House of Gucci : La critique

Date : 23 / 11 / 2021 à 13h45
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Unification


Malgré ses 83 ans, Ridley Scott nous régale cette année, en sortant à un mois d’intervalle deux films que l’on peut considérer comme majeurs dans sa longue filmographie. Il y a tout d’abord eu Le dernier Duel, le fruit de sa collaboration avec Matt Damon et Ben Affleck, un film très réussi se déroulant au Moyen-âge en mode Rashomon d’Akira Kurosawa sur le dernier duel judiciaire connu en France. Malheureusement, le film a été un bide aussi énorme qu’injuste au box-office, ce qui n’empêche toutefois pas la sortie de House of Gucci, l’adaptation du roman de Sara Gay Forden racontant les coulisses familiales de la marque de luxe italienne, dont les frasques ont abouti à un crime particulièrement sordide dans les années 90.

Même si vous n’avez pas du tout idée de ce que le film va raconter, la scène d’introduction vous fait tout de suite comprendre que les choses vont mal tourner pour le personnage joué par Adam Driver, l’interprète de Maurizio Gucci, le protagoniste principal du film... Jusqu’à quel point et pour quelles raisons, ce sont bien entendu ce que va nous révéler le film d’une durée de 2 h 37 minutes, que pour ma part, je n’ai pas du tout vu passer.

Le film repose pourtant sur des situations déjà vues ailleurs et que la narration linéaire ne cherche pas vraiment à user des artifices les plus répandus comme des flash-backs pour maintenir l’attention du spectateur. On est dans quelque chose aussi de très classique en terme de narration avec les séquences de présentation des personnages pour poser les enjeux auxquels se succède l’arrivée des problèmes et des conflits, puis leurs tentatives de résolution, jusqu’à la chute finale où nous n’avons plus qu’à constater l’étendue des dégâts. Pour dire les choses clairement, on est très loin des effets stylistiques d’un Loup de Wall Street, mais aussi de certaines outrances qu’on aurait pu imaginer de la part de Scott, qui n’a jamais rechigné à montrer la violence de manière très crue dans ses films. Contre toute attente, House of Gucci séduit et surprend grandement par la fluidité de sa narration que l’on pourrait qualifier d’exemplaire.

Ainsi, c’est un véritable plaisir de voir évoluer les membres de cette famille aussi riche que dysfonctionnelle, surtout qu’ils sont tous formidablement campés par un casting au firmament de son art. Sur le papier, le casting du film était dingue et Scott a réussi à tirer de chacune de ses stars le meilleur. À commencer par Lady Gaga qui confirme l’étonnant talent d’actrice qu’on lui a découvert dans A Star is Born. Elle incarne ici un étonnant portrait de femme amoureuse, dont l’ingénuité cohabite avec une ambition extrême la rendant fascinante de bout en bout. L’objet de son désir est l’incroyable Adam Driver qui retrouve de nouveau le réalisateur américain alors qu’il vient de jouer pour lui dans Le Dernier duel. Dans le rôle d’un héritier timide qui, sous l’influence de sa femme, va se révéler, il crève l’écran. En voyant sa prestation, les fans de Stars Wars ne pourront que continuer de grincer les dents en repensant à la façon dont son immense talent a été sous-exploité dans la dernière trilogie.

À leurs côtés, Jared Leto qui depuis Chapitre 27 où il incarnait l’assassin de John Lennon, s’est fait une spécialité dans le fait de se rendre quasi-méconnaissable, joue le rôle de Paolo, le mal-aimé de la famille Gucci. Sa prestation va sans doute diviser, mais pour ma part, j’ai trouvé que son rôle d’homme-enfant à la Philippe Katerine apportait une touche d’humour bienvenue. Enfin, dans les rôles des patriarches, Al Pacino fait du (très bon) Al Pacino et Jeremy Irons est comme toujours impeccable.

