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Star Trek Discovery : Review 3.11 Su’Kal

Date : 28 / 12 / 2020 à 14h30
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Si je devais comparer Star Trek Discovery aux sensations éprouvées dans un autre loisir, ce serait celles que donnent un roller coaster d’un parc d’attraction. Pour peu que pour vous, Disco ne soit pas toujours totalement nulle ou totalement géniale, on navigue la bave aux lèvres entre des descentes vers la connerie la plus totale et des remontées brusques vers le nirvana. Et des fois, on assiste, comme avec cet épisode, à un looping qui vous mène, dans le même épisode, du plus haut au plus bas etc, etc...

Comme souvent, c’est visuellement que la série assure totalement. Le monde holographique créé pour s’occuper du Kelpien Su’Kal est un plaisir pour les yeux. Idem pour le monstre du conte qui offre à cet épisode un petit coté horreur assez bienvenu.

Ensuite, c’est un plaisir de voir Doug Jones jouer enfin sans latex. Pour avoir fréquenté en convention de nombreux acteurs de Star Trek jouant Klingons, Ferengis et autres extraterrestres, ils sont unanimes pour raconter que, pour exprimer une émotion avec un masque en latex, il faut démultiplier en dessous une expression pour le retranscrire sur le masque. Voir Doug Jones délicatement reprendre les expressions de Saru est d’autant plus un délice quand vous connaissez les contingences du métier.

Il y a aussi le cas Tilly. Si le regard de l’amiral Vance m’a bien fait rire quand Saru lui indique qu’il lui donne le commandement, il faut bien dire que je ne vois pas ce que Michael ou Saru aurait pris comme décision qui n’aurait pas conduit au même résultat. Sauf à sortir un truc du chapeau comme sait si mal le faire la série, Osyraa était dans une situation tactique favorable face au Discovery, dont acte.

Pour autant, tout n’est pas rose cette semaine. Je continue donc avec Osyraa. Outre le fait que je déteste le côté méchante d’opérette du personnage, je continue de m’interroger (et je pense que Yves aussi) sur la petitesse du monde de Discovery qui la conduit en si peu de temps à se positionner à proximité de la nébuleuse Verubin. À quoi cela sert de nous faire pleurer sur l’effondrement des relations interspatiales due à la disparition des réserves de dilithium si, à chaque fois que cela arrange les scénaristes, n’importe qui peut se transporter à n’importe quel coin de l’univers.

Cela enlève toute justification à la volonté de s’emparer du moteur sporique par la dictatrice verte. Et ce, particulièrement si un saut sporique donne à n’importe qui la position exacte du vaisseau. Si vous rajoutez à cela la réserve illimitée de dilithium dans la nébuleuse, on a un beau concentré de débilité scénaristique à la Kurtzman.

Quant au personnage de Su’Kal, si c’est bien lui qui a provoqué le Burn, je suis curieux d’avoir quelques réponses complémentaires. Si, à chaque fois qu’il a une angoisse, il y a surtension du Dilithium partout dans la galaxie, je pense que cela se saurait. Quant au Burn proprement dit, le caca nerveux du môme a dû être particulièrement corsé (au moment de la mort de sa mère ?)... Je vous ai déjà dit ce que je pensais des débilités scénaristiques à la Kurtzman ? Ah oui, au paragraphe précédent...

Il ne reste plus que deux épisodes. Allez, je me transforme en Madame Irma. Épisode suivant, c’est la cata cata catastophe, Green Queen prend possession de Fedfleet. Épisode Final, Wonder Burnham trouve un truc dans son chapeau pour défaire Dictat-Orionne et offre à Fedfleet en extase de récolter des montagnes de dilithium pour reconstituer la Fédération. Fin de la saison et à la revoyure...

FM

Au concours biaisé du pire épisode de Discovery, le dernier en date est toujours le grand favori… jusqu’à ce que débarque le suivant.
Or cette semaine, l’équation différentielle atteint son paroxysme puisque Discovery 03x11 Su’Kal écope du rôle plus qu’ingrat... à la fois d’encaisser l’effondrement de la pyramide de Ponzi si grossièrement montée durant les dix épisodes précédents (à savoir l’explication du Burn (Brasier) ayant mis à genoux la Fédération il y a 120 ans)... et de s’ériger en l’un des pires what the fuck contextuels, stratégiques et tactiques des productions Kurtzman à ce jour (ce qui n’est pas peu dire étant donné leur palmarès).

Il serait possible de résumer la performance ainsi :
#1 Le si mystérieux Burn ayant fait exploser quasi-simultanément dans la Voie-Lactée toutes les réserves de dilithium (et avec, les vaisseaux qui en employaient) s’avère... roulements de tambours... résulter en fait des cris que poussait Su’Kal, un bébé kelpien orphelin à la surface d’une planète en dilithium !!!
#2 Il aura suffi que Saru laisse pour la première fois le commandement à l’enseigne Sylvia Tilly pour que la redoutable Osyraa ("marraine" orionne de la très mafieuse Chaine d’émeraude) s’empare de l’USS Discovery, du spore drive si convoité, et lance un assaut fatal avec toute sa puissance de frappe contre l’imprenable QG de la Fédération+Starfleet.

