Canción sin nombre : La critique
Canción sin nombre est un très bon film péruvien qui revient sur une affaire dramatique d’enlèvement d’enfant dans le pays pour les faire adopter ailleurs.
Le scénario de la réalisatrice Melina León et de Michael J. White s’inspire d’une affaire sur laquelle le père de celle-ci a travaillé au début de sa carrière de journaliste. En effet, de fausses cliniques aidaient les femmes à accoucher avant de leur prendre leurs enfants, ou ce dernier était déclaré mort pour ensuite pouvoir être adopté par d’autres personnes. Une pratique que l’on peut retrouver dans d’autres pays, notamment dans l’Espagne du temps de Franco ou des dizaines de milliers de femmes ont été concernées.
L’histoire suit une jeune épouse de 20 ans, pauvre, qui attend son premier enfant. Elle va être attirée par une clinique qui lui propose des soins gratuits avant de se rendre compte que son nouveau-né à disparu. Elle va alors contacter un jeune journaliste qui va enquêter afin de découvrir le fin mot de l’histoire et l’aider à retrouver son enfant.
La réalisatrice Melina León a préféré situer son histoire dans la fin des années 80 plutôt qu’au début de ces dernières quand l’affaire a explosé. Elle a aussi fait le choix d’un noir et blanc parfois granuleux et d’un 4:3 qui enferme les personnages dans un cadre étroit et qui fait aussi référence au format de la télévision de ces années-là.
Elle fait de très intéressant choix de mise en scène alternant une caméra qui se rapproche au plus près de ses personnages principaux, avant de l’éloigner pour les noyer dans un décor naturel qui semble les absorber. Certains passages ne sont d’ailleurs pas sans rappeler un conte très noir dans lequel les ombres prennent vie et soulignent les destinées de ceux en quête de vérité.
Le travail sur la photographie d’Inti Briones est vraiment réussi. Le noir et blanc est parfois très sombre la nuit, seulement éclairé par la chandelle des bougies, ce qui apporte un certain onirisme à certaines scènes proposées et qui sont souvent sans mots.
Le récit aborde aussi le groupe terroriste le sentier lumineux, sans le citer explicitement, qui a été responsable, entre autres, de nombreux attentats. Cette période de chaos est parfaitement représentée grâce aux extraits de journaux du début montrant l’instabilité de la période, aux messages de radio annonçant les morts et les attentats, et au couvre-feu très strict qui plane sur la ville de Lima, capitale du Pérou.
L’histoire laisse aussi une grande place au social, montrant des populations d’origine autochtone qui vivent dans une certaine précarité et ne sont pas bien considérées. De plus, elle évoque avec subtilité la famille ainsi que l’homosexualité qui est un sujet qui encore aujourd’hui entraîne des violences à l’égard de ceux qui le sont.
Le casting des comédiens professionnels et non-professionnels est très bon. Il faut saluer la remarquable prestation de Pamela Mendoza qui est incroyable en jeune femme souhaitant à tout prix retrouver sa fille. Cette dernière est criante de vérité et particulièrement attachante. Tommy Párraga est impeccable en jeune journaliste. Le comédien est très touchant dans sa quête de vérité et sa recherche d’une personne à aimer.
Il faut aussi signaler le travail délicat sur la musique de Pauchi Sasaki qui accompagne tout en douceur le drame de cette mère à qui on a pris son enfant. La compositrice utilise des sonorités de la musique locale pour ancrer le spectateur dans un récit se déroulant à hauteur d’homme.
Canción sin nombre est un très beau film, extrêmement touchant et faisant des propositions visuelles tout à fait intéressantes. Avec une histoire vraie qui mérite d’être dévoilée, deux comédiens qui sont impressionnants et une mise en scène qui sort de l’ordinaire, cette première réalisation d’un long métrage de Melina León mérite vraiment d’être vue, et la réalisatrice assurément d’être suivie de près.
Touchant et imagé.
SYNOPSIS
Pérou, au plus fort de la crise politique des années 1980. Georgina attend son premier enfant. Sans ressources, elle répond à l’annonce d’une clinique qui propose des soins gratuits aux femmes enceintes. Mais après l’accouchement, on refuse de lui dire où est son bébé. Déterminée à retrouver sa fille, elle sollicite l’aide du journaliste Pedro Campos qui accepte de mener l’enquête.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 37
– Titre original : Canción sin nombre
– Date de sortie : 22/06/2020
– Réalisateur : Melina León
– Scénariste : Melina León, Michael J. White
– Interprètes : Pamela Mendoza, Tommy Párraga, Lucio A. Rojas, Maykol Hernández, Lidia Quipse, Ruth Armas
– Photographie : Inti Briones
– Montage : Melina León, Manuela Bauer, Antolín Prieto
– Musique : Pauchi Sasaki
– Costumes : Gisella Ramírez
– Producteur : Melina León, Michael J. White, Inti Briones pour Torch Films, La Vida Misma Films, MGC Producciones Cinematográficas y Audiovisuales
– Distributeur : Sophie Dulac Distribution
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