Pour achever de vous convaincre de la production en tous points impeccables du film, est-il nécessaire de dire à quel point la mise en scène est travaillée, les costumes d’époque flamboyants et les décors majestueux ? Il faut dire que sur ces aspects et ce même pour ses films les moins réussis, le père Scott ne nous a jamais déçus.

Hasard du calendrier, House of Gucci sort en France le même jour qu’Encanto, le dernier Disney, dans lequel l’héroïne se démène pour sauver l’unité de sa famille, alors que les fondations représentées symboliquement par leur demeure magique, menacent de s’effondrer. À travers le parcours de Maurizio, le seul des Gucci suffisamment lucide pour se rendre compte du comportement toxique de ses proches, on comprend que malgré toute la bonne volonté du monde, la soif de pouvoir et de richesse rend impossible l’établissement de liens véritables et va même jusqu’à créer des monstres. En vérité, depuis Alien, le huitième passager, Ridley Scott n’aura de cesse dans sa filmographie que de vouloir nous révéler et nous décrire scrupuleusement le monstre enfoui en chacun de nous.

Appâté par son casting prestigieux, est-ce que le public se laissera tenter cette fois-ci par la nouvelle œuvre pessimiste du grand maître du septième art ? De toute façon, que le film soit un succès ou pas dans les salles, cela ne l’empêchera pas de tourner l’année prochaine son film sur Napoleon, incarné par Joaquim Phoenix et que l’on ne pourra voir qu’en streaming via la plateforme Apple TV+ !

SYNOPSIS

Gucci est une marque reconnue et admirée dans le monde entier. Elle a été créée par Guccio Gucci qui a ouvert sa première boutique d’articles de cuir de luxe à Florence il y a exactement un siècle.
À la fin des années 1970, l’empire italien de la mode est à un tournant critique de son histoire. Si l’entreprise rayonne désormais à l’international, elle est handicapée par des rumeurs de malversations financières, une innovation en berne et une dévalorisation de la marque. Le groupe est dirigé par les deux fils du fondateur – Aldo, personnage rusé et haut en couleur, et son frère Rodolfo, beaucoup plus froid et traditionnel.
Pugnace, Aldo n’a pas la moindre intention de céder le contrôle de l’empire à qui que ce soit – et certainement pas à son fils Paolo, garçon fantaisiste qui aspire à devenir styliste. Quant à Maurizio, fils timide et surprotégé de Rodolfo, il a davantage envie d’étudier le droit que de diriger un groupe de luxe mondialisé.
C’est alors que Maurizio tombe amoureux de la ravissante et manipulatrice Patrizia Reggiani et, contre l’avis de son père, décide de l’épouser. Lorsque Aldo se découvre des affinités avec Patrizia, il réussit, avec l’aide de la jeune femme, à convaincre son neveu de renoncer à ses ambitions juridiques pour intégrer l’entreprise dont il devient, de facto, le probable héritier. Ce qui ne manque pas de nourrir la rancoeur de Paolo, dont le talent n’est pas à la hauteur de ses rêves artistiques…

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

- Durée du film : 2 h 37
- Titre original : House of Gucci
- Date de sortie : 24/11/2021
- Réalisateur : Ridley Scott
- Scénariste : Roberto Bentivegna, Becky Johnson d’après l’oeuvre de Sara Gay Forden
- Interprètes : Lady Gaga, Adam Driver, Al Pacino, Jeremy Irons, Jared Leto, Jack Huston, Salma Hayeck
- Photographie : Dariusz Wolski
- Montage : Claire Simpson
- Musique : Harry Gregson-Williams
- Costumes : Janty Yates
- Décors : Arthur Max
- Producteur : Metro Goldwyn Mayer, Scott Free Productions, Bron Studios
- Distributeur : Universal Pictures International

LIENS

- SITE OFFICIEL
- ALLOCINÉ
- IMDB

PORTFOLIO

House of Gucci



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