Ce second point pourrait d’ailleurs se faire passer pour un alibi de type "lantern", plus "ambitieux" que d’habitude puisque s’étendant désormais sur plusieurs épisodes… En effet, cette fois, Mary-Sue n’arrivera pas à temps pour sauver la situation, puisqu’elle se contentera d’assister avec horreur depuis le vaisseau de Book au "saut mycélien" de l’USS Discovery et du Viridian (le croiseur surarmé d’Osyraa) directement vers le sanctum sanctorum de Fedefleet ! Serait-ce alors un signe de connivence, une façon de dire implicitement au public : « nous sommes bien d’accord avec vous, promouvoir une enseigne immature à la fonction de Number One au mépris d’un personnel bien plus gradé et plus expérimenté était une décision irresponsable de Saru, et ce qui reste de la Fédération du 32ème siècle va tragiquement en faire les frais » ?
Eh bien, non, même pas. Enfin si, l’UFP va morfler. Mais aussi indigne du poste de XO que soit Tilly, elle est loin de porter seule la responsabilité de ce fiasco. En réalité, sont en cause :
- d’une part le système de pensée profondément inconséquent des personnages de la série : nul doute que n’importe quel autre protagoniste de DIS dans le fauteuil du capitaine aurait fait exactement les mêmes choix que Sylvia, car ce sont en fait les choix emblématiques des showrunners eux-mêmes ;
- d’autre part la systémique même du Kurtzverse dont les lois physiques et naturelles sont à géométrie variable, d’une saison à l’autre, d’un épisode à l’autre, voire même au sein d’un même opus : les règles du jeu sont perpétuellement réécrites en cours de route, au gré du confort et des paresses scénaristiques, mais en étant toujours habillées de suffisamment de pathos et/ou de twists pour éconduire ou enfumer les spectateurs les plus manipulables.
Cependant, il n’est pas nécessaire de trop s’alarmer : les bad guy qui s’emparent du vaisseau des héros, c’est une vieille ficelle (du moins depuis l’excellent ST VOY 02x6+03x01 Basics) ; et puis dans DIS, la fin de chaque saison est exactement identique : Mary-Sue sauve (comme il se doit) la Fédération... sous perfusion depuis que Kurtzman est à la barre.

Les incohérences, bullshits et absurdités forment ici une famille de récurrence tellement dense, épaisse et réseautée qu’il est possible de relater l’épisode seulement à travers elles…

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu, veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

L’épisode consacre un tiers de son temps à un vaste show holographique dans lequel évolue depuis 125 ans le fils orphelin du Dr Issa, le kelpien Su’Kal. Convoquant à la fois le concept des simulations multiples et interférentes à la manière de Westworld, les pièges virtuels façon ST VOY 02x19 The Thaw, le médieval-fantastique à la WoW avec donjons & dragons, les Baôlis d’Inde (ou les constructions impossibles selon Maurits Cornelis Escher), le monstre moitié-lovecraftien moitié-lostien (façon fumée noire) avec une cinématique de MMORPG (et plus particulièrement des derniers Final Fantasy), le traditionnel château hanté (déjà parodié dans ST TOS 02x01 Catspaw), et la dark fantasy (entre horreurs "ambiancées" et contes pour mioches)... l’intérêt est ici essentiellement visuel, et il satisfera le public qui a renoncé à chercher dans DIS autre chose que le spectacle d’effets spéciaux opulents, ici assurément au rendez-vous. Quoique les maquillages aliens laissent pas mal à désirer quant à eux (n’est pas Michael Westmore qui veut...).
Il y a bien quelques considérations psychologiques dans une écrin d’holo-gaming destiné à éduquer et instruire un enfant livré à lui-même (postulat inspiré de l’excellent ST TNG 04x08 Future Imperfect mais aussi de ST VOY 05x05 Once Upon A Time auquel avait déjà fait référence la série Picard)... mais qui finalement l’aura figé dans son immaturité tandis que son corps devenait progressivement adulte, jusqu’à l’ignorance d’un monde extérieur (en écho à ST TOS 03x10 For The World Is Hollow And I Have Touched The Sky ?) et retenu prisonnier par un monstre mirrorant ses propres blocages infantiles et démons intérieurs (bien davantage une thématique de la série Lost que de Forbidden Planet). Rien de fondamentalement nouveau donc, ni de fondamentalement pertinent, arrivant surtout fort à contrecourant des ambitions de la série et des attentes du public à ce stade du récit.
En outre, s’il n’est pas désagréable de découvrir Saru sous les traits véritables du comédien Doug Jones sans ses prothèses en latex (peut-être un clin d’œil au chef d’œuvre ST DS9 06x14 Far Beyond The Stars ?), la justification internaliste est ici particulièrement capillotractée. Cet holodeck du futur a transformé les traits (et les vêtements) des trois membres de "l’away team" (ça les holodecks du 24ème siècle savaient déjà le faire) prétendument pour ne pas effaroucher Su’Kal ! Pour l’humaine Michael transformée en Trill et l’humain Culber en Bajoran, les altérations sont quasi-indétectables au premier regard, donc bien vaines. Mais pour Saru, transformé pour l’occasion en humain, c’est particulièrement tendancieux, car cela signifierait que l’éducation reçue par Su’Kal inclurait un volet raciste voire de haine de soi, par exemple par excès d’anthropocentrisme (comme si les humains et ceux qui leurs ressemblent étaient élevés en modèles pour toutes les espèces), avec pour effet de ne pas supporter l’apparence des Kelpiens (s’est-il seulement regardé dans un miroir durant ces 125 ans ?). Était-ce cela l’UFP du 31ème siècle pré-Burn revue et corrigée par Kurtzman ?
Pour ne rien arranger, à une ère du futur aussi avancée, il est curieux que des hologrammes n’aient pas réussi à parfaitement émuler des êtres sentients biologiques (dès le 24ème siècle, l’EMH de ST VOY en était déjà capable). Quand bien même les dysfonctionnements se seraient multipliés sous l’effet des radiations au bout de plusieurs années, le jeune Kelpien aurait déjà dû avoir atteint un âge de raison à ce moment-là pour ne pas rester éternellement emmuré dans des traumas infantiles...

