqu’à distorsion 9. C’est bien, le Tellarite utilise donc les échelles de la Fédération sans jamais avoir entendu parler de cette dernière !
- C’est durant cette visite au garage que Zero questionnera le Tellarite sur un gigantesque système pourvu d’un hublot lumineux dont Jankom avoue ne pas savoir ce que c’est. On devine déjà qu’il s’agit de la nouvelle technologie qui a réussi à propulser le prototype NX USS Protostar sans capitaine, sans équipage et sans passager à l’autre bout de la galaxie, probablement instantanément ou en un temps record, jusqu’à se matérialiser dans les entrailles de Tars Lamora… rien que pour secourir les petits héros de la série...
- Quand une alerte rouge retentira, Pog cherchera aussitôt à se dédouaner en hurlant paniqué « j’ai touché à rien » ! Un peu risible pour quelqu’un supposé maîtriser la technologie la plus complexe de Starfleet (mais sans connaître Starfleet)…
- L’USS Protostar émerge donc à proximité d’un système binaire dont la géante rouge se fait déchiqueter par la naine blanche. Un spectacle impressionnant, évoquant pas mal ST TNG 03x01 Evolution. La scène gratifiera la série Prodigy de sa seule réplique vraiment humoristique et décalée jusqu’à présent... lorsque le Medusan Zero sortira avec l’équanimité d’un Data : « A dying star. What a rare and exciting way to meet our doom ! ». Mais en dépit de l’alerte rouge générale attirant comme des phalènes tout l’équipage sur la passerelle, et des apparitions répétées d’holo-Janeway proposant infatigablement son aide pour sortir l’USS Protostar de cette situation, Dal R’El n’en aura cure et laissera passivement le vaisseau s’enfoncer toujours plus profondément dans le puits gravitationnel de la naine blanche rien que prouver à cette horripilante "holo-nanny" qu’il sera capable de l’en sortir comme un grand, sans l’aide de quiconque. Cette vanité immature s’accorde pourtant bien mal avec son propre aveu et celui de son équipage en début d’épisode de ne pas savoir piloter les vaisseaux spatiaux. Mais après tout, puisque l’opus précédent a montré qu’il suffisait d’appuyer sur des boutons au hasard pour quitter le labyrinthe chtonien de Tars Lamora, pourquoi ne pas continuer à employer cette astuce magique au voisinage d’une étoile double ?
- Non sans mal, holo-Janeway réussira à mettre Dal en garde contre la distorsion (à ne pas utiliser à proximité d’un puits gravitationnel). Et alors, avec une incongruité record, ce dernier puisera dans ses vastes connaissances pour en déduire qu’il convient de réaffecter toutes les ressources au moteur à impulsion ! C’est à se demander si les auteurs ne finissent pas par croire eux-mêmes que ce gamin impudent sort de l’Académie… ou s’ils n’en ont pas fait avant tout un trekkie comme tous les personnages de la série Lower Decks.
- Mais en attribuant toute la puissance disponible à l’impulsion, Dal R’El ne réussira pas pour autant à arracher le vaisseau à la gravitation stellaire, tout en y perdant les boucliers, l’hologramme de Janeway, et le champ de force de la cellule de Gwyn. Bien entendu, l’épisode enfume ici les spectateurs, car cette manœuvre de priorisation à l’impulsion, très courante dans Star Trek, ne se traduit jamais par une perte par défaut de toutes les fonctions vitales (genre les boucliers ou les champs de force). À ce compte-là, si l’épisode avait voulu être cohérent envers cette logique radicale jusqu’au bout, tout le reste aurait dû être désactivé en même temps (le support de vie comme l’oxygène et la température, l’éclairage, la gravitation artificielle). Mais comme d’habitude ici, les protocoles et les causalités sont modifiés/ajustés sans explication aucune juste pour servir les objectifs narratifs…
- Au lieu de mesurer immédiatement les conséquences aussi nombreuses que fâcheuses de la réaffectation prioritaire des ressources au moteur d’impulsion (de toute façon impuissant à s’arracher à la gravitation de l’étoile) et d’annuler cette action, le pseudo-capitaine va laisser le temps s’écouler stérilement, exposant l’USS Prodigy à une multitude de collisions directes avec les nombreux débris et astéroïdes eux-mêmes pris dans le champ gravitationnel. Au regard de l’énergie cinétique en jeu (des corps célestes aussi volumineux que le vaisseau lui-même alors que même les microparticules à haute vitesse peuvent infliger des dégâts considérables), l’USS Prodigy aurait dû exploser ou se faire ratatiner à de nombreuses reprises. Mais rien, il ressort parfaitement indemne ! C’est à croire que les boucliers énergétiques sont parfaitement superfétatoires (avec leur baisse progressive de pourcentage), puisque la coque nue suffit bien à assurer une protection complète et inusable (et là, aucune baisse de pourcentage à déplorer). Bref, nous sommes bien ici dans un cartoon qui ne respecte pas davantage les lois physiques et naturelles que ne le faisaient ceux de Tex Avery (l’humour et la poésie en moins).
