Une chanson douce
NuqneH !
A la fin d’une longue journée, harassé par les multiples occupations primordiales qui m’avaient occupé de 16 heures à 17 heures, je me retrouvai dans un transport en commun de type banal, style bétaillère à travailleurs de force, entassés pêle-mêle dans ces cages à roulettes cacochymes qu’on voudrait nous faire préférer à nos véhicules personnels.
Les "voyageurs" de ce convoi hélas pas du tout exceptionnel, étaient particulièrement agressifs, se défoulant de sept heures de travail, passées à se faire rabaisser par de petits chefaillons à jouissance humiliatrice, à satisfaire des clients si tant plus exigeants envers les autres qu’ils ne pouvaient l’être envers eux-mêmes… Et rentraient chez eux retrouver leurs gosses brailleurs, chamailleurs, leur conjoint au moins aussi exténués qu’eux, avec à la clé, une ou deux factures qui les attendaient sagement au courrier du soir…
Et ça se bousculait, se faufilait en s’accrochant le sac, se marchait sur les pieds, les tentacules, les pseudopodes ; se rentrant le parapluie dans l’oreille, l’antenne dans l’œil…
Et ça s’engueulait, s’invectivait hargneusement, en un brouhaha percé de temps de temps par la sonnerie d’un portable acousticomerdo polyphonique qui vous jaillissait comme un Ferengi d’un portefeuille…
Mes oreilles n’en pouvaient plus, mes yeux se fermaient de rage, mes mains se serraient de désespoir ; et j’avais encore une heure à supporter ce bétail puant, dont j’étais par ailleurs un des pires fleurons…
Aucune échappatoire, aucune libération anticipée ne pouvaient m’affranchir de cette geôle démoniaque qui me rongeait lentement le seul neurone encore capable de fonctionner…
Lorsque je vis, dans un petit coin retiré, une maman avec son enfant sur les genoux, qui, tout en lui donnant le sein, chantonnait une chanson douce. Cette "salve d’or" musicale coulait doucement de la bouche de la maman vers les yeux adoratifs de l’enfant. Ils étaient seuls, seulement préoccupés l’un de l’autre, comme deux amoureux seuls au monde, uniquement reliés et nourris de leur amour réciproque.
Et soudain, nous n’étions plus que trois, dans ce bus infernal. Je n’entendais que cette délicate mélopée, j’avais été invité dans leur oasis de paix, loin des furieux et des méchants, victimes d’eux-mêmes. Je les regardais, hors du monde, se vivre l’un l’autre en une danse sans fin vers l’apaisement mutuel…
Je ne vis pas l’heure restante passer, et me retrouvai chez moi, encore tout étonné de ce que je venais de voir. Comme un petit chien, quelques mois, plus tôt, ce petit signe du ciel m’avait fait découvrir le soleil derrière les nuages. Derrière mes nuages.
Je me couchais serein, ce soir-là, une chanson dans la tête. Je crois bien que c’était l’air de cette maman…
Et comme disait Khaless : "N’avait-il pas bu ? Cette maman ne venait-elle pas plutôt d’un délirium très mince ?"
Qapla’
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