Si Saru se découvre une vocation puéricultrice (mais pour Kelpiens only) et un talent de conteur d’histoires, c’est avant tout une somatisation de sa propre jeunesse de proie sur Kaminar. En dépit de la place éminente qu’il a acquise au sein de Starfleet et de "l’utopisation" croissante de la planète d’origine, Saru traine derrière lui un mal-être irrésolu... qui le conduit ici à des superpositions fort abusives entre la société cruelle qu’il connut avant d’être "sauvé" par la capitaine Philippa Georgiou (prime) et une Kaminar à laquelle il est désormais étranger (car fruit d’une évolution sur plusieurs siècles depuis l’intervention de la dea ex machina Mary-Sue dans la saison 2). Difficile de déterminer dans ledit abus ce qui relève de l’intention et ce qui tient de la confusion chez les showrunners. Mais ce qui transparaît surtout, c’est une volonté d’écarter Saru du main cast, en faisant d’abord de lui un capitaine de plus en plus nul, puis en lui trouvant une nouvelle vocation supplantant celle qui fut pourtant la sienne depuis le pilote de la série. Le procédé manque vraiment de finesse, et il ressemble beaucoup à l’éviction de Nhan dans DIS 03x05 Die Trying. Dès lors, l’abandon soudain des postiches serait comme un chant du cygne pour le personnage... et l’acteur.
Toutefois, aussi libératoire qu’elle soit, cette apparition "à nu" ne présente pas que des avantages en l’absence de véritable (ou du moins de bonne) direction d’acteurs. Car à l’instar de Sonequa Martin-Green, Doug Jones a tendance à surjouer l’expressivité émotionnelle. Et autant, c’est en effet indispensable pour compenser le "carcan" des masques, autant c’est contreproductif au naturel. Or dans DIS 03x11 Su’Kal, l’acteur pousse tellement loin de bouchon qu’il s’apparente à un acteur de cinéma muet qui, pour tout naturel, ne connaîtrait que l’outrance.
Autant dire que cette fois, Burnham et Saru font vraiment la paire, curieusement pas dans le registre chialant des larmes (réservé aux femmes seulement dans DIS), mais dans celui de l’œil rond de l’étonnement. Ce sera à celui qui ouvrira les plus grands yeux de manga devant chaque twist de l’épisode ! Soit un autre versant de la manipulation émotionnelle. Comme si un Monsieur Loyal s’employait dans l’épisode à lourdement souligner les moments où il faudrait être bluffé et admiratif. En somme, après les "pleurs enregistrées", voici les "étonnements enregistrés"... de la sitcom.

La palme d’or des Razzie Awards est bien entendu décernée à la "résolution" du Burn. Voici enfin l’explication tant attendue du plus grand mystère de l’Histoire de la galaxie, inaccessible à toutes les civilisations du 32ème siècle, et que seul Mary-Sue-du-23ème-siècle pouvait percer à jour :
À l’intérieur de la nébuleuse Verubin, le vaisseau KSF Khi’eth s’est crashé il y a 125 ans sur une planète entièrement constituée de dilithium. L’équipage est mort en raison de radiations létales de la nébuleuse, mais un bébé kelpien, Su’Kal, a survécu. Il a été élevé par les hologrammes du vaisseau dans un holodeck simulant un environnement de type médiéval-fantastique... hanté par un monstre virtuel créé à des fins pédagogiques/initiatiques. Le gamin a grandi, mais malgré son corps devenu adulte (plus que centenaire), il a conservé l’immaturité d’un enfant. Et jamais il ne vainquit le monstre fumeux (sorti de Lost) qui venait régulièrement le terroriser. Or chaque fois que Su’Kal avait peur, il se mettait à hurler, et ses cris provoquaient une réaction en chaîne qui se répercutait et faisait exploser de tout le dilithium dans toute la Voie Lactée (voire dans tout l’univers) ! Touché jusqu’à la déraison par le sort de cet "orphelin", plutôt que de retourner sur l’USS Discovery, Saru est resté avec Su’kal dans le Khi’eth pour lui chanter des berceuses afin qu’il n’ait plus peur du monstre. Voilà.
Encore plus psychédélique et magique que les sciences-pour-rires de la série Picard, voici donc venu l’Enfant imprégné des radiations de Verubin depuis le stade fœtal, qui non content d’avoir développé une immunité, a produit une espèce de super-pouvoir le faisant entrer en résonance sonore (dès qu’il est en crise et qu’il hurle) avec la planète en dilithium pour engendrer une onde subspatiale instantanée déclenchant et propageant la destruction du dilithium en tout lieu !!!
Alors faut-il croire que tous les minerais de dilithium de l’univers sont synchronisés à un niveau quantique, en dépit de leurs considérables variances de propriétés (cf. ST VOY 02x12 Thershold) et de souches ?! Doit-on même en déduire l’existence d’une déité animiste du dilithium ?! Est-ce à dire que le dilithium serait une forme de vie collective qui en aurait marre d’être exploitée par les amateurs de distorsion ?!
En réalité, il est plus probable que c’est le concept hautement discoverien de réseau mycélien qui a métastasé : ainsi, il y aurait également un "réseau dilithiumien" qui relieraient tout le dilithium à travers l’univers, et Su’Kal serait son prophète !
En amont, une planète – du moins naturelle – constituée exclusivement de dilithium (un minerai) est une aporie envers les modes de formation minérale des corps célestes solides, qui résultent toujours de combinaisons et des diversifications (anentropie), et non de filtrations et d’uniformisation (entropie).
En aval, la chronicité des crises de Su’Kal aurait dû engendrer de nombreux Burns successifs depuis 120 ans (et non un seul). Mais bah, le final de la saison révélera sans aucun doute que c’est la vision de la mort de sa mère, la Dr Issa, qui provoqua chez Su’Kal un hurlement si primal et si chtonien que l’onde de choc aura atteint toute la galaxie (voire tout l’univers), causant le big Burn. Les autres mini Burns restant des phénomènes locaux.
Malgré tout, pourquoi la planète de dilithium a-t-elle été épargnée par cette improbable réaction en chaîne de portée galactique ?
La pyramide de Ponzi s’est donc bel et bien effondrée, lamentablement qui plus est, comme à chaque fin de saison kurtzmanienne. Ce dénouement involontairement parodique au principal fil rouge de la saison 3 n’est-il pas la preuve la plus absolue que Mr. K et sa clique sont des huitres scénaristiques en panne d’imaginaire... ou alors qu’ils se payent délibérément la tête des trekkers... comme pour éprouver toujours davantage leur abyssale suspension d’incrédulité... peut-être afin de tester leur degré de tolérance en prévision des massacres2 que seront les prochains spin-off...

