Les bétaillères à humains
NuqneH !
Je vous expliquais la semaine dernière les incohérences humaines. En voilà une autre : ils traitent mieux le bétail qu’ils mènent à l’abattoir, que leurs propres concitoyens dans les transports en commun de surface.
Je fis récemment un petit voyage dans une grande ville comportant deux îles en son centre, qui eût été splendide si elle n’avait eu le tort d’avoir des habitants. Elle manque aussi de logique : disposant d’un superbe derrick de 324 mètres sur la rive gauche de son fleuve, la raffinerie est plus loin et sur la rive droite ! Bizarre…
Je me trouvai donc dans cette riante capitale, pour des raisons que je préfère ne pas dévoiler ici, étant investi d’une mission top secrète de la part du Haut Conseil de l’Empire. (Il a voulu visiter le quartier chaud et ses petites "mamazelles" - note du traducteur, qui se trouve, par un étrange hasard, être en même temps l’auteur) J’ai dons été amené à prendre un de ces véhicules qu’ils appellent BUS (je ne sais pas ce que veut dire cet acronyme, mais je pencherais pour Bétaillère Urbaine Sadique). Après avoir attendu 30 minutes un exemplaire de ce "BUS" (alors qu’ils en annonçaient un toutes les 5 minutes), il arriva bondé de monde. Les portes, qui n’avaient pu fermer complètement, laissaient passer des bras, des jambes, des sacs… Certains voyageurs étaient juchés sur le toit, d’autres agrippés aux poignées externes.
Il s’arrêta enfin, laissant échapper un flot de personnes plus ou moins valides. Certains furent emmenés en brancard. Un passager me fit remarquer avec plaisir qu’il n’y avait eu aucun mort cette fois-là, tandis que plusieurs individus louches s’enfuyaient en courant. L’aimable passager, devinant ma qualité d’étranger, me confia alors qu’il s’agissait simplement de voleurs, qui grâce à l’aide que leur fournissait aimablement la société régissant ces voitures en entretenant en permanence une surpopulation record - une certaine RATP (Réunion Arnaqueuse de Truands Patentés) - ils pouvaient impunément dérober tout ce qu’ils voulaient, tant les gens étaient serrés.
Je voulus entrer à mon tour. Impossible, tous ceux qui attendaient s’étaient rués vers l’engin, frappant, cognant, estropiant leurs voisins dans l’espoir de trouver une petite place pour enfin se caser. Renonçant à sortir mon D’K’Tahg, je rebroussai chemin, me demandant bien à quoi rimait ce combat quotidien perdu d’avance.
Nos combats sont plus sanglants, peut-être, mais ils ont plus de panache et de raison !
De retour à mon hôtel - à pied - j’écoutais les infos afin de savoir comment s’était terminée cette foire d’empoigne. Rien. Le garçon d’étage m’expliqua qu’on ne parlait jamais de ça, tant c’était inintéressant, quotidien et réitéré dans tous les coins de la ville. Il me conseilla de me coucher et de calmer ma timidité d’étranger dans un bon sommeil réparateur.
J’eus quand même la satisfaction de l’embrocher de mon Bat’leth - après lui en avoir donné un - avant de me coucher, afin de laver mon honneur. J’en dormis bien mieux.
Et comme disait Khaless : "Toute ressemblance avec des événements ayant réellement existé ne serait que pur hasard…"
Qapla’
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