Foundation : Review 1.04 Barbarians At The Gate

Date : 11 / 10 / 2021 à 17h42
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Foundation 01x04 Barbarians At The Gate s’inscrit dans la continuité la plus directe de Foundation 01x03 The Mathematician’s Ghost. Si ce n’est qu’au lieu de l’originalité et de la solennité d’un découpage en deux parties distinctes déployées l’une et l’autre sur le temps long (la première dans le palais impérial de Trantor, la seconde à Terminus City), ce quatrième épisode impose plus classiquement d’innombrables allers-retours entre les deux théâtres d’opérations, et dans un timeframe nettement plus restreint (quelques heures seulement au lieu de plusieurs siècles ou quelques décennies !), dynamisant ainsi la diégèse à l’attention des moins férus de contemplation, mais renforçant par la même occasion le caractère basiquement télévisuel de l’expérience.

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu (forcément riche en spoilers), veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

La plongée vertigineuse du troisième opus dans l’Ouroboros kafkaïen de la succession génétique des Cléon durant 200 ans sous l’égide la perpétuelle Eto Demerzel n’avait accordé aucun espace aux considérations politiques et sociologiques dans la relation de l’imperium à ses sujets et vassaux. Mais la liturgie des Rois maudits... ou plus exactement des Empereurs maudits ne souffrait aucune interférence. Il fallait simplement avoir la patience d’attendre le volet suivant pour que les affaires courantes de l’Empire s’invitent logiquement au centre de l’attention, et cumulativement sur plus de la moitié du temps d’antenne. Fatalement, les enchaînements de caprices narcissiques et d’ordres du jour s’avèrent bien moins dépaysants tant ils obéissent sur le fond aux mêmes schémas que des décennies de productions en costumes consacrées à toutes les cours royales et impériales de l’Histoire de l’humanité.
Cependant, aussi peu alien qu’il soit (technologie et visuel exceptés), ce désert du réel ne constitue pas une faiblesse pour autant, non seulement parce qu’il enracine la fresque dans le tangible et l’universel, mais surtout parce que – contre toute attente – il court-circuite brutalement la crypto-boucle temporelle zombifiante de la palingenèse dynastique. Somme toute, après la chronique de l’anitya bouddhiste (impermanence circulaire), voici son pendant, la chronique de l’adinava (danger et rupture).

Or il est fort intéressant que ces deux états antinomiques puissent procéder de la même souche. L’empereur Cleon I avait mis en place une dynastie génétique décalquée de lui-même. Non pour accéder à une immortalité personnelle (sa conscience n’étant pas transférée d’un corps à l’autre), mais par conviction de représenter une perfection (personnelle et politique) indépassable pour assurer la pérennité et la stabilité du plus vaste et du plus durable empire de l’Histoire. Ainsi, invariablement, chaque génération de clone de Cleon venait au monde, était éduquée, instruite, et mentalement formatée à l’identique. Les mêmes causes dans les mêmes conditions devaient produire les mêmes effets, cycle après cycle. Effectivement. Pourtant chaque Cleon se différenciait subtilement du précédent par ses sensibilités et ses centres d’intérêt, comme pouvait en témoigner leurs épithètes distincts. La politique générale de l’empire restait néanmoins invariante…
Mais voilà que survint un cataclysme sans précédent (la destruction et la chute du Star Bridge) ayant traumatisé dans sa chair et blessé dans son orgueil la munificente Trantor. Et parce que le triumvirat Cleon XI / Cleon XII / Cleon XIII avait enduré ce choc hautement définissant à des âges distincts (enfant / adulte dans la force de l’âge / âgé), leurs réactions individuelles le furent psychologiquement tout autant (distincts)… initiant dès lors pour la première fois une divergence fondamentale et durable entre eux, presque à la façon des multivers de Hugh Everett à l’échelle de la trinité impériale, insufflant les germes du chaos et de la confusion dans le meilleur des mondes, faisant alors basculer la parfaite utopie bien huilée dans la dystopie. Alors que le vénérable Brother Dusk (Cleon XI) appelait de toutes ses forces à la charité et à l’équité, l’empereur en exercice Brother Day (Cleon XII) déchaina sa fureur vengeresse en répliquant à l’attentat de deux terroristes par le génocide de planètes innocentes… tandis que le très jeune Brother Dawn (Cleon XIII) endura, horrifié, cette folie faite d’amalgames et de disproportion.