- Mais "grâce" à ce déroutement des ressources, Gwyn s’est évadée de sa cellule, et son premier réflexe fut de quitter le vaisseau. Elle tentera d’abord de fuir au moyen des pods, mais en provoquent maladroitement l’expulsion des trois seuls exemplaires disponibles avant même de pouvoir monter dedans (un vrai running gag mais pas spécialement drôle). Il est d’ailleurs bien curieux qu’il n’y en ait que trois à bord de ce vaisseau, car ils sont unipersonnels et leur fonction est de permettre des évacuations en urgence (cf. ST First Contact). Cet USS Protostar aux intérieurs gigantesques n’est-il conçu que pour trois personnes ?
- Après que les pods d’évacuation lui ont successivement glissé sous le nez, Gwyn laissera échapper une injure en Klingon : "Qu’vatlh" ! Mais comment cela est-il possible… alors qu’elle provient du lointain quadrant gamma, qu’elle ne connaissait pas d’elle-même la Fédération, et encore moins l’Empire Klingon ?! Une nouvelle fois, la géographie trekkienne est gratuitement violée en toute occasion par Prodigy !
- Finalement Gwyn se rendra dans le hangar pour lancer la synthétisation d’une navette. Alors au regard de l’incompétence doublée d’arrogance de l’autoproclamée capitaine Dal R’El, il peut être compréhensible que la belle princesse veuille jouer les filles de l’air. Cependant celle-ci est présentée comme avisée, et elle semble en effet avoir une meilleure compréhension de la situation et du vaisseau que la bande dissipée de Dal. Comment se fait-il alors que la princesse ne pige pas que pour des raisons de puissance et de poussée, une navette et à fortiori un pod n’auraient strictement aucune chance de s’arracher à un puits gravitationnel si un vaisseau galactique a déjà du mal à y parvenir...
- Prodigy 01x03 Starstruck aura mis en scène dans le hangar à navette de l’USS Protostar un "vehicle replicator" capable de synthétiser en quelques minutes une navette spatiale. L’initiative est peut-être une dédicace au fandom qui raillait parfois jadis le nombre apparemment illimité de navettes dont semblait disposer l’USS Voyager. Mais cette consolidation internaliste – à supposer que cela en soit une – n’était aucunement nécessaire à ST VOY. Car d’une part, le nombre de navettes qu’embarquait le vaisseau (de la taille de celui de Kirk mais augmenté d’un siècle d’avancées technologiques) n’a jamais été explicitement défini à l’écran. L’USS Voyager pouvait donc parfaitement embarquer des dizaines de navettes (voire davantage) au départ (par exemple pour pouvoir évacuer tout l’équipage). D’autre part, le postulat qui préside aux technologies spatiales de Star Trek, c’est la possibilité de tout synthétiser par soi-même en toute autonomie, dès lors que les sources d’énergie sont disponibles (en l’occurrence les réacteurs d’antimatière). Le corollaire est qu’il devient aussi naturel d’entretenir le vaisseau, le réparer suite à des combats spatiaux… que de construire de nouvelles navettes. Ce que l’USS Voyager ne s’est d’ailleurs pas privé de faire on screen avec la conception from scratch d’un nouveau modèle de navette high tech, à savoir le Delta Flyer (dans ST VOY 05x03 Extreme Risk), puis resynthétisé aussi sec (ST VOY 07x02 Drive) après sa destruction. La série ST VOY a donc très bien fourni elle-même l’explication (implicitement ou explicitement), et cette "usine à navettes" de l’USS Protostar n’apporte donc rien en internaliste qui ne soit déjà connu... si ce n’est est une visualisation du processus automatisée qui n’est pas sans rappeler l’efficacité de la station de réparation inconnue (et prédatrice) de ST Enterprise 02x04 Dead Stop plus de deux siècles auparavant.
