House of the Dragon : Critique 1.04 Le Roi du détroit

Date : 13 / 09 / 2022 à 14h30
Sources :

Unification


HOUSE OF THE DRAGON

- Date de diffusion : 12/09/2022
- Plateforme de diffusion : OCS
- Épisode :1.04 Le Roi du détroit
- Réalisateur : Clare Kilner
- Scénariste : Ira Parker
- Interprètes : Emma D’Arcy, Paddy Considine, Matt Smith, Milly Alcock, Rhys Ifans, Olivia Cooke, Steve Toussaint, Eve Best

LA CRITIQUE

Cette semaine, HBO poursuit donc sa plongée fascinante dans les institutions de la maison absolutiste targaryenne en ralentissant la progression temporelle pour le grand bien de ses personnages et de ses enjeux narratifs.

La Guerre du détroit a eu lieu

Une monarchie absolue ne souffre d’aucune contestation et ne peut tolérer l’existence d’une quelconque expression de pouvoir, autre que la sienne. En témoigne, la guerre des « degrés de pierres » menée par l’alliance des Velaryon et Daemon Targaryen contre le royaume des « trois filles » incarné par les cités de Lys, Tyrosh et Myr.

Cette guerre, qui dura environ 3 ans (106 à 109 après la conquête), avait pour but de reprendre le contrôle d’une chaîne d’îles rocailleuses - « les degrés de Pierre » - située entre Dorne et les terres disputées d’Essos. L’enjeu véritable tient au fait que les Degrés de Pierre constituent la principale voie navigable d’entrées et de sorties des navires marchands souhaitant traverser le détroit de Westeros. Dans ce cadre, outre la poursuite d’intérêts individuels, les Velaryon et Daemon œuvraient dans cette guerre pour maintenir la souveraineté du roi sur son royaume et marquer sa force et son autorité.

Le Roi faible

Avec la théorie des « deux corps du roi », un roi « faible », dans son corps et sa psyché, ne peut que fragiliser l’institution monarchique absolutiste. Maladif et doté d’une personnalité blanche, le roi Viserys 1er suscite les inquiétudes sur ses capacités à dégager aussi bien physiquement que symboliquement, l’image d’un roi « fort » et charismatique sur lequel repose un pouvoir absolutiste. Dans ce cadre, dans les épisodes de House of the Dragon, le renforcement de son pouvoir et autorité de roi est un souci majeur et permanent partagé par l’ensemble des protagonistes, de Daemon à Otto.

D’un côté, persuadé de la faible personnalité de Viserys, Daemon s’acharne à conforter le pouvoir monarchique de son frère, notamment avec la réussite de la campagne de la guerre du détroit, tout en le provoquant sans cesse pour le faire réagir comme un roi.

D’un autre côté, Otto Hightower milite, plus que de raison, pour renforcer la lignée royale avec la nomination d’un héritier mâle face au risque de sécessions causé par l’arrivée d’une femme au pouvoir.

Le Roi fainéant

A bien y réfléchir, la « faiblesse » de Viserys 1er ne provient pas de sa condition physique ni de sa personnalité. La source de la « faiblesse » du roi est inscrite dans les fondements même de l’institution qui l’a fait roi. Trois faits majeurs représentent symboliquement les problèmes systémiques et institutionnels qui affaiblissent Viserys 1er :

  • L’ivresse du pouvoir : Sa conscience des nombreuses intrigues des membres de la cour et l’immense solitude que le pouvoir implique, entraînent l’alcoolisme de Viserys 1er ;
  • Sa lignée du sang du dragon : A la mort du dragon Balérion, Viserys 1er a abandonné l’idée d’être un dragonnier – qui est la marque de la puissance des Targaryens ;
  • Le rejet du trône de fer : Les lames composant le trône écorchent fatalement le roi.

Viserys 1er n’est pas un roi « faible », il s’approche plus des caractéristiques d’un roi « fainéant » mérovingien. Qualifiés injustement de « fainéants », les derniers rois de la famille Mérovée ont perdu le pouvoir, non pas par faiblesse d’esprit ou manque de volonté, mais parce qu’ils ne pouvaient exercer le pouvoir comme ils l’entendaient – celui-ci étant effectivement détenu et exercé par le « maire du palais ».

Dans House of the Dragon, le seul défaut de Viserys 1er est de s’évertuer d’une part, à préserver une image de « bon roi » pour ses sujets, alors que ceux-ci n’éprouvent que défiance, crainte et haine à son égard. D’autre part, il s’efforce d’être un « homme bon » avec ses proches, accentuant leur syndrome d’hybris.

Hobbes V Hybris

Depuis le début, sous couvert de choix du cœur, Viserys 1er oscille entre des choix de facilités fragilisant la famille régnante, tout en forçant sa femme Alicent, sa fille Rhaenyra et son petit frère Daemon aux sacrifices qu’incombent les devoirs associés à leur rang.
Au sein d’un épisode excellement structuré et écrit, une véritable confrontation de deux modes de pensée est mise en scène, creusant un fossé insondable entre les personnages.

D’un côté, Viserys 1er et Alicent sont les représentants d’une position conservatrice, hobbesienne, privilégiant l’intérêt du royaume sur l’intérêt individuel. Pour Viserys, le roi est nécessairement force de loi et norme de vérité avant d’être un père, un frère, un époux. Et pour Alicent, la conciliation entre ces « deux corps » de la reine est une gageure incommensurable, car l’intérêt du royaume prime sur son intérêt et désirs individuels.

D’un autre côté, Daemon et Rhaenyra se posent en champions des libertés individuelles pour mieux fuir les responsabilités due à leur positionnement d’héritière présomptive et de prince aréopage. L’intitulé même de l’épisode « le roi du détroit » suffit à définir le syndrome d’hybris de Daemon. Celui -ci enchaine les crimes de lèse-majesté, car il est le sang du dragon. Quant à Rhaenyra, elle s’échine à corrompre ses proches et fuir ses responsabilités en s’appuyant sur sa position de future reine.

Conclusion

L’épisode « le roi du détroit » maintient l’excellente qualité de House of the dragon. En dépit de la densité des thématiques évoquées, cette quatrième heure est restée digeste, captivante et émotionnellement engageante.

De plus, au risque de se répéter, cet épisode démontre l’apport majeur de House of the Dragon au livre Feu et Sang. Cet apport réside dans la brillante caractérisation des personnages qui prennent de l’épaisseur, de la nuance et de l’ambivalence par rapport à leur alter égo livresque.

Enfin, de manière beaucoup plus prononcée que Game of Thrones, House of the Dragon est une leçon de philosophie politique portant sur la figure du roi absolu, son exercice du pouvoir et son quotidien de vie.

En définitive, les conséquences des choix de la famille de Viserys 1er sont désastreuses compte tenu des faiblesses systémiques sur lesquelles reposent la toute-puissance militaire de la monarchie.

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