Trente-cinq ans après, tandis que Cleon XI fut poussé vers les ténèbres par l’autodafé rituel, Cléon XIII occupe maintenant le trône central… mais il n’a rien oublié des crimes impardonnables (envers Anacréon et Thespis) et des erreurs stratégiques (envers la Fondation) de Cleon XII (devenu Brother Dusk). Désormais, souffle un vent général de carmagnole (les Terrassiers ou Sinkers en VO des tréfonds de Trantor, le luminisme et ses 3 000 milliards de fidèles conduits par Zéphyr Halima Ifa susceptible de succéder à feue Proxima Opale et dont l’In-Octavo Primordial dénie aux clones une âme…) qui donne raison au Cassandre d’hier que nul ne voulut écouter. L’électrochoc (ou la goutte d’eau) fut alors la redécouverte par le Brother Day Cleon XIII des débats de haute volée (sous forme holographique) qui avaient jadis opposé son prédécesseur à Hari Seldon (« Parce vous, vous n’offrez rien de neuf. Simplement un fruit plus jeune du même arbre et qui est destiné à finir dans le mêle vieux moule. Vous ne pouvez pas vous sauver vous-mêmes, mais vous pouvez sauver votre héritage »), puis le contraste – lors d’un interrogatoire édifiant – de l’impéritie, l’incompétence et la lâcheté intellectuelle des statisticiens officiels de l’Empire que Cléon XII mit à la place du fondateur de la psychohistoire après avoir décidé de son exil infamant vers les confins. Un cas d’école où pour de vulgaires motifs idéologiques, le système à favorisé la promotion des plus médiocres durant une trentaine d’années. Rien d’étonnant alors que ce cénacle confonde les mathématiques avec la courtisanerie, la science avec la flagornerie... comme parmi les suivants du pape Urbain VIII. En conspuant ces charlatants de cour, Cleon XIII nettoie les écuries de l’incompérence, et cet l’électrochoc est un moment homérique... qui culmine avec la syncope (possiblement létale) du pathétique Tivole... suscitant fatalement une joie mauvaise chez le spectateur ! Telle une revanche posthume de feu Seldon...
S’ensuit, non pas une simple discorde, mais une véritable brisure que Cleon XIII assène en ces termes à Cleon XII devant la poker face (mais teintée d’une indéfinissable ironie) de Demerzel : « Regarde-toi, mon frère. Tellement hautain, perché sur le trône central. Je m’entraînais à sourire comme toi. (…) Mais en as-tu tiré des leçons ? (…) Seldon t’avait indiqué la route à suivre. Et tu l’as ignoré ! (…) Je dis : ces protocoles ont eu le défaut de nous rendre suffisants. Quand tu siégeais sur le trône central comme je le fais maintenant et que nous débattions de notre réaction envers Anacréon et Thespis, te souviens-tu de ce que tu as dit alors ? Moi oui ! Comme si c’était hier. J’avais sept ans. Notre frère aîné voulait qu’on fasse preuve de clémence. Tu t’es tourné vers moi et tu as dit : "Qu’en penses-tu, Aurore Ascendante" Je savais que tu étais contre la clémence, que tu tenais à bombarder les royaumes barbares. Mais j’avais peur. Et ce jour-là, je n’ai pas osé le dire. Mais aujourd’hui, je n’ai plus peur. Sous ta garde, l’ascenseur orbital est tombé. Et dans les décombres est née l’insurrection. Sous ta garde, deux mondes ont été incinérés sans la moindre attention pour l’innocence et pour les conséquences. Sous ta garde, Hari Seldon et ses fidèles ont été poussés vers la fuite. Tu m’as légué un Empire trop longtemps régi par l’impulsivité. Je ne ferai pas la même erreur. Ça n’arrivera pas sous ma garde. Je préserverai l’héritage que nous laisserons. (…) Nous le sommes tous, mon frère [hantés par le souvenir d’un homme mort il y a des années]. Mais ta garde est terminée. Tu vas demeurer ici, soigner les plaies que tu as laissées suppurer. »