- Ce "vehicle replicator" se révèle surtout un MacGuffin au service d’une narration très manipulatoire… Il n’est d’ailleurs pas certain que Gwyn avait besoin de lancer cette réplication, d’autres navettes se laissant deviner dans le hangar au travers de la shaky camera quasi-permanente. Auquel cas, la princesse aurait pu les utiliser pour s’enfuir. Dans tous les cas, ce show off (quand bien même sympathique) à l’attention des nostalgiques de ST VOY dissimule un utilitarisme diégétique : rendre impossible le rétablissement des boucliers tant que le replicateur d’astronefs est employé afin de conduire le vaniteux Dal à avoir besoin de solliciter l’hologramme Janeway pour sauver le vaisseau happé par l’étoile naine blanche. Seulement pour ça, il faut avaler l’incohérence grossière selon laquelle l’expérimental USS Protostar – qui a traversé par lui-même la galaxie entière des milliers de fois plus vite que l’USS Voyager dans le sens inverse et qui possède deux noyaux de distorsion à la fois – est tellement peu puissant qu’il est en fait monotâche : ce sont les synthétiseurs/réplicateurs XOR les boucliers !
- Pire, l’algorithme narratif commet une faute de logique : Dal réaffecte toute la puissance à l’impulsion juste "pour" perdre les boucliers et libérer Gwyn, puis celle-ci active le "vehicle replicator" "pour" empêcher Dal de réactiver les boucliers après avoir désaffecté toute la puissance de l’impulsion. Sauf que ledit "vehicle replicator" n’aurait pas pu être activé en premier lieu puisque, à ce moment-là, toute la puissance était encore affectée à l’impulsion ! Ou alors, il aurait fallu que Gwyn active le réplicateur de vaisseau dans l’interstice temporel infinitésimal entre le moment où Dal a désaffecté toute la puissance de l’impulsion et celui où il a tenté de réactiver sans succès les boucliers. Malheureusement la synchronicité du montage entre les événements prenant place sur la passerelle et ceux dans le hangar ne plaide pas en faveur de cette hypothèse bien peu probable...
- Comprenant que la réattribution des ressources aura également eu pour conséquences l’évasion de Gwyn… Dal envoie à sa poursuite la minérale Rok-Tahk. Cette dernière se jette haineusement sur elle dans le hangar durant la construction de la navette. S’ensuivra un de ces combats invraisemblables et inutiles comme les affectionne tant ce genre de série – le corps à corps n’étant toutefois pas viable au regard de la puissance brute de Rok, littéralement prête à écraser de son poids la princesse, qui n’en réchappera que par un art consommé de l’esquive. Gwyn réussira à désactiver la gravité artificielle pour éloigner l’assaillante (qui s’élèvera dans les airs comme une baudruche). L’apesanteur créera alors une panique sur la passerelle, conduisant Dal à un état quasi-psychédélique, flottant la tête en bas devant la grande baie vitrée de la passerelle-dôme se déployant vers la fournaise stellaire. Il faudra en passer par ce stade pour que cette tête-à-claque bouffie d’orgueil ravale sa fierté mal placée et se résolve à appeler à l’aide holo-Janeway…
- Alors que la panique s’emparait bien davantage encore des autres membres d’équipage sur la passerelle (Zero malgré son flegme et Jankom Pog), comment se fait-il qu’aucun d’eux n’ait pris l’initiative de solliciter l’hologramme salvateur à partir du moment où l’affectation de toute l’énergie sur les moteurs d’impulsion fut levée ? Holo-Janeway n’est pas programmée pour obéir seulement à Dal, et la pseudo-capitainerie de ce dernier pouvait aisément être contestée par n’importe qui ! Est-ce à dire que l’épisode tente de vendre une soumission aveugle et sacrificielle de tout l’équipage à l’autopromotion performative ? Ce qui serait aussi lamentable que dans Lord Of The Files (Sa Majesté des mouches) de William Golding (1954), mais cependant bien moins logique et bien moins explicable dans le contexte de l’USS Protostar puis dépourvu de contraintes sociales et de rapports de force.
- Comment se fait-il également qu’holo-Janeway ne soit pas d’elle-même réapparue lorsque la puissance à été désaffectée de la seule impulsion ? Elle n’avait cessé de se manifester pour les raisons les plus insignifiantes depuis le début de l’épisode, ainsi que lorsque la situation était bien moins tragique à la périphérie du système binaire ; mais lorsque cela tourne mal, c’est le silence radio ! Visiblement, toute occasion est bonne pour tordre le cou à la logique causale d’un univers de SF afin d’imposer la pollution intellectuelle et les clichés resucés des parcours initiatiques. L’holo-nanny semble finalement moins présente pour guider vers la Terre promise du quadrant alpha que pour s’ériger en Yoda du pauvre…