Pour ménager une diversion (et une dispersion) envers la chasse au trésor sérialisée (ou feuilletonnante) qui habille en réalité l’habituel système de Ponzi kurtzmanien, l’objet même du fil rouge (les origines du Burn) devient à son tour un MacGuffin jetable, puisque l’essentiel de l’attention est maintenant portée sur l’avènement en force et en gloire de la super-méchante-d’opérette-plus-stéréotypée-tu-meurs (Osyraa pour ceux qui ne suivaient pas) et qui va faire mordre la poussière à l’UFP... avant son ultime sauvetage messianique par l’archange Michael.
Le spectateur devra décidément avaler toutes les couleuvres, tandis que le trekker sera révulsé que la présence orionne se limite aux pires clichés mafieux, nullement bonifiés pour avoir été simplement déclinés au féminin, et si loin des explorations sociologiques proposées par des épisodes comme ST DS9 06x15 Honor Among Thieves et ST ENT 04x17 Bound.

Osyraa et sa flotte ont organisé des manœuvres militaires à proximité de Kaminar. C’est apparemment un piège pour attirer Saru et le très convoité spore drive. Malgré sa tentation d’y foncer tête baissée, l’amiral Vance convainc l’incontinent capitaine de l’USS Discovery de poursuivre sa mission dans la nébuleuse de Verudin aux sources du Burn. Félicitation à Saru qui prouve un peu plus dans chaque épisode à quel point son grade respire la dinette...

L’USS Discovery ne sera pas plus d’une heure aux abords de Verudin dans le quadrant gamma (juste le temps de déposer Saru, Culber, et Michael en orbite de la planète de dilithium où s’est crashé le KSF Khi’eth et ressortir de la nébuleuse aux radiations mortelles) que le super-croiseur Viridian (dix fois plus gros) sortira tranquillement de distorsion à proximité... alors que la Chaine d’émeraude s’exhibe au voisinage de Kaminar (à l’autre bout de la galaxie) !
Book invoquera bien le possible emploi d’un couloir de transdistorsion (malgré leur effondrement à la fin de VOY)... mais quand bien même, cette technologie borg de distorsion améliorée ne peut rivaliser en célérité avec le spore drive. Cette quasi-simultanéité d’arrivée dans une zone aussi éloignée de la galaxie est totalement invraisemblable et nonsensique.

Pire, comment la Chaine d’émeraude connaissait-elle la destination de l’USS Discovery ? Alors que cette information était bien ce que Fedefleet possédait de plus confidentiel, n’impliquant en fait dans le cercle des "initiés" personne d’autre que l’amiral Vance et l’équipage très 23ème siècle de l’USS Discovery ?
Or ce n’est même pas une hypothèse d’espionnage Alias-like qui fut envisagée dans le script, mais carrément la capacité d’Osyraa à suivre en temps réel tous les sauts en spore drive de l’USS Discovery !!!
Alors récapitulons : il s’agit d’une technologie profondément disruptive dont nul n’avait connaissance au 32ème siècle avant l’arrivée de l’USS Discovery (pas même partiellement étant donné ses fondements sans rapport avec l’existant selon les postulats mêmes de la série), à tel point que toute la matière grise de l’UFP est incapable de la comprendre et de la reproduire quasiment un an après ; et pourtant, il faudrait croire que pour avoir observé une seule fois son fonctionnement en orbite de Kwejian (dans DIS 03x08 The Sanctuary), une vulgaire bande de mafieux disposerait désormais tout naturellement des moyens de traquer son emploi n’importe où dans la galaxie, qui plus est en temps réel ?!
Un principe élémentaire d’homogénéité impliquerait que, pour réussir une telle performance, il faudrait que l’Emerald Chain connaisse et possède déjà cette technologie (ayant pourtant mis de nombreuses années à être développée au 23ème siècle sans jamais être reproduite depuis), ce qui du coup contredirait la convoitise dont fait l’objet le spore drive de l’USS Discovery.
Un autre principe, de non-localité cette fois (quadrivecteur de genre espace ou de genre temps) exclut qu’il soit possible de détecter en temps réel des événements se déroulant à l’autre bout de la galaxie, non seulement du fait que la vitesse de lumière est limitée dans le vide, mais également du fait que les transmissions subspatiales qui ne sont pas instantanées, et de surcroît subordonnées pour les communications à l’emploi de relais (pourtant prétendument HS au 32ème siècle). La seconde saison avait déjà infligé un semblable viol de la causalité relativiste avec des signaux rouges déployés à travers toute la Voie Lactée et pourtant immédiatement détectables de n’importe où…