Une très belle démonstration d’écriture célébrant plus que jamais la primauté très SF de l’acquis sur l’inné (façon Star Trek Nemesis, concentrant en quelques moments-clefs les effets de la maturation sur le long terme, prenant pour une fois le contrepied de la doxa contemporaine (prisant l’impulsivité et dépréciant les legs héréditaires voire institutionnels)... et cela sans sortir à proprement parler de l’univers littéraire Robots-Empire-Fondation d’Isaac Asimov, mais tout en réussisant – à sa façon – à en être digne… dans un monde parallèle.
Car il faut tout de même remarquer qu’en faisant porter le poids de la chute sur la seule nature clonée (donc morte-vivante) de l’impérium (d’après le discours de Seldon à Cleon XII), la série réécrit – et réduit potentiellement le spectre de – la causalité asimovienne... qui n’imputait pas la chute de l’Empire à sa forme politique/dynastique ni à son positionnement sur l’échelle du bien et du mal (on n’est pas dans Star Wars), mais à une systémique évolutionniste (un effondrement sous le poids de son gigantisme et de son nombrilisme). Quitte à tout actualiser, cette adaptation TV au parfum de reboot aurait peut-être gagné à donner à l’Empire galactique la forme d’une République plus ou moins démocratique (cf. par exemple la République des Deux Nations de Pologne-Lituanie), qui paradoxalement n’aurait pas été en essence forcément incompatible avec l’existence d’un noyau impérial génétique soumis à divers contre-pouvoirs institutionnels. Ainsi, dans l’appréhension du temps long, cela aurait permis d’échapper à certain(e)s simplismes ou paupérisations, si ce n’est de traitement, du moins d’interprétation à l’aune des entendements contemporains.

De façon plus anecdotique, il ressort aussi un contraste saisissant entre le mépris absolu pour la vie humaine de Cleon XII (lorsque, dans le pilote, il avait réduit en bouillie le fidèle Master Orlio pour avoir simplement témoigné de curiosité envers la psychohistoire), et les scrupules de Cleon XIV (désormais jeune adulte) à l’endroit de la jeune botaniste Azura Odili, dont le seul "tort" fut d’être l’involontaire "témoin gênante" de l’auto-défenestration et du saut de l’ange de Brother Dawn dans les somptueux jardins du palais. Grâce au champ de force cinétique personnel (apparemment non désactivable) dont sont pourvus tous les empereurs (un système déjà rencontré dans Stargate SG-1 chez le Goa’uld Apophis), la chute du jeune empereur ne fut pas mortelle (mais ses raisons demeurent incertaines (tentative de suicide ? recherche de frissons ou d’une sensation d’apesanteur ? désir d’éprouver les limites de son bouclier corporel ? volonté de s’en affranchir ? signe d’un mal-être ?). Or la préservation de la réputation d’infaillibilité impériale aurait conduit en pareil cas la plupart de ses clones antérieurs à solliciter un exécuteur de basses œuvres (tel l’inquiétant Shadow Master Obrecht) pour faire disparaître la pauvre Azura (façon meurtre de Rachel Posner par Doug Stamper dans House Of Cards 2013). Cleon XIV, pourtant non dépourvu de paranoïa, préfère quant à lui établir une relation avec elle jusqu’à laisser filtrer quelques sentiments (comme le suggère sa "libellule mécanique" de voyeur)…
Cette "miséricorde" inattendue pour qui partage le code génétique de Cléon XII est peut-être aussi le signe d’une évolution… qui, dans le mécanisme fossilisé de la succession clonale, s’apparente presque à une révolution.

On notera au passage la survie dans ce très lointain futur de l’art japonais de l’ikebana (alias voie des fleurs), soit la première référence de la série à un élément de culture extrême-oriental. Mais cela ne compense cependant pas l’absence totale de représentativité asiatique dans le casting, un manquement qui fait un peu tache dans une série se prévalant d’être à la pointe du woke diversitaire et (all) inclusif...

Ce n’est que dans un bref épilogue à la fin de Foundation 01x04 Barbarians At The Gate que la série éclairera ENFIN fugacement le sort mystérieux de Gaal Dornick abandonné dans l’espace après l’assassinat de Hari Seldon à la fin du second opus (même si sa survie ne laissant aucun doute étant donnée son omniprésence de narratrice intradiégétique). Laissée en hibernation/cryogénisation (donc sans vieillir) dans l’espace durant une durée indéterminée (peut-être justement une trentaine d’années pour permettre une synchronicité temporelle avec les autres théâtres narratifs), un mystérieux vaisseau vient la récupérer. Cela respire la très secrète Seconde Fondation
Il aura également fallu une douzaine de minutes utiles pour que le quatrième épisode daigne prolonger et solutionner le cliffhanger par lequel s’était achevé le troisième (à savoir Salvor Hardin à la merci des archers anacréoniens). Décidément, la série persévère dans l’ambition de frustrer les spectateurs, mais c’est loin d’être une mauvaise chose...

