Au cœur de l’Océan : La critique
A l’annonce du projet, je n’avais pas pu m’empêcher de soupirer et de penser que le film serait une nouvelle tentative de jumeler grand spectacle, performance d’acteur labélisé Oscar et accessoirement de recycler une histoire déjà mainte fois racontée sur grand et petit écran, j’ai nommé Moby Dick. Au cœur de l’océan, c’est à la fois ça et beaucoup plus.
L’intérêt premier, c’est que ce n’est pas du tout Moby Dick. L’histoire est racontée via l’intermédiaire du jeune Herman Melville, obsédé par les rumeurs qu’il a entendu sur le naufrage du baleinier Essex et qui a décidé de trouver l’inspiration à la source avec le témoignage d’un des uniques survivants. Et si on comprend bien ce que Melville en a retiré, la véritable histoire est bien différente, dramatiquement sale. Les allers-retours entre l’évocation du drame et la relation de confiance qui s’installe entre l’écrivain et le marin, traumatisé par ses souvenirs, permets également au film de trouver ses respirations, même si quelques longueurs sont à déplorer.
La confrontation entre le capitaine George Pollard (Benjamin Walker) et son second Owen Chase (Chris Hemsworth) est la colonne vertébrale caricaturale du film, tout du moins à son début. Hemsworth déborde littéralement de testostérone. A côté de ce marin sévèrement burné, Thor est une Drag Queen. Dans le même temps, le personnage joué par Walker semble effacé et transparent. Cette impression de départ s’estompe intelligemment voire s’inverse avec le naufrage qui révèle le caractère du capitaine et fragilise le second.
Les seconds rôles sont tous très bons comme les fantastiques Cillian Murphy et Brendan Gleeson. Ce dernier joue le marin survivant traumatisé. Dans les souvenirs, à l’époque où il était un jeune mousse, le personnage est interprété par le futur Spiderman dans le re-reboot du super-héros. Pas difficile de comprendre le choix de Marvel, Tom Holland montre ici talent et charisme pour son jeune âge.
Reste ce qui m’a le plus gêné, les effets spéciaux. A aucun moment, je n’ai cru à ce que je voyais. Pour mon œil, la nature numérique des SFX est trop présente. L’eau, les paysages de ville d’époque, le feu sur le bateau, les baleines, rien ne fait totalement vrai. Du coup, dans les moments d’action, je me suis retrouvé comme exclu de l’histoire, mon cerveau n’arrêtant pas de me dire que c’était faux. Pour vous donner un exemple, dans une chasse, Hemsworth plante le harpon dans un cachalot qui se met à entraîner la barque sur la mer. Et bien derrière la vague numérique du sillage du cétacé, je ne pouvais pas faire autrement que d’imaginer le bateau à moteur qui tirait la frêle embarcation.
A voir donc pour le travail des acteurs et la vision originale sur l’œuvre de Melville.
FM
Au cœur de l’océan est un beau film marin qui revient sur l’histoire vraie qui a inspiré Herman Melville pour son célèbre Moby Dick. Certes la rencontre entre l’auteur et le jeune mousse vieillissant n’a jamais eu lieu, mais c’est le point de départ narratif du film qui permet à ce dernier de dérouler les moments clés de cette grande tragédie navale.
L’histoire est donc en deux sections imbriquées, celle de l’auteur qui retranscrit les aventures de la baleinière Essex, et celle des marins du bateau qui vont essayer de sauver leurs vies.
Les acteurs sont très bons dans leurs rôles et on retrouve un Chris Hemsworth sobre, loin de ses apparitions en super-héros. Il interprète avec conviction un homme dons les rêves de capitainerie sont bridés par la naissance d’hommes plus riches que lui dont la préséance vaut sur la compétence.
Benjamin Walker joue avec vérité le pendant bien né du personnage principal. Les deux acteurs se complètent bien et le ressort dramatique qui se noue entre eux est le cœur même de la tragédie et du film.
Le spectateur pourra aussi découvrir le futur Spiderman avec une belle composition de Tom Holland qui a une présence certaine à l’écran.
Les acteurs ont d’ailleurs tous beaucoup donné de leur personne en acceptant de maigrir drastiquement pour rendre crédible les jours passés en mer à errer sans pratiquement rien à manger et boire sur de frêles esquifs.
Ron Howard réalise un nouveau beau film impressionnant dont les scènes maritimes marchent à merveille. Le bateau est très bien reconstitué et on a vraiment l’impression de se retrouver au cœur de cette baleinière. Du coup, c’est un peu dommage que les effets numériques ne soient pas aussi réalistes et si la baleine blanche a été bien travaillée, les autres effets manquent de finition ce qui leur donne parfois une impression d’irréalité et convainc moins le spectateur de ce qu’il voit à l’écran.
Au cœur de l’océan est un bon divertissement, qui nous emmène très loin de ce que l’on a d’habitude de voir, au cœur d’une chasse à la baleine qui tourne mal. Avec un grand niveau de réalisme, des acteurs impliqués, une très belle photographie et un magnifique bateau, c’est clairement une œuvre à voir sur grand écran.
Attention toutefois car les scènes de chasse à la baleine, même si elles sont édulcorées, pourraient rebuter les amateurs de ces grands mammifères. Toujours est-il qu’elles sont fidèles à ce qui se passait à une époque révolue dans laquelle l’huile de baleine éclairait le monde entier et faisait sortir les grandes villes de l’ombre où elles étaient plongées lorsque la nuit venait.
Un film passionnant, un bel hommage à la nature et au final une intemporelle histoire d’hommes.
IA
SYNOPSIS
Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l’embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 2 h 02
– Titre original : In the Heart of the Sea
– Date de sortie : 09/12/2015
– Réalisateur : Ron Howard
– Scénariste : Charles Leavitt d’après l’œuvre de Nathaniel Philbrick
– Interprètes : Chris Hemsworth, Benjamin Walker, Cillian Murphy, Ben Whishaw, Tom Holland, Brendan Gleeson, Charlotte Riley et Frank Dillane
– Photographie : Anthony Dod Mantle
– Montage : Daniel P. Hanley et Mike Hill
– Musique : Roque Baños
– Costumes : Julian Day
– Décors : Mark Tildesley
– Producteur : Will Ward, Brian Grazer, Joe Roth, Paula Weinstein et Ron Howard pour Warner Bros, Village Roadshow Pictures, Spring Creek Productions, Cott Productions et Imagine Entertainment
– Distributeur : Warner Bros. France
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