- Et de la même façon, c’est bien le paradigme du "grand maître" initiateur des productions de fantasy qui déterminera le comportement d’holo-Janeway dans les cinq dernières minutes de l’épisode. Seules d’homéopathiques informations inspiratrices seront disséminées çà et là : comment réactiver la gravité artificielle (c’est-à-dire défaire depuis la passerelle ce que Gwyn avait fait depuis le hangar), puis comment réactiver les boucliers (réduits à 80% dès les premiers impacts, la coque nue était visiblement un meilleur deal), puis comment utiliser les phasers (qualifiés indirectement de "sufficient tactical array") pour détruire les débris et astéroïdes avant de les percuter (Jankom Pog exultera comme un gamin à l’idée de faire joujou avec les armes à particules)…
- En apesanteur, il est difficile de se mouvoir avec précision (du moins sans être soi-même équipé de micro-thrusters d’appoint. Autant dire que regagner depuis le plafond les consoles de la passerelle pour réactiver la gravité artificielle n’est ni rapide ni simple. Mais dans Prodigy, aucun problème avec l’apesanteur : le Medusan Zero vole (sans aucun propulseur visible) ou bien lévite… du moins quand ça arrange les auteurs (le reste du temps, il a des jambes mécanisées).
- Le retour de la gravité artificielle aura pour effet que Rok-Tahk tombera brutalement de tout son poids éléphantesque sur la fluette Gwyn ! On se demande bien comment cette dernière a réussi à y survivre. Désormais immobilisée, elle sera reconduite à la cellule. Mais ce que les scénaristes ont perdu de vue, c’est qu’au moment de désactiver la gravité artificielle, la synthèse de la navette avait atteint les 90% (et les seuils précédents furent franchis très vite). Du coup, considérant le temps non négligeable qu’il a fallu pour que la pesanteur soit rétablie, la navette aurait non seulement dû être parachevée, mais Gwyn aurait même dû avoir quitté le vaisseau (pour aller se perdre dans la naine blanche), sachant que Rok flottait comme un gros nuage volcanique dans le hangar et ne pouvait donc la stopper.
- Finalement, l’essentiel de la manœuvre, c’est-à-dire comment s’arracher au puits de gravité... eh bien Janeway-Yoda n’est révélera rien ! Quand il était question d’exposer des évidences, par exemple comment utiliser un synthétiseur de nourriture (n’importe qui aujourd’hui saurait le faire spontanément), l’hologramme était toujours sur le front. Mais quand il s’agit d’astrophysique de pointe, c’est "débouillez-vous car vous avez déjà la Force en vous" ! Zero trouvera finalement la solution (Dal prétendra avec sa mauvaise foi habituelle que le Medusan a lu dans ses pensées) : à savoir un "sling shot effect" alias "gravity assist"… mais rebaptisé ici (histoire d’être plus cool envers le public-cible) : « we stop fighting and ride the shock wave, let it propel us free ». Et zou, c’est tout simple… il suffit de le dire pour que ça se fasse… comme dans un sandbox pour bébé !
- Pourtant, dans cette "résolution", tout est trompeur, c’est même une pure arnaque. Parce que d’une part la réalisation de cette manœuvre n’a rien de facile ni d’instantané, cela nécessite de grandes compétences en astrophysique et beaucoup de calculs, à fortiori dans un système à trois corps (ou davantage), cas ici. Cela suppose également d’avoir toutes les données sur les astres et les astronefs impliqués. Dans le monde réel, il a fallu attendre les sondes Pioneer pour que cette manœuvre réussisse non sans mal, et encore avec toutes les ressources intellectuelles de la NASA. Mais on voudrait nous faire croire que des gamins qui ne possèdent ni savoir académique ni expérience sont capable d’exécuter cette manœuvre de pointe du premier coup et les doigts dans le nez, comme on sauterait à la marelle ou comme on surferait sur une belle vague à Rincon ?! Mais de qui se moque-t-on ?! C’est ça le message de la série adressé aux plus jeunes ?
