Kinotayo 2023 : Le bilan

Date : 19 / 12 / 2023 à 08h30
Sources :

Unification


Le festival Kinotayo vient de fermer ses portes. Et la sélection de cette année était particulièrement remarquable. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, se déplaçant en nombre pour assister aux multiples projections proposées par Kinotayo. Le festival a d’ailleurs battu ses records de fréquentation pour cette édition. Toutefois, les films continuent d’être visibles dans différents cinémas en dehors de Paris. Aussi, n’hésitez pas à aller sur le site officiel afin de découvrir les salles qui participent au festival hors les murs de la magnifique Maison de la Culture et du Japon de Paris.

Avec 9 œuvres en compétition, le choix n’a pas été facile. C’est la raison pour laquelle ce sont trois œuvres vraiment différentes qui ont été primées :

  • le Soleil d’Or, le Prix du public : Tsugaru Lacquer Girl de Keiko Tsuruoka
  • le Prix du jury : Father of the Milky Way Railroad de Izuru Narushima
  • le Grand Prix : Tea Friends de Bunji Sotoyama

Le festival est vraiment très agréable et de nombreux réalisateurs, producteurs et acteurs se sont déplacés du Japon pour venir présenter leurs œuvres. Vous pouvez d’ailleurs retrouver la présentation de leurs longs métrages et leur session de questions-réponses qui a suivi les projections de ces derniers ci-dessous. Vous pouvez aussi trouver un avis rapide sur les œuvres que j’ai vues qui sont classées par ordre alphabétique.

À l’année prochaine donc pour une nouvelle sélection hétérogène qui ravira encore à nouveau les amateurs du Japon et leur permettra de découvrir des facettes, parfois inattendues, de celui-ci.

Il faut remercier la Maison de la Culture et du Japon de Paris, les programmateurs de Kinotayo et les nombreux bénévoles qui ont œuvré sur le festival pour le rendre tellement agréable. Merci à tous et à l’année prochaine !

- SITE OFFICIEL

DREAMING IN BETWEEN

Shuhei, directeur adjoint d’un lycée à la vie besogneuse, cesse de se rendre au travail du jour au lendemain. Sa vie de famille est inexistante et son père sénile est en EHPAD. On lui diagnostique la même maladie dégénérative. Un matin, il oublie de payer sa note dans le restaurant où Minami, une de ses anciennes élèves au franc-parler inattendu, lui sert de confidente.

Avis : Le film de Ryutaro Ninomiya tourne autour d’un homme, bientôt retraité et directeur adjoint d’une école, qui se rend compte qu’il est atteint de la même pathologie dégénérative que son père et qu’il oublie de plus en plus les choses. Il va alors se mettre à vivre vraiment et à voir les petits gestes de son existence d’une autre manière.

Le long métrage traite avec beaucoup de subtilité la mémoire et la maladie et offre le portrait d’un homme intéressant, impeccablement interprété par Ken Mitsuishi, qui se remet en question et décide de donner l’amour qui lui manque en aidant les autres. Sans jamais aborder la maladie de face et en laissant parfois planer un doute sur la condition du personnage principal, l’œuvre est passionnante à suivre et vraiment recommandable.

Présentation du film et session de questions-réponses avec le réalisateur Ryutaro Ninomiya :


Bande annonce :


OKIKU AND THE WORLD

Pendant l’ère Edo (1603-1867) à Tokyo, Okiku, jeune femme éduquée, vit avec son père, Genbei, samouraï déchu sans le sou. Deux chiffonniers, Yasuke et Chuji, vivent de la revente aux agriculteurs d’excréments humains, utilisés alors comme technique de fertilisation des cultures. Okiku n’est pas insensible à Chuji. De fortes pluies provoquent l’inondation des toilettes de la propriété de Genbei… Alors que la tension monte chez ses locataires indisposés, Yasuke et Chuji se voient suppliés d’éliminer les déchets. Un jour, plusieurs samouraïs s’emparent du père d’Okiku.

Avis : C’est en voulant parler de l’économie circulaire, qui a très longtemps concerné un Japon isolé pendant une longue période des autres pays, que le réalisateur Junji Sakamoto a eu l’idée de mettre en valeur deux vendeurs d’excréments humains servant d’engrais dans les champs. Il situe son histoire à Edo, qui aujourd’hui est devenu Tokyo, au 19ème siècle.

Le film, tourné en 4/3 et en noir et blanc a un grand impact. La mise en scène remarquable suit aussi le personnage principal qui est une jeune femme cultivée, fille d’un ancien samouraï désavoué. À travers ces personnages variés, c’est une société particulière qui se dévoile devant nos yeux et dans laquelle l’humanité se déploie dans toute son entièreté. Aussi, si vous avez l’occasion de découvrir cette œuvre, ne vous arrêtez pas à son scénario peu ragoûtant, mais laissez-vous envoûter par ce merveilleux récit au cœur duquel éclos une formidable histoire d’amour.