Sur Terminus, les Anacréoniens ont atterri et débarqué plus tôt que prévu. Armés, casqués et bottés tels des techno-hoplites, ces troupes se dénombrent par centaines, prétendent faire de la récupération (scrapping en VO) de matériel, et sont commandés par Phara, Grande Chasseresse (Grand Huntress en VO) de son état. Cette dernière prend en otage Salvor, et sous la menace de faire du mal aux enfants (qui périodiquement fuguent hors de la colonie), elle l’oblige à lui faire traverser la barrière énergétique (energy fence) à reconnaissance génétique (qui expulse vers l’extérieur les intrus sans les désintégrer). Mais plutôt que de la conduire – au moyen de son véhicule aéroglisseur et sous la perpétuelle menace d’une arme – jusqu’à la tour trônant au centre de Terminus City (pour permettre à Phara de récupérer le module de navigation qu’elle convoite), Salvor réussit à la véhiculer au voisinage du Sanctuaire (dont la Chasseresse ne connaissait pas l’existence car invisible aux scans depuis les vaisseaux) afin de la rendre inoffensive (grâce au coma infligé par le "null field"). De retour à la colonie avec la leader ennemie à sa merci, s’instaure alors un véritable bras de fer mental entre Salvor Hardin et Phara dans le but de la faire parler, pour découvrir son identité, son passé, et ses véritables intentions...

Les lecteurs d’Asimov pourront alors être choqués, révulsés même, car pour appuyer le côté bad ass de la nouvelle version de Salvor, les showrunners détournent l’une des répliques les plus légendaire de son alter ego masculin littéraire, tout en l’en dépossédant (puisque provenant désormais de son père Abbas). « La violence est le dernier refuge de l’incompétence » qui était passé à la postérité... devient ici : « [Abbas] Calme-toi. La violence est le refuge… / [Salvor] …de l’incompétence. Je sais. Doctrine de vieillards. » !
Ainsi, non seulement, la sentence le plus célèbre de Salvor Hardin cesse de lui appartenir, mais elle le rejette et le ringardise !
Un peu comme si le plus mythique des Vulcains de Star Trek, c’est-à-dire Surak, venait à sortir dans le #FakeTrek de Kurtzman : « La logique, c’est juste un truc dépassé de fanboys » !
On pourrait donc penser, à cet instant précis du visionnage, que la série Fondation est l’univers miroir de l’œuvre littéraire, pour ne pas dire sa raillerie ou sa profanation… au nom de la mode et du suivisme.

Malgré tout, en prenant la peine de contextualiser l’intégralité de la citation historique dans le Foundation (Fondation) (1951) d’Isaac Asimov, cela donne : « La violence, rétorque Hardin, est le dernier refuge de l’incompétence. Mais je n’ai certainement pas l’intention de déployer un tapis sous les pas des envahisseurs ni de leur cirer les bottes. »
Or par "envahisseurs", le Salvor littéraire faisait également référence aux Anacréoniens et à leur projet d’installer des bases militaires sur Terminus (un contexte pas si éloigné quoique différent de celui de la série), et sa répartie ne témoigne d’aucune forme d’irénisme ni même de pacifisme.
On peut donc raisonnablement tabler sur une évolution dans la durée de la version télévisée de Salvor, puisque Fondation est une construction sur le temps long. Au risque cependant que cette citation asimovienne devienne moins une philosophie inhérente que la traditionnelle sagesse de l’âge, soit une audace qui se muerait en banalité.
Pas forcément rédhibitoire donc à l’échelle d’une adaptation, mais probablement dommage. Il faut y voir un effet collatéral de cette volonté de "rebooter" tous les personnages de l’univers d’Asimov pour les faire entrer au forceps dans les normes branchouilles d’Hollywood. Soit un suivisme davantage préjudiciable que celui qui fit couler tant d’encre (virtuelle) depuis le lancement de la série, à savoir "le gender swap et le blackwashing imposés par la police diversitaire du woke"...

