Les Sans-Espoir : La critique
On pourrait présenter Les Sans-espoir comme un film historique dont l’action se déroule dans une prison à Budapest, en 1869, soit près de deux décennies après la défaite de la révolution de 1848 contre l’Empire Austro-Hongrois. Les prisonniers sont soupçonnés de faire partie des Sans-espoir, d’anciens bandits qui ont lutté contre l’autorité Habsbourg pendant l’insurrection de 1848. En vérité, la force principale du film, est que son cadre semble à la fois intemporel et universel. Les Sans-espoir est à la fois réaliste, car il montre des éléments propres à cette époque mais aussi très abstrait car la puissance du récit fait qu’on a rapidement l’impression que l’action pourrait avoir lieu dans n’importe quelle prison situé dans un lieu un tant soit peu désertique dans le monde.
Les Sans-espoir ressort dans le cadre d’une retrospective de son réalisateur Jancso à la Cinémathèque française. Sorti pour la première fois en France en 1966, le film est présenté ici dans une version restaurée numérique au rendu assez impressionnant qui fait ressortir le travail rigoureux de mise en scène du réalisateur. De nos jours, les plans dans les films s’enchaînent de plus en plus frénétiquement pour donner un certain rythme dans l’ère du temps. Ici, place à de long plans-séquences, avec des cadrages très soigneusement choisis afin de laisser le langage cinématographique s’exprimer dans sa forme le plus pure. C’est sublime et les amateurs apprécieront le travail remarquable de la mise en scène.
L’intrigue quant à elle, semble poser les bases du torture-porn movie apparu dans les année 2000, mais avec infiniment plus de subtilité dans son exécution, bien entendu. Rappelons que ce sous-genre de cinéma correspond à des histoires dramatiques, souvent désespérées et rarement avec « un happy end », où des individus se retrouvent à la merci de sadiques pervers agissant en solo mais aussi quelquefois en groupe. Alors bien sûr, à quelques rares exceptions près, il n’y a pas d’effusion de sang ici, mais les différents geôliers savent quels méthodes psychologiques cruelles utiliser pour forcer les prisonniers à trahir leurs compagnons. La torture, l’usage de la violence et la manipulation, voilà des choses que nous retrouvons de plus en plus souvent dans le cinéma moderne, ou dans les séries télé car elles sont vecteurs de sensations fortes. Ici, tout est montré de manière clinique et épurée ce qui renforce grandement l’impact sur les spectateurs. A ce titre, si vous pensiez que la marche de la honte de Cersei dans Game of Thrones était unique en son genre, vous découvrirez en regardant ce film que Jancso avaient déjà eu l’idée de mettre en scène cette forme d’humiliation suprême il y a près de 50 ans.
Bien entendu, il serait injuste de résumer Les Sans-espoir comme étant uniquement un torture-porn avant l’heure. Comme a pu le faire George Orwell dans son roman 1984, le film est avant tout une dénonciation implacable des méthodes employés par les régimes totalitaristes. On ressort du film assez secoué, tant on a l’impression que ce qui nous est montré reste dans l’ère du temps, et appartient indubitablement au patrimoine culturel des choses ignobles dont est capable l’humanité. La fin du film, que Martin Scorcese considère comme « une des meilleures scènes finales de l’histoire du cinéma », est assez surprenante de cruauté et achève de nous convaincre de se battre pour que jamais, au grand jamais, des événements similaires puissent se reproduire chez nous.
Au final, Les Sans-espoir est un film à la puissance évocatrice assez incroyable. Les cinéphiles les plus exigeants sauront sans aucun doute apprécier ce film novateur. Les autres, ne passez pas votre chemin ! Vous risqueriez de passer à côté d’une pépite dont le contenu continuera de vous hanter un long moment...
SYNOPSIS
Budapest, 1869. En ces temps de disette, les crimes et les vols se multiplient. Le peuple, accablé par un pouvoir impitoyable, chante encore la rébellion des sans-espoir, qui ont défié l’autorité en participant à l’insurrection de 1848. Les derniers partisans, devenus brigands, sont pourchassés par le comte Gédéon Roday, le commissaire général qui a juré de les exterminer par tous les moyens. L’action prend place dans un fortin isolé où sont regroupés des paysans soupçonnés de faire partie des sans-espoir.
BANDE ANNONCE
FICHE TECHNIQUE
– Durée du film : 1 h 35
– Titre original : Szegenylegenyek
– Date de sortie : 01/06/2015
– Réalisateur : Miklos Jancso
– Scénariste : Gyula Hernádi
– Interprètes : Janos Gorbe, Zoltan Latinovits, Tibor Molnar, Gabor Agardi
– Photographie : Tamás Somló
– Montage : Zoltán Farkas
– Costumes : Zsuzsa Vicse
– Décors : Tilda Gáti
– Producteur : MAFILM IV. Játékfilmstúdió
– Distributeur : Clavis Films
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