Pourquoi la stratégie opérationnelle des commandants de l’USS Discovery consiste à ne jamais mettre vraiment à profit l’atout sans égal du propulseur mycologique (aussi scientifiquement improbable qu’il soit en amont) ?
À l’instar de Saru dans DIS 03x08 The Sanctuary qui aurait parfaitement pu échapper à tout contact avec Osyraa avant même son arrivée pour finalement se jouer d’elle en n’apparaissant qu’aux lieux et moments les plus efficients, Tilly aurait dû "jumper" à des milliers d’années-lumière de la nébuleuse de Verudin dès la détection d’un vaisseau inconnu en approche, pour réapparaitre directement en orbite de la planète de dilithium au moment convenu (env. quatre heures après) afin de récupérer le détachement au sol. Les auteurs se souviennent-ils seulement des 133 sauts enchainés imposée par Mirror-Lorca dans DIS 01x09 Into the Forest I Go pour percer les secrets de la technologie d’occultation klingonne, par surcroît à une époque où Stamets les maitrisait pourtant bien moins ?
Et pourquoi pas le scénario tactique de New Caprica dans BSG 2003 ? Après tout, la série accueille dans sa writer’s room Anne Cofell Saunders...
Mais absolument rien de tel ici : ni anticipation, ni hauteur de vue, ni mise à profit des énormes avantages tactiques de l’USS Discovery. Tilly préfère se contempler le nombril sur son nouveau trône en attendant l’arrivée d’Osyraa….
Oh, les scénaristes tenteront bien de nous vendre la défiance prophylactique de Sylvia qui refusera de croire en l’authenticité de la signature de la Fédération renvoyée par le croiseur Viridian de la Chaine d’émeraude avant sa sortie de distorsion (mais toujours au prix d’une valorisation artificielle de "l’héroïne" consistant à faire passer tous les autres officiers de la passerelle – Book excepté – pour de parfaits imbéciles tombant tous dans le plus grossier des panneaux). Une initiative invalidant largement cette fois l’hypothèse de la "lantern" à l’encontre de la Number One illégitime.
Mais le script ne fera aucun usage opérationnel de cette prétendue "lucidité" accrue (exactement comme dans ST 2009 lorsque Baby-Kirk claironnait à Pike avant la sortie de distorsion en orbite de Vulcain que c’était un piège). Parce que finalement, Tilly ne sonnera l’alerte rouge qu’après la sortie de distorsion du Viridian ennemi, et elle improvisera seulement ensuite une activation des boucliers occulteurs nouvellement installés (bonjour l’impréparation)… privant alors l’USS Discovery de son spore drive (pourtant essentiel en pareille situation). Puis dès le premier appel d’Osyraa, Sylvia lui répondra aussi sec (exposant son vaisseau à une "triangulation") rien que pour se la jouer devant elle, et aussi pour convaincre son équipage qu’elle est capable de tenir tête à la fameuse badass orionne ! Il n’en ressortira finalement qu’un concours de garces de soap, à celle qui aura la langue la mieux pendue et qui sortira le plus de vacheries, à la façon d’un match au sommet Alexis Carrington Colby (Dynasty) vs. Sue Ellen Ewing (Dallas). Ce qui situe au passage assez bien l’horizon des ambitions de la série...
Alors qu’une décision de commandement adulte et avisée envers le risque apocalyptique de voir tomber le spore drive entre les mains de l’Emerald Chain, aurait consisté à se rendre "véritablement invisible" avant même l’arrivée du croiseur (pourtant lourdement annoncé plusieurs minutes avant), c’est-à-dire à disparaître dans un autre bras galactique pour faire ensuite un usage chirurgical du spore drive, comme dans la première saison de DIS.
Qu’en dépit de ses considérables avantages tactiques et techniques, l’USS Discovery soit si vite tombé entre les mains funestes d’Osyraa, c’est aussi artificiel et incohérent que de n’avoir pas sauvé Airiam simplement en la téléportant à bord dans DIS 02x09 Project Daedalus.

Le "mini-Burn" provoqué par la grosse colère de Su’Kal face au monstre holographique aura permis aux protagonistes de comprendre la cause épique du plus grand et du plus meurtrier mystère galactique depuis plus d’un siècle. C’est donc un concept de fantasy qui aura signé les funérailles de l’UFP... tout comme de Star Trek depuis 2009 en fait...
Mais même dans l’articulation de ce concept science fantasy (aux relents dark), il subsiste des problèmes. Car le Burn originel a atteint quasi-simultanément la galaxie entière, moyennant des écarts de quelques microsecondes à des distances de plusieurs milliers d’années-lumière, sans laisser aux équipages de Starfleet (pourtant pas moins composés d’ingénieurs compétents) la possibilité de purger à temps les chambres de dilithium... devenu instable. Mais ici, le même phénomène en nature quoique pas en portée accuse des écarts de plusieurs secondes voire minutes sur moins d’une année-lumière, tout en laissant largement le temps aux équipages de se débarrasser du dilithium souvent explosif ! C’est bien sympa pour et respectueux de l’affectivité des spectateurs. Les conditions et les lois ont visiblement changé pour agréer les personnages du main cast...
En outre, au regard de la cause (les poussées de colère irrationnelles d’un enfant-adulte instable), il y aurait dû y avoir de multiples Burns depuis 120 ans, d’amplitudes diverses...

Mais ledit "mini-Burn" aura également eu pour effet de désactiver les systèmes occulteurs (mais néanmoins pas les boucliers) des deux vaisseaux antagonistes.
Là encore, aux antipodes d’une "lantern", les auteurs tenteront de crédibiliser Tilly en la montrant déterminée à ne pas laisser l’USS Discovery tomber entre les mains de l’ennemi, d’abord en annonçant abandonner (temporairement seulement) "l’away team" sur KSF Khi’eth, puis en déclarant qu’elle préférerait autodétruire le vaisseau au besoin… quitte pour cela à "choquer" son équipage de Bisounours.
Mais une nouvelle fois, rien que des mots, car aucun mesure extrême – pourtant de circonstance – ne sera prise. Pas même l’envoi (pourtant élémentaire) dans la salle des machines d’une équipe de sécurité armée jusqu’aux dents pour que nul intrus extérieur ne puisse mettre en danger le précieux Stamets et les opérations de black alert. Étant donné que le spore drive est désormais au centre de toutes les convoitises, il aurait dû être perpétuellement sous très haute surveillance...

En parallèle, ne supportant pas l’idée que sa chère et tendre Mary-Sue soit momentanément abandonnée à son sort par Tilly, il faudra que Cleveland Booker joue une seconde fois dans le même épisode les Han Solo avec son Faucon Millenium Transformers en se portant volontaire pour foncer à travers la nébuleuse Verubin pour aller chercher le détachement depuis l’orbite de la planète de dilithium. Mais ces précieuses secondes pour rejoindre son cargo et quitter le hangar à navette retarderont l’USS Discovery dans son saut en spore drive, ce dont profitera Osyraa. Cette "stratégie" de Book est d’autant plus absurde que durant le teaser, le simple fait de pénétrer dans la nébuleuse avec son vaisseau pour déterminer les coordonnées exactes du signe de vie kelpien auront valu à Cleveland de se prendre une dose de radiation mortelle, à tel point que seul le pilotage automatique lui aura valu de revenir vivant, suivi d’une séance de "récombination" d’ADN, lui et son chat Grudge. (Au fait quel rapport entre l’irradiation et une thérapie génique ?)
Mais maintenant, abracadabra, Book prétend traverser en cargo sans dommage aucun toute l’envergure de la nébuleuse jusqu’aux fameuses coordonnées, téléporter les membres de "l’away team" et les ramener sains et saufs. Ce qui sera effectivement le cas... parce que les auteurs le veulent bien. Syndrome typiquement discoverien : les mêmes causes dans les mêmes conditions ne produisent jamais les mêmes effets. En outre, dans le cas (le plus "optimiste") où l’USS Discovery aurait réussi à s’échapper en propulsion mycologique, Osyraa serait fatalement partie à la poursuite du cargo, découvrant la planète de dilithium convoitée par l’UFP. Auquel cas, Book était piégé (avec ou sans le détachement) tant que l’USS Discovery ne serait pas venu le récupérer en spore drive.
L’un dans l’autre, autant ne pas entreprendre cette équipée parfaitement inutile – ou carrément contreproductive comme l’épisode l’a montré malgré lui – puisque cela ne dispensait aucunement l’USS Discovery de devoir récupérer Burnham & cie au cœur de la nébuleuse.