Cependant, comme pour trancher sur les quelques punchlines se voulant "cool" afin de lorgner les blockbusters décérébrés (du genre « [Salvor] Tu sais encore tenir un fusil ? / [Hugo] Le canon vers l’avant ? », le comportement de Hardin 2.0 sera exemplaire durant tout l’épisode. Préférant systématiquement la stratégie à la violence, la psychologie à la domination, l’empathie au jugement, elle fera paradoxalement honneur au personnage littéraire !
Car si elle a trahi dans le texte son alter ego livresque en raillant sa réplique la plus célèbre, elle sera pourtant vraiment Salvor dans les actes. Loin de la posture bad ass qu’elle n’a cessé d’exhiber en toute occasion depuis le début de la série, son "interrogatoire" ne vire aucunement à une séance de torture façon Jack Bauer ou pire, mais à une lecture à livre ouvert du visage, des yeux et du cœur de Phara, meurtrie par le destin tragique d’une planète profondément endeuillée (pour ne pas dire exterminée) par Cleon XII.
Démonstration de psychanalyse d’abord, versant progressivement dans une compassion viscérale pour l’autre (même si l’autre est l’ennemi), entérinant la déduction logique holmsienne en interaction avec le langage corporel du sujet, se risquant même à une dérivée probabiliste déstabilisante (le jeu à chat/couronne alias pile ou face) de la psychohistoire (réputée pourtant calculer l’évolution des vastes ensembles humains mais jamais des individus)... pour finalement culminer par une forme de télépathie – une aptitude présente sous le nom de mentalisme chez certains humains (mais aussi robots) dans l’univers d’Asimov.
L’épisode offrira ainsi une séance de maïeutique de très haute tenue, versant progressivement dans une forme de lying, avant de flirter avec une session de fusion mentale vulcaine. Le talent soudainement dévoilé par Salvor laissera interdits et subjugués tous les témoins, Mari comme Hugo.
Les sentiments contradictoires sont plus que jamais au rendez-vous dans une perpétuelle douche écossaise, où l’indignation et l’hommage concourent à une commune transcendance.
Mention spéciale à la détresse suffocante et indicible de Salvor, ne ressortant pas indemne de sa descente mentale dans les ténèbres abyssales de l’esprit de Phara. « Il y a une telle froideur en elle. On dirait un puits sans fond qui aspire toute vie autour de lui. Elle veut mourir. Et que tout le monde meure avec elle. » témoignera Hardin. C’est toute la martyrologie humaine que la télépathe a su mettre à nu à l’écran en quelques secondes d’embrasement, soulignant par là même que rien n’est naturel ni facile pour l’héroïne, et que la grâce se paie au prix fort.
Autant dire que la prestation de l’actrice Leah Harvey force le respect, déchirante sans la moindre once de mélo, en somme aux antipodes de Sonequa Martin-Green. Mais c’est peut-être là aussi une question de cahier des charges du showrunning et de la direction d’acteurs...