- Et d’autre part, l’opération de "surf" implique de plonger dans la photosphère voire la chromosphère (l’un des zones les plus chaude) de l’étoile, et attention pas n’importe quelle étoile, mais carrément une naine blanche ! C’est-à-dire un des types d’étoiles les plus chaudes de l’univers, soit quelque 100 000 Kelvins à la surface ! Par quelle magie, un vaisseau manufacturé avec des métaux pourrait survivre à une température pareille ?! Notre soleil, c’est "seulement" 5 800 Kelvins à la surface. Et puis, le danger ne réside pas seulement dans la chaleur, mais dans les radiations, redoutables à proximité des étoiles, a fortiori des naines blanches. Rien que d’avoir navigué pendant plusieurs minutes à proximité sans boucliers classiques aurait de toute façon dû exposer à une mort certaine tout l’équipage de l’USS Protostar. Dans l’univers de Star Trek, seuls les boucliers dit "metaphasic shielding" du Ferengi Dr Reyga dans ST TNG 06x22 Suspicions permettraient de pénétrer voire traverser une étoile (car il s’agissait en fait d’une forme de dématérialisation), mais pour diverses raisons, ils n’ont pas été adoptés par Starfleet. Et si d’aventure, ils l’avaient été sur l’USS Protostar, les protagonistes l’auraient immédiatement su car les étoiles n’auraient alors plus eu le moindre impact physique sur leur vaisseau.
- Mais si la théorie est un portnawak à tous les niveaux, l’exécution pratique fait à peine mieux. Prodigy 01x03 Starstruck inflige aux spectateurs le même genre de "bouquet final" pyrotechnique que Prodigy 01x01+01x02 Lost And Found. C’est-à-dire tout aussi spectaculaire visuellement... sauf que la sortie du système binaire est aussi capillotractée que celle de la colonie pénitentiaire de Tars Lamora. L’USS Protostar est supposé circuler seulement en impulsion (la distorsion étant proscrite à proximité d’un puits gravitationnel), mais à plusieurs reprises, probablement dans un but de surenchère cartoonesque, le vaisseau semble passer en distorsion moyennant l’étirement caractéristique de l’ère bermanienne.
- En amont, la base même du péril auquel a été confronté l’USS Protostar n’est pas crédible scientifiquement. Car les puits de gravitation ne se manifestent pas comme l’épisode le montre. Dès lors que le vaisseau dispose d’une vélocité suffisante (ou qu’il possède les moyens de l’accélérer), il atteindra la vitesse de libération et pourra changer de trajectoire et s’éloigner du soleil tranquillement. Pour être exposé à une gravitation telle que des réacteurs pleinement fonctionnels ne puissent pas s’en arracher, il faudrait que le vaisseau soit au cœur même de l’étoile, mais à une telle profondeur que la pression et la température l’auraient depuis longtemps détruit. Même les trous noirs n’exercent pas une attraction aussi forte à une distance aussi grande. L’épisode ST ENT 02x09 Singularity est l’un des rares à avoir parfaitement compris la réalité des puits gravitationnels, loin des spectacles factices que cultivent trop de productions hollywoodiennes…
- Toujours à la manière d’un passage scripté de RPG, il fallait donc absolument parvenir à ce point, peu importe comment, afin que ce soit Janeway qui sauve le vaisseau, ou plus exactement qu’elle en insuffle le salut. Et ainsi, Dal pourra apprendre la bonne de leçon de patronage du jour, "repeat after me" : « il faut savoir demander de l’aide » ! Eh bien, une chose est sûre, avec un pareil enseignement de cador, les enfants n’auront pas perdu leur temps.
- Bien entendu, que serait une fantasy ou un cartoon si le "méchant" démoniaque depuis son enfer rouge sous-terrain ne fourbissait pas ses armes et ses plans contre les "gentils" héros ? Our Diviner, désormais équipé d’une combinaison high tech (que n’aurait pas renié Tony Stark), et toujours secondé par son âme damnée Drednok, s’est mis à vendre en urgence le précieux chimerium (minerai extrait des mines) en grande quantité pour retaper son vaisseau REV-12. Et presque aussitôt (à la fin de l’épisode quoi), l’espèce de château médiéval aux formes anguleuses, qui avait pénétré dans le corps de la planète déchiqueté Tars Lamora, décolle et s’élève vers l’espace comme le château d’Hyrule dans le prochain The Legend Of Zelda : Breath Of The Wild 2. Tandis que la poule aux œufs d’or, Tars Lamora, est dissimulé derrière un écran d’invisibilité. Et de sa voix pontifiante et sépulcrale digne de Ganon, il annonce pompeusement : « I am coming for you, my progeny » ! Les héros peuvent donc trembler, le cliché-système explose tous les records.