Et c’est sans compter une foule de détails discréditants, mais dont la recension exhaustive flirterait avec le nitpicking...
Par exemple, l’annonce d’un spore drive inopérant juste après le "mini-Burn", pour qu’aussitôt Tilly donne l’ordre de s’en servir (mais pas vers la destination prévue).
Ou encore l’orbite qui laisse apparaître une telle trouée vers les étoiles que c’est à croire que la planète de dilithium est située à la périphérie opposée de la nébuleuse létale ! Du coup, pourquoi ne pas l’avoir simplement contournée ?

En sus, pour réussir le twist final, il faudra un petit coup de main de l’univers lui-même. En d’autres termes, les showrunners n’auront aucun scrupule à réécrire les fondements structurels du Trekverse… et même du Kurtzmanverse.
Ainsi, les forces d’Osyraa, habillées et cagoulées de noir tels des ninjas, n’ont aucune difficulté à se téléporter dans tous les emplacements stratégiques de l’USS Discovery (refité) à travers ses boucliers pourtant actifs, quand bien même pas forcément à 100% de leur puissance nominale (or même à 1% de puissance, une téléportation n’est pas possible à niveau technologique – mesure vs. contremesure – équivalent). De plus, les "envahisseurs" se téléportent précisément au moment où la black alert est engagée et le processus de spore drive lancé, ce qui aurait dû rendre ce télé-parachutage (beam) massif doublement impossible.
"Mieux", les reîtres d’Osyraa ciblent en priorité Stamets dans son cube sporique, et lui implantent immédiatement un casque de contrôle mental lui faisant aussi sec perdre tout libre arbitre (commode et c’est encore plus rapide que l’assimilation borg). Puis dans les minutes qui suivent, "Miss vert-de-gris" active le spore drive à destination de Fedefleet !
Mais bon sang, comment la Chaîne d’émeraude pouvait-elle avoir d’emblée une aussi parfaite connaissance du fonctionnement de cette technologie inconnue au 32ème siècle ? Au point de connaître dans les moindres détails la disposition de tous les équipements afférents à bord du vaisseau ! Au point de savoir la fonction exacte de chacun ! Au point de mettre en œuvre et maîtriser en seulement quelques instants cette technologie totalement inédite comme si elle était connue d’eux depuis toujours ! Alors que dans DIS 03x03 People Of Earth, même la "géniale" Adira n’était pas parvenue à en comprendre le dixième au terme de son inspection inquisitrice...
Et pourquoi l’indéboulonnable et l’invulnérable IA (Zora) de la Sphère rouge, dont la troisième saison de DIS n’a cessé de vanter la sentience et la bienveillance envers l’équipage, laisse-t-elle passivement l’USS Discovery (et par transitivité peut-être la Fédération entière) tomber entre les mains de pirates ?

Cerise sur la pièce montée : le saut en spore drive exécuté par Osyraa inclut non seulement l’USS Discovery mais également le gigantesque croiseur de l’Emerald Chain ! Alors faut-il en déduire que le gang de mafieux à su copier cette technologie en quelques secondes (là où Fedefleet n’y est pas parvenu en presque un an) ? Ou, plus vraisemblablement, la "môme vert-de-gris" est-elle parvenue à étendre le champ mycélien jusqu’à englober le Viridian pour l’inclure conjointement dans le saut de l’USS Discovery ? Mais alors, dans ce cas, comment se fait-il qu’une telle option de "couplage" n’ait pas été systématiquement utilisée par Fedefleet pour fournir de lourdes escortes à chaque sortie de son plus précieux vaisseau depuis qu’il fut offert en cadeau par le 23ème siècle ?

Plus généralement, en amont, c’est l’ensemble des épisodes, du moins depuis DIS 03x05 Die Trying, qui accusent une véritable irresponsabilité pour ne pas dire une nonchalance dans la relation au spore drive de l’USS Discovery... jusqu’à atteindre son zénith (ou plutôt son nadir) par cette issue tragique.
Dès lors que la saison 3 de la série vend cette technologie comme un "game changer" mais que l’UFP n’est capable ni de reproduire ni de s’en prémunir, tout en étant sinistrée au point désormais de craindre un groupe mafieux héritier du Syndicat d’Orion… comment est-il seulement possible que Fedefleet laisse l’USS Discovery gambader pour un oui ou pour un non dans la galaxie ?! Qui plus est sans escorte, sans armement capable de rivaliser avec ceux des croiseurs de la Chaîne d’émeraude, sans un système d’autodestruction radical voire automatique (au minimum de toute la technologie mycélienne), et sans un équipage majoritairement du 32ème siècle, c’est-à-dire rompu aux périls et aux rapports de forces inversés de ce siècle ?!
L’omniscience de la Chaine d’émeraude envers le spore drive, qui dans un univers réaliste ne pourrait s’expliquer que par une infiltration jusqu’à la moelle de Fedefleet, aurait dû au minimum se traduire par des protocoles beaucoup plus rigoureux. Mais ce fut exactement l’inverse, le QG dans sa bulle de distorsion n’ayant cessé d’être plus souple et complaisant que ne l’étaient ceux des 23ème et 24ème siècles (alors que l’UFP était pourtant au sommet de sa puissance).
En dépit des vraies qualités d’acteur d’Oded Fehr, c’est bien l’amiral Vance qui n’a pas été la hauteur de ses devoirs militaires (mais également sociétaux) en accédant à tous les caprices risibles de cet équipage accusant un millénaire de retard – de l’exigence de rester ensemble sans même accueillir à bord un seul officier de Starfleet du 32ème siècle... au non-remplacement de Saru (dès ses premiers signes de vulnérabilité et de conflits d’intérêt) aux commandes du plus stratégique des vaisseaux de l’UFP ; de la volonté d’être en première ligne à la moindre occasion... à la nomination fantaisiste de Tilly comme XO en passant par la sanction égocentrique de Burnham par Saru.
En somme, ce n’est plus seulement la résolution les doigts dans le nez du Burn par Mary-Sue-du-23ème-siècle qui fait passer en contraste les ressortissants du 32ème siècle pour des crétins, mais c’est leur propre impéritie organique et opérationnelle qui fait de Fedefleet la vedette de ST Idiocracy.
À moins que... à moins que... l’amiral Vance soit tout bonnement un traitre, à la solde de la Chaine d’émeraude ! Ce qui solutionnerait bien des absurdités tactiques... mais en engendrerait alors d’autres... Ne perdons jamais de vue que nous sommes dans une série du showrunner d’Alias, le roi des "twists pour le twists" et des complotismes risibles.