Le possible hic malgré tout, c’est qu’en s’arrogeant le mérite exclusif de la résolution, en portant sur ses seules épaules le poids du salut, en ayant perpétuellement une énorme avance sur tout le monde, Salvor Hardin s’expose à devenir une dea ex machina – les autres Terminusiens pourraient presque passer en comparaison pour de sympathiques figurants sur le grand échiquier historique.
Mais toutefois pas vraiment une Mary Sue (façon Michael Burnham) pour autant, du moins à ce stade (ce privilège-là étant plutôt réservé à Gaal Dornick). Parce que la stratégie de Hardin envers Phara et ses Anacréoniens sera perpétuellement défiée par le directeur Lewis Pirenne, au bénéfice d’une conflictualité de prétoire, digne d’une excellente série juridique (comme The Practice de David E Kelley) pour exposer équitablement des points de vue antinomiques (même s’il est aisé de deviner de quel côté le public aura tendance à se ranger). Voici un échantillon de la haute tenue des débats, ici par la voix de Salvor : « Je croyais que la raison d’être de la Fondation était de nous préparer à l’inconcevable. Quand j’ai demandé plus d’armes de défenses, vous aviez répondu qu’une attaque était peu probable. Quand j’ai demandé plus d’entraînement, vous m’avez ignoré. Et aujourd’hui, voilà où nous en sommes : nous ne sommes pas prêts ! Alors je suis peut-être une aberration statistique ("outlier" en VO) pour la psychohistoire, mais ce n’est pas moi qui sabote le plan, Lewis. ». Cette opposition fera d’ailleurs écho à une autre, loin dans la galaxie, à savoir celle de Cleon XIII versus Cleon XII, pour mieux solder toute tentation de manichéisme...
Et ces débats terminusiens montreront avec beaucoup d’intelligence qu’une doctrine aussi rationnelle que la psychohistoire – mais délaissée par son fondateur à des tiers – pourrait conduire par dogmatisme ou par prophylaxie à évincer socialement voire éliminer physiquement les individus – les "outliers" telle Salvor – qui ne seraient pas conformes à un certain moule de conformité requis pour garantir le succès d’un grand projet politique, quand bien même idéaliste. C’est cette logique de Procuste qui fut historiquement la cause de bien des génocides de populations jugées indésirables ou incompatibles avec un idéal progressiste ou constructiviste, réputées faire obstacle à sa réalisation. Pertinent, quoique seulement en germe dans le discours de Pirenne, avant tout diplomate et adepte du compromis, mais étant cependant parvenu à faire douter Salvor Hardin d’elle-même, de ses méthodes, de sa place, de sa légitimité, de son apparente infaillibilité. Et, partant, à convoquer des questionnements philosophiques et métaphysiques très asimoviens sur les paradoxes du libre arbitre, sur les illusions de la recherche de liberté...
En sus, ironiquement, Lewis aura in fine davantage réussi à faire parler Phara que Salvor...
Alors bien sûr, la soudaine réceptivité du directeur aux exigences de la Grande Chasseresse pourrait le conduire droit dans un piège... Mais à l’inverse, il n’est pas non plus pas exclu que Salvor se soit complètement plantée – du fait de sa paranoïa et/ou de son incrédulité – en refusant d’envisager la possibilité que Phara ait pu être sincère, et donc en ne cédant pas aux Anacréoniens le module de navigation demandé (un artefact n’ayant pourtant plus la moindre utilité à la Fondation puisque son vaisseau originel fut démantelé pour bâtir la colonie). Si d’aventure cette dernière hypothèse se confirme, Salvor Hardin 2.0 n’aura rien de commun avec Mary Sue (dont la caractéristique définissante est d’avoir toujours raison).

Sans aucun doute, le huis clos ayant opposé Salvor à Phara constitue l’une des apothéoses de l’épisode, pour ne pas dire de la série elle-même jusqu’à présent.
D’une part, la finesse psychologique déployée y est proprement exceptionnelle, ainsi que l’illustre emblématiquement la scène où Hugo comprend vaguement ce que dit Phara dans un langage archaïque. Sachant que peu avant, il avait dévoilé malgré lui avoir une maîtrise limitée de la langue anacréonienne (plutôt humiliant pour lui étant donné qu’il est natif de cette planète), lorsque par la suite Hugo laisse entendre un peu gêné qu’il n’a que partiellement compris les "paroles de fureur" de la Grande Chasseresse, Salvor prend le parti de ne pas davantage le questionner... vraisemblablement pour éviter de l’embarrasser (avec en creux la supposition évidente que si Hugo avait compris quelque chose d’important, il l’aurait de lui-même traduit en anglais).
D’autre part, la construction narrative peu conventionnelle favorise l’introspection au détriment de l’action. Ainsi, le véritable climax n’est pas le moment où Hardin découvre qu’elle a suffisamment compris le rétro-anacréonien de Phara pour établir par elle-même un lien avec l’offrande solennelle faite il y a 35 ans (dans Foundation 01x01 The Emperor’s Peace) par l’ambassadeur Xandem à l’empereur Cleon XII (à savoir l’arc du plus illustre chasseur, Larken Keaen), démasquant par là même l’identité réelle de Phara (sa qualité de dignitaire Grande Chasseresse d’Anacréon), et fournissant ainsi un levier de pression face aux assaillants. Le véritable climax n’est pas non plus le moment où Phara avalise à demi-mot l’hypothèse stratégique émise par Salvor, à savoir que les Anacréoniens auraient désactivé la balise de communications (buoy en VO) non pas seulement pour isoler Terminus, mais surtout pour faire