Conclusion

Contempler cette grappe de personnages ressemblant à des jouets dérivés sous licence Star Wars avec au milieu la silhouette rigide de Janeway fait l’effet d’un basculement dans un trouble dissociatif... Tel un collage psychédélique, non pas celui du pop art d’Andy Warhol, mais d’un cahier d’écolier qui tenterait de réunir dans un gloubi-boulga improbable les dessins de ses héros favoris venus d’univers aussi différents qu’incompatibles...

La cerise sur le gâteau de cette geste de l’absurde sera offerte par Janeway à la fin de l’épisode lorsqu’elle assènera la moral(in)e de la Fontaine suivante aux faux cadets : « I must say, when the Federation first formed, it wasn’t pretty. A collection of species, entirely unfamiliar to each other, different languages, different cultures, but with one shared aspiration – to be better. I’ve seen my share of wayward crews and I can tell you this : you’ve got potential ».
Passons la description des premiers temps de la Fédération qui ne correspond guère à ce qu’en avait dévoilé en creux ST ENT 04x21 Terra Prime et ST ENT 04x22 These Are The Voyages, où il n’était pas question d’une alliance contrariée impliquant des cohabitations difficiles et forcées en aval, mais d’une alliance consentie entérinant une réalité en amont. Enfin bon, comme l’objectif est de paralléliser à renfort de pathos l’équipage all inclusive de l’USS Protostar avec l’UFP elle-même, une affabulation en vaudra bien une autre...
Mais le plus choquant est encore ce pep talk plein de lèche et de flagornerie de Janeway-Yoda où le plus incompétent et inconséquent des équipages, composé exclusivement d’individus nombrilistes focalisés sur leurs égos et leurs intérêts personnels, passant leur temps à se chicaner sur leurs attributs et leurs prétentions, triomphant de chaque épreuve grâce à un viol permanent de la logique et des probabilités, donc grâce à une complicité active de l’univers lui-même… se voit comparé aux meilleurs équipages de cadets qui ont dû trimer comme des malades des années durant pour être à niveau. Il n’y a pas pire insulte envers la méritocratie trekkienne ! L’hologramme de l’amirale la plus décorée de Starfleet vient ainsi adouber et encenser ce qui incarne la pire antithèse possible de Star Trek : l’individualisme, l’égocentrisme, l’incontinence, l’immaturité au détriment du collectif, de l’institution, de l’altruisme, des principes. Chapeau !
À cette occasion, le message pédagogique est totalement perverti : à savoir que les prétentions, la science infuse, la chance, l’électivité messianique vaudront bien mieux que la rigueur, le travail, la persévérance, et le mérite. Conclusion : l’apprentissage, la compétence, les principes, la responsabilité... OSEF ! Soit l’expression de l’infantilisme systémique de la plupart des productions branchouilles actuelles : seul le culot permet de réussir ; tandis que le travail, c’est ringard !
Rien d’étonnant du coup que le gamin Dal R’El ne tire pas grand-chose de cette expérience et n’évolue guère. Certes, il tolère désormais la sagesse de holo-Yoda (par opportunisme car elle lui a bien servi), mais il n’en développe que davantage d’arrogance avec la conviction renforcée qu’il est le capitaine légitime de l’USS Protostar, dans une société où l’on devient taulier par auto-déclaration. Il reste donc plus que jamais l’ado rebelle-sans-cause et tête-à-claque, davantage sorti d’un lycée étatsunien que d’une prison extraterrestre. Dal n’est aucunement la victime traumatisée d’un système oppressif qu’une vie abjecte aura rendu mature avant l’heure ; non, il est un gamin narcissique pourri-gâté par la vie dont l’univers décide de faire un enfant-roi, dans une version grunge et teen du Kirk-Pine de la trilogie Kelvin.
Fameux bilan… et qui ne donne vraiment pas envie de voir la suite.

Et que dire de la vraisemblance d’un hologramme (c’est-à-dire d’une IA) ayant pour fonction de guider un équipage de Starfleet en lui permettant d’accéder à n’importe quelle information et commande de l’USS Protostar… mais qui "s’offre" au premier inconnu qui se présente ? Ni code de sécurité, ni autorisation, ni identification biométrique ne sont requises… ni même le besoin de recourir à un tweak ou à un piratage. Une pareille "ouverture" sur un vaisseau expérimental à la pointe de la technologie dans le quadrant delta revient à faire passer Starfleet pour une institution de Bisounours. Mais également de criminels irresponsables, car faut-il rappeler qu’un vaisseau de Starfleet est une arme de destruction massive qui peut rayer toute vie à la surface des planètes ? Et pourtant la Fédération envoie comme ça à l’autre bout de la galaxie des engins de la mort... sans équipage, sans protection, sans verrouillage d’aucune sorte pour que le premier venu s’en empare !!! Sérieux ?! Mais what the fuck quoi ?!
La chaîne de commandement est donc désormais devenue performative : est capitaine celui qui se déclare capitaine ! Et alors aussi sec, l’holo-Janeway lui obéit. Quel beau principe d’éducation : "c’est celui qui dit qui l’est", "je suis parce que je l’annonce", et "je veux donc je suis".
Et cela devient même franchement nauséabond lorsque l’hologramme ignore la fille ligotée (Gwyn) dans le fauteuil du capitaine, et aide spontanément les fugitifs à l’enfermer en cellule. Étant donné qu’holo-Janeway n’a aucune connaissance du background et de l’historique (contrairement aux spectateurs), n’est-ce pas franchement misogyne, potentiellement criminel, outre d’être irrespectueux des standards de Starfleet… et même de la plupart des sociétés organisées et sécurisées ? Et s’il s’était agi d’une bande de violeurs sadiques qui avaient pris possession de l’USS Protostar, la moralisante holo-Janeway se serait-elle mise benoîtement à leur service ?

