Mandarins maudits

Date : 20 / 01 / 2008 à 00h00

NuqneH !

Deviendrai-je acariâtre ? La semaine dernière, je pestai contre le sport qui envahissait nos ondes, et ce jour, j’ai un nouveau coup de gueule à pousser. Bien plus grave celui-là. Bien plus douloureux…

Ayant appris la maladie grave d’un vieux compagnon de lutte cher à mon cœur, je me suis rendu à son chevet, sur Cestus XVII, connu pour être le centre médical le plus capable de ce quadrant de la galaxie. Ici, pas de maladie qui résiste, pas de virus qui surnage, pas de bactérie qui puisse espérer une quelconque survie. Les connaissances et le savoir-faire de ces grands pontes est époustouflant et celui qui a assez d’argent peut être sûr de guérir. Car il en faut ! Plus le mandarin est envolé dans sa science, plus la note est lourde dans sa ponction.

Mais voilà, mon ami n’est pas un malade comme les autres ! Suite à un tir de disrupteur mal placé, sa moelle épinière a été sectionnée en partie. Il souffre de plus en plus, mais sa vie n’est pas en danger. Pas de virus inconnu à découvrir, pas de micro-organisme à traquer de la seringue. Aucun défit à relever pour ces champions de la médecine. Pas de gloire à ramasser en tordant le cou à une nouvelle maladie extraordinaire. Rien qu’un vieux guerrier qui souffre. Comme tous ses nombreux amis se sont réunis pour lui payer des soins de premier ordre, les médicastres ne peuvent le renvoyer purement et simplement. Alors ils le gardent, lui faisant des examens qu’ils oublient, puis les refont et les re-refont, ponctionnant ainsi une nouvelle cotisation à la souffrance.

Mais surtout, en plus de l’oublier consciencieusement, ils ne lui parlent pas. Il est le cas n° X, dans la chambre n° Y, le malade qui gêne parce que pas intéressant mais fortuné. Alors on l’ignore, on lui fait passer le message par la secrétaire, la sous-fifre qui, elle, est resté humaine, mais n’est pas dépositaire du savoir et ne peut donc pas répondre.

Et s’il insiste, on lui fait comprendre qu’on est déjà bien gentil d’accepter son sale argent de "malade-qui-n’a-pas-d’intérêt".

Ils ont oublié, ces sommités qui ont la tête dans les étoiles, que si l’on a les pieds dans la fange, le corps se gangrène quand même. Que si l’on cesse d’être humain, si l’on sépare le corps de l’âme, on ne peut plus rien. Qu’un sourire sincère et un peu de temps passé peut parfois être aussi efficace que trois kilos de brachiosolicaxifide ou un litre de broutchlagosiframine en gélule. Et oui, messieurs. Vos malades ont besoin d’humanité, même s’ils ne sont qu’humanoïdes.

Mais c’est l’heure d’aller me coucher, allez zou ! Heu, j’y pense : je parle de Cestus XVII, bien sûr. Il est bien évident que nulle part ailleurs, cela ne pourrait se passer ainsi ! Hein ? Non ?! Ooohhhh….

Et comme disait Khaless : "C’est de l’ironie, ça ? J’en ai bien l’impression !"

Qapla’


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