En aval, le comportement du personnel de l’USS Discovery n’est aucunement professionnel, a fortiori au regard des enjeux. Ainsi, en toute situation, seules les convenances personnelles décident des choix et des actes de tous les protagonistes :
- Adira et son gentil fantôme Gray réussissent à frapper de trivialité la condition à la fois profondément alien et métempsychotique des Trills pour en faire un teen soap estampillé "The CW". Autant dire que la série ne prend guère de risques, car il y a bel et bien un public pour... "ça".
- Stamets ne veut pas que Culber se joigne au détachement parce qu’icelui est son amant, mais aussi parce qu’avec Adira et Gray, ils forment une famille ou une communauté !!! On croit rêver. Sont-ils des officiers de Starfleet, des copains en virée spatiale, ou des militants des fiertés LGBTQIA+ ?
- Pour Mary-Sue, préparer mentalement Tilly à son premier commandement (en tant qu’acting captain), cela consiste à flatter encore davantage l’égo de cette dernière, à la convaincre d’avoir totalement mérité cette promotion au mépris d’un équipage plus expérimenté et qualifié qu’elle, à convoquer le copinage dans le cadre d’un mauvais JdR, à réduire la plus hiératique des fonctions à une vulgaire séance d’aérobic. C’est surtout une séance débagoulante de câlins, de mamours, de guimauve sirupeuse, de conseils feel good et sucrés (telle la protubérance sous l’accoudoir du fauteuil du capitaine à serrer bien fort pour "fixer l’instant")... bref, d’autosatisfecits narcissiques. Pouah !
- Saru se soucie surtout de ses semblables Kelpiens avec des émois de midinette, quitte à en négliger ses obligations les plus élémentaires vis-à-vis de l’intérêt collectif, son équipage et l’UFP elle-même. Ce lamentable travers symptômatique de la signature Kurtzman a émergé lorsque Saru a découvert dans DIS 03x08 The Sanctuary que le signal de détresse avait été émis par une Kelpienne, la Dr Issa. Et de fil en aiguille, Saru est devenu de plus en plus "dangereux", par exemple lorsque dans le teaser de DIS 03x11 Su’Kal, il expose vainement la vie de l’équipage par une plongée inconsidérée dans la très radioactive nébuleuse Verubin à la recherche des hypothétiques rescapés kelpiens. Il faudra la proposition héroïque – presque suicidaire – de Book (à savoir poursuivre seul cette investigation avec son vaisseau nettement plus récent) pour que Saru consente à rebrousser chemin et mettre son équipage à l’abri.
- Saru et Burnham n’ont cessé de faire pression sur l’amiral Burnham pour qu’il conserve intact les affectations originelles de l’USS Discovery, parce que l’allégorie ruisselante de mièvrerie éco-New-Age-holistique d’un organisme collectif vivant avait bien davantage d’importance que le réalisme, le pragmatisme et la stratégie. Du coup, l’USS Discovery, upgradé par des technologies accusant presque un millénaire d’avance, croise en plein 32ème siècle sans disposer d’un seul membre d’équipage qui en soit issu (hormis l’invité civil Book ayant d’ailleurs eu les plus grandes difficultés à se faire accepter car perpétuellement snobé par la capitaine) ! Résultat : Saru, Burnham et Culber se révèlent totalement impuissants à contrôler, réparer, et même simplement comprendre le fonctionnement d’un holodeck du 31ème siècle (puisqu’ils proviennent d’un siècle où les holodecks n’existaient même pas encore). Ils en sont alors réduits à recourir à la pauvre symbolique de la fantasy pour tenter de progresser dans les niveaux de ce holo-MMORPG du lointain futur.
- Alors que Su’Kal porte en lui la menace de déclencher un nouveau Burn à travers la Voie Lactée, les protagonistes continuent à se préoccuper surtout de ses états d’âme et se lamenter sur son enfance difficile. Mais il ne vient à l’esprit de personne de le téléporter de force pour l’arracher à sa forteresse de solitude holographique, ou à défaut de le neutraliser sur place (paralysie, coma, hibernation, voire mort) si nécessaire. Le minimum du réalisme aurait été d’inventorier froidement toutes les options possibles dans un cadre pragmatique priorisant l’intérêt général (comme l’auraient fait un Kirk ou un Picard en pareil cas), sachant tout de même que des milliards de vies sont en jeu...
- Eh bien non, l’épisode préfère consacrer toute son attention aux épreuves pédagogiques (ou initiatiques) infantiles créées par la Dr Issa à l’attention de son fils Su’Kal dans les entrailles du KSF Khi’eth, comme si un holo-pédo-RPG avait davantage d’importance que le destin de la Fédération (dont les héros se gargarisent pourtant depuis le début de la saison). Et si nul ne songe à évacuer "l’enfant" kelpien loin de son "réactif" (la planète de dilithium), c’est qu’il semble parfaitement naturel que son bien-être et son équilibre mental prime sur le sort de la galaxie. Est-ce cela, l’idéal kurtzmanien : le bon plaisir et le "droit au pathos" de quelques VIP l’emporte-t-il sur l’existence d’une infinité d’anonymes ?
- Et au royaume du soap ruisselant de niaiserie ad nauseam, Saru ira même exiger de Michael qu’elle reste aux côtés de Su’Kal pour l’empêcher de provoquer un nouveau Burn… alors que son espérance de vie sous l’effet des radiations n’est que de quelques heures ! Puis, lorsque sous l’autorité de Mary-Sue, Saru – nettement plus résistant à la radioactivité – consentira à rester, Culber décidera d’en faire de même, ce qui reviendra à se sacrifier à très brève échéance pour strictement rien… si ce n’est une posture mélodramatique et une réplique larmoyante. Curieusement, il était annoncé au départ que le délai non-létal sur le KSF Khi’eth était de quatre heures maximum pour les humains, mais dès lors que Hugh a décidé d’y rester, il s’est auto-octroyé un "rab" de 24 h ! Pratique. Tout comme l’arrivée clandestine d’Adira, porteuse de super-gélules anti-radiations.... qui va certainement accorder à Culber un délai de plus (cousu de fils blancs) en prévision des deux épisodes suivants qui s’annoncent mouvementés... Mais alors pourquoi le médecin en chef de l’USS Discovery n’a-t-il pas de lui-même embarqué ce remède vital lors de la constitution de "l’away team" ?! Cela relevait tout de même davantage de ses compétences (et de sa responsabilité) que l’impro sacrificielle à la dernière minute de Tal !
- Du coup, en la circonstance, Burnham a formellement raison de souligner l’inaptitude et l’irrationalité croissantes des décisions de son capitaine. Mais au regard de ses propres antécédents non moins émotionnellement incontinents, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Qu’importe, nous sommes toujours dans le Burnhamverse, et la souveraine Mary-Sue retire ainsi symboliquement à Saru ce qu’elle lui avait si augustement accordé dans DIS 03x03 Poeple Of Earth, à savoir la capitainerie de l’USS Discovery. Les grades, les sanctions, etc. c’est joli pour le décorum, mais il ne faut jamais oublier qui est la vraie patronne (ou reine).
- Peut-être que cette fois, Burnham se réserve la plus symbolique des fonctions trekkiennes, surtout après avoir sauvé (une nouvelle fois) le cul de la Fédé, et conformément aux pieux conseils de Mirror-Georgiou (« vous êtes prête pour le fauteuil ») à la fin de DIS 03x10 Terra Firma, Part 2. Un épisode de sinistre mémoire qui réussit encore à étendre ses tentacules sur celui-ci, ne fût-ce que dans son teaser qui débute à la façon d’un épilogue de la nauséabonde séance d’hommage collectif à Super-Hitler (l’overdose infligée par l’épisode précédent n’ayant visiblement pas suffi), mais également dans sa conclusion en suspens où tout est manifestement fait pour que le spectateur regrette amèrement que l’ex-impératrice terrane ne soit plus là pour matcher Osyraa. Une façon si inclusive de suggérer que "nos nazis" ont aussi leur utilité.