Présentation du film et session de questions-réponses avec le réalisateur Junji Sakamoto :


Bande annonce :


SATOSHI

Satoshi est aveugle depuis ses 9 ans. Sa vie bascule une seconde fois à 18 ans, lorsqu’il perd l’audition. Accompagné par sa mère, Satoshi va réapprendre à vivre et s’évertuer à découvrir un nouveau sens à sa vie. Une superbe leçon de résilience basée sur une histoire vraie.

Avis : Le film de Junpei Matsumoto s’inspire d’une incroyable histoire vraie, celle du premier professeur japonais d’université à la fois aveugle et sourd. Le récit suit le jeune homme pendant sa jeunesse et son adolescence et montre l’investissement de sa mère qui va lui permettre de surmonter sa condition.

L’œuvre est extrêmement inspirante et ne tombe jamais dans le misérabilisme. Elle bénéficie d’une interprétation remarquable et est la parfaite démonstration que l’on peut réaliser ses rêves, même quand on est porteur d’un handicap semblant insurmontable. Il s’agit d’un long métrage vraiment passionnant et très touchant qui sort en salle le 28 février 2024. À ne pas rater à cette occasion !

TOXIC DAUGHTER

Hagino, qui a quitté son emploi après s’être mariée, emménage dans une nouvelle maison. Elle vit avec son époux plus âgé, Atsuhiro, qui a une fille collégienne, Moeka. Pour Hagino, qui n’a jamais connu d’atmosphère familiale sereine, c’est le foyer dont elle avait toujours rêvé. Cependant cette vie paisible est remise en question le jour où Moeka l’appelle soudain, paniquée : « Achète-moi trois gâteaux et un coca, tout de suite ! ». Hagino se précipite chez elle et trouve sa maison sens dessus dessous. Les vêtements de Moeka sont en lambeaux et une jeune fille étrange se tient au-dessus d’elle, avec une paire de ciseaux à la main. Elle se lève, arrache le paquet des mains d’Hagino, qui est terrifiée, et s’empresse d’en avaler le contenu exigé avant de quitter les lieux en lançant « À bientôt ! » comme si de rien n’était. C’est ainsi que débute le cauchemar dans lequel Hagino et sa famille sont désormais plongés...

Avis : Le réalisateur Eisuke Naito utilise le genre pour évoquer la condition de la femme au Japon à travers cette histoire ou une famille recomposée, semblant heureuse, voit débarquer dans leur vie une jeune fille agressive qui fait une fixation sur leur maison.

Le film tourne autour de trois personnages féminins et montre une très belle relation belle-mère-belle-fille. L’interprétation de cette première est d’ailleurs remarquable et elle offre une interprétation toute en subtilité d’une femme sous l’emprise d’un homme qui lui impose ses idées et l’empêche d’être ce qu’elle veut. Le long métrage a quelques défauts. Toutefois, il est sympathique à découvrir, ne serait-ce que pour son traitement de la famille vraiment intéressant.

TSUGARU LACQUER GIRL

Miyako, rêve de quitter son emploi de caissière pour reprendre la petite entreprise de laque Tsugaru de son père. Elle l’aide lorsqu’il croule sous le travail, mais celui-ci mise sur son fils pour prendre sa relève, ce que ce dernier refuse. Comment pourra-t-elle accomplir sa vocation face à l’hostilité de son père dans un secteur en crise ? C’est un artisanat séculaire que nous fait découvrir Keiko Tsuruoka en adaptant le roman Japan Dignity de Miyuki Takamori. Elle retrace en détail le processus d’une technique en voie de disparition, consistant à peindre et à polir des objets en bois de manière répétitive jusqu’à atteindre la perfection.

Avis : Le film de Keiko Tsuruoka est d’une grande force et d’une belle délicatesse. Il n’est donc pas surprenant que la jeune réalisatrice ait remporté le soleil d’or, c’est-à-dire le prix du public, du festival. On découvre une jeune femme qui souhaite reprendre l’entreprise familiale de laque, alors que son père préférerait la transmettre à son fils qui ne veut pas en entendre parler.

L’œuvre parle d’émancipation et bénéficie d’un travail presque documentaire sur la laque et le travail extrêmement minutieux qu’elle nécessite pour obtenir des œuvres de toute beauté. Ce sont d’ailleurs de véritables professionnels qui ont travaillé sur celle que l’on peut découvrir dans le long métrage et qui ont guidé de près les gestes des personnages principaux. Il ne faut donc vraiment pas hésiter à découvrir un récit aussi touchant qui donne une furieuse envie d’acquérir des pièces d’une si exquise finition.

Présentation du film et session de questions-réponses avec la réalisatrice Keiko Tsuruoka :


Bande annonce :


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Kinotayo 2023



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