Pour avaler ou encaisser une proposition pareille, il faudrait parvenir à ne plus du tout réfléchir, ni questionner quoi que ce soit... afin de ne pas se prendre dans la poire les inconséquences des hypothèses de départ et l’impraticabilité du contexte...
D’une perspective externaliste, c’est-à-dire commerciale, holo-nanny-Janeway est vendue pour s’adresser aux enfants dans un univers centré autour d’eux : à moitié maman à moitié fée, rassurante et protectrice, n’existant que pour parler à des marmots à la fois têtus et éponges de tous les mèmes de leur génération...
Mais d’une perspective internaliste, rien n’a été fait pour crédibiliser ce nouveau reboot kurtzmanien d’un personnage historique de la franchise... après Spock (et par deux fois encore), après Pike (idem 2x), après les personnages de ST TOS, après Picard, après les personnages de ST TNG, après Seven Of Nine...
Le comportement d’holo-Janeway est juste inconséquent voire schizophrène, faute d’homogénéité logique. Tantôt elle est en mode "IA aveugle" appliquant un scénario mécanique en ne détectant pas les anomalies les plus grossières, prenant pour des cadets un équipage sans uniformes, sans manières, sans les connaissances que sont supposés avoir les admis au plus élitiste des concours de la Fédération, et composé en sus de plusieurs espèces inconnues de l’UFP. Tantôt elle est en mode "IA forte" avec une parfaite compréhension de la psychologie des personnages, une anticipation de leurs attentes, une grande perspicacité, et même des évaluations personnalisées en fonction de chacun. Autant dire un état qui jamais n’aurait dû conduire holo-Janeway à "accréditer" cet équipage d’emblée comme s’il était attendu depuis toujours, ni croire sur parole tout ce que Dal R’El pouvait affirmer, notamment sa prétention de "capitaine" imaginaire.
L’holo-Janeway a donc visiblement une "sentience" très fluctuante en fonction de la scène. Cette continuelle variance affecte en réalité la plupart des personnages, des équipements, et les technologies dans les épisodes de Prodigy... parce que les règles du jeu changent sans cesse selon les besoins des auteurs.
Mais si un univers à géométrie variable est un confort pour les scénaristes, il en perd toute vraisemblance intra-diégétique.
Quant à s’imaginer qu’holo-Janeway fait semblant de les prendre pour des cadets sans être dupe, rien ne pourrait rationnellement justifier cette logique. Sauf à filer toujours davantage le paradigme électif d’un univers entier fabriqué sur mesure pour servir les personnages, avec d’abord un vaisseau qui leur aurait été offert sur un plateau dans les tréfonds de leur pénitencier, la tranquillité de pouvoir le retaper au nez et à la barbe des geôliers, et maintenant une Janeway-Yoda pour les instruire et les guider vers le coté lumineux de Starfleet. Mais partout où passe le monomythe campbellien, Star Trek trépasse...
D’ailleurs (sachant que ST DS9 06x22 Valiant était une dénonciation), depuis quand un vaisseau de Starfleet est-il intégralement composé de cadets, capitaine compris ?! Pour le coup, le comportement d’holo-Janeway vient accréditer en creux une version de Starfleet qui réussit à battre celle de Kelvin sur son propre terrain... puisque à travers le cas de Dal R’El, holo-Janeway adoube une situation bien plus indigne encore que celle de Baby-Kirk... qui passerait pour responsable et compétent en comparaison. Plus "fort" encore que le cadet post-Académie promu directement capitaine de vaisseau, maintenant c’est le faux cadet hors Académie qui s’autoproclame capitaine... avec la bénédiction de la copie holographique de la plus légaliste des amirales de Starfleet ! Pour sûr, voilà un modèle pour les enfants...

La série joue visiblement sur tous les tableaux au mépris des contradictions, pour avoir à la fois le beurre, l’argent du beurre, et la crémière... comme dans les pires malbouffes hollywoodiennes.
Ainsi, l’équipage de fortune est présenté comme n’ayant aucune compétence dans le pilotage des vaisseaux... mais il réussit une évasion qui n’aurait peut-être même pas été à la portée des plus expérimentés capitaines de Starfleet !
Dal & co ne possèdent ni la connaissance ni l’expérience des vrais cadets de Starfleet... mais holo-Janeway réussit à leur faire deviner les protocoles de Starfleet et les sciences trekkiennes sans les enseigner, en somme comme s’ils avaient tous la science infuse et qu’il fallait juste les éveiller à eux-mêmes !
Le Tellarite Jankom Pog appartient à l’une des quatre espèces (avec les Terriens, les Vulcains, les Andoriens) co-fondatrices de la Fédération il y a plus de 200 ans, sa culture et sa langue sont bel et bien tellarites (donc né et élevé comme tel)... pourtant il n’a jamais entendu parler de la Fédération, il ne sait pas ce que sont les traducteurs universels, ni les synthétiseurs, ni les sociétés sans système fiduciaire, il n’a aucune notion de pilotage… mais bien sûr il sait réparer les vaisseaux à distorsion de Starfleet !
Le Medusan Zero appartient à une espèce liée à l’UFP (peut-être même membre) depuis ST TOS, et il assume bien tous les traits culturels et innéistes de sa propre espèce, mais il n’en sait pas davantage que les autres… sauf que lorsqu’il s’exprime, c’est toujours avec le docte savoir d’un Data. Et puis d’une scène à l’autre, sans explication, son scaphandre DIY est tantôt marchant (à l’aide de pieds robotique), tantôt volant (auquel cas, il aurait pu s’évader du pénitencier par lui-même depuis longtemps, outre d’être retconé comme de nature purement énergétique).
Tout dans cette série animée est à l’avenant…. Il n’existe aucune causalité, aucune règle, aucune nature, aucune identité, aucune aptitude, aucune compétence, aucune délimitation clairement définie. Tout fluctue d’une scène à l’autre pour agréer la paresse et l’inconséquence des auteurs… comme dans un rêve ou un cauchemar sans fin. C’est ce que l’on nomme dans la langue courante "un grand n’importe quoi".
Et les pauvres alibis du dessin animé et de la série pour enfants ont vraiment bon dos pour bénéficier d’un passeport d’immunité afin de n’être comptable de rien. Comme si dans la tête des showrunners, "enfant" était synonyme de "crétin".
Même les fans de Star Wars – un univers de fantasy pourtant – ne réussiraient pas à s’accommoder de cette irrationnalité érigée en système (ou en joker). Alors pour qui demeure attaché ou qui souhaite être initié à l’un des univers de SF les plus rationnels et cohérents ayant jamais existé (à savoir le Star Trek de jadis), la pilule ne passe vraiment pas...

La trahison philosophique et idéologique réussit donc à aller toujours un peu plus loin à chaque incrémentation kurtzmanienne. Et elle le fait de mieux en mieux, car cela se remarque de moins de moins, cela fait de mieux en mieux illusion, si bien qu’un public toujours plus important s’en accommodera. A fortiori un public d’enfants qui ne possède ni l’immunité ni l’expérience pour détecter la supercherie ou l’imposture, et qui endureront le préjudice d’une série manipulatoire et anti-éducative délivrant un message profondément délétère sur les notions de responsabilité, de maîtrise de soi, et de compétence.
Analogiquement à Lower Decks qui est vendue comme parodique mais qui réussit l’exploit de ne pas être drôle, Prodigy est vendue comme une initiation à Star Trek pour les enfants mais c’est probablement la pire porte d’entrée possible dans le Trekverse.

Illustration de la contreproductivité dont souffre cette série animée : le générique d’ouverture, objectivement superbe (musique et visuel) et dans le style de celui de Star Trek Voyager... réussit à devenir prétentieux face aux épisodes eux-mêmes tant ces derniers sont intégralement incohérents, paroxystiquement mal écrits, désespérément vides, avec des psychologies totalement à la ramasse, et antitrekkiens plus ou moins hypocritement. Telle la proverbiale montagne qui accouche à chaque fois d’une souris.
De même l’écart abyssal entre la splendeur de la forme (animation de grand luxe, direction artistique au top, visuels à tomber) et l’ineptie totale du fond (diégèse, sens, idéaux, personnages, univers) ne se contente pas de frustrer ou de jurer, cela fait carrément entrer le spectateur dans une "uncanny valley"...

Alex Kurtzman projetait de développer une série Starfleet Academy, un projet dont – pour mémoire – le concept (ST The First Adventure en 1991) avait été vigoureusement rejeté par Gene Roddeberry avant sa mort.
Mais avec Prodigy, le #FakeTrek tient déjà son Starfleet Academy… mais en pire… puisque le culot, la prédestination, la puérilité, et le régime d’exception y ont remplacé le mérite, la norme, la maturité, et la structure. Avec toutes les facilités et les racolages qui en résultent, jusqu’à caricaturer les figures historiques comme n’a même pas osé le faire Lower Decks, transformant "manman Janeway" à la fois en Yoda, en maîtresse d’école, en institutrice pour mômes indisciplinés-mais-qui-savent-déjà-tout-à-la-naissance, et en caution de la négation trekkienne la plus absolue.
Ou comment faire de Starfleet Academy un jeu de rôle dans un bac à sable.
Et c’est supposé être canon ?

Prodigy est tel un retour aux origines de la contrefaçon, c’est à dire Star Trek 2009 qui avait signé le glas du trekkisme, mais... en pire car assumant désormais pleinement et sans complexe son infantilisme, avec toujours la complicité de vétérans de la franchise (Leonard Nimoy hier, Kate Mulgrew aujourd’hui).
Cette série animée entérine définitivement le changement de paradigme kurtzmanien, tout à la fois médiocre, réducteur, traitre, et cynique.
Et cela a quelque chose de kafkaïen : douze ans pour rien, douze ans pour n’aller nulle part, douze ans pour tomber de Charybde en Scylla, douze ans pour revenir au point de départ et... endurer à nouveau l’enfer de la même boucle temporelle ou itérative sans condition de sortie.
Il serait donc peut-être temps que, de son côté, le spectateur entérine aussi la mort cérébrale de Star Trek.

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

YR

EPISODE

- Episode : 1.03
- Titre : Starstruck
- Date de première diffusion : Paramount+ 4/11/2021
- Réalisateur : Alan Wan
- Scénariste : Chad Quandt

BANDE ANNONCE





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