Conclusion

Symboliquement, nous assistons ici à la victoire ultime du paradigme de la fantasy sur celui de la science-fiction : le sort du dilithium – occupant désormais la place de l’Épice de Dune – et par extension la survie de la Fédération... sont subordonnés à l’achèvement du parcours initiatique d’un élu prédestiné : Su’Kal doit triompher du monstre de son enfance sinon l’univers ne s’en relèvera pas.
Mirez donc "l’audacieux" symbole freudien (à l’usage des cuistres) : les vaisseaux FTL explosent, les morts se comptent par milliards, des civilisations entières disparaissent dans toute la galaxie... chaque fois qu’un bébé centenaire kelpien pleure un peu trop fort à proximité d’un gisement de dilithium !!! Mais plutôt que de le téléporter loin de là pour mettre un terme à cette pantomime ubuesque... chut, ne le dérangeons pas, et chantons-lui des berceuses pour le calmer...

Le Kurtzverse est tel un Ouroboros se mordant la queue dans une déconnexion absolue du Trekverse : DIS a inventé au 23ème siècle les Kelpiens et le réseau mycélien (dont nul n’a jamais entendu parler dans le Trekverse historique même au 24ème siècle) pour finalement que ce soit un enfant kelpien en relation avec un réseau de dilithium modelé sur son homologue mycélien qui compromette l’existence de l’UFP du 32ème siècle... et que seuls les héros de la même DIS pourront sauver.
Outre d’être microscopique et replié sur lui-même, le Kurtzverse fait donc plus que jamais l’effet d’être un parasite greffé sur le Trekverse, tentant de réécrire son Histoire, ses souvenirs, ses mécanismes, ses causalités, ses idéaux, ses lois... mais finalement ne servant que ses propres intérêts (et de plus, fort mal) !

Il serait bien entendu tentant d’accorder quelques demi-points à l’épisode pour la qualité gothique de ses SFX/VFX qui claquent, pour l’onirisme médiéval-fantastique des holodecks éducatifs de Su’Kal, pour la tragédie personnelle de ce Kelpien élevé et éduqué par des hologrammes mais resté mentalement un enfant dans un corps devenu adulte, pour la surprise de découvrir le comédien Doug Jones sous ses véritables traits, ou encore pour le cliffhanger-de-la-mort-qui-tue à la fin de l’épisode...

Malheureusement, dans la mesure où rien de tout cela n’est amené d’une façon tant soit peu crédible, dans la mesure aussi où la construction narrative est un château de cartes holographique qui s’effondre avant même la phase de modélisation (alors ne parlons pas de la construction), où l’intégralité des "drames" destinés à émouvoir ou "accrocher" le spectateur auraient facilement pu être évités – et même ne se seraient jamais produits – dans un univers un minimum réaliste, où l’épisode est une collection encore inédite de nawaks et d’arnaques érigés en principes actifs, et où strictement aucune des promesses pompeusement déclamées dans les opus précédents n’auront été tenues... il y a manifestement rupture unilatérale de contrat.
Autant dire que cet épisode pré-conclusif – comme probablement la saison elle-même – mérite un zéro pointé.

YR

EPISODE

- Episode : 3.11
- Titre : Su’Kal
- Date de première diffusion : 24/12/2020 (CBS All Access) - 25/12/2020 (Netflix)
- Réalisateur : Norma Bailey
- Scénariste : Anne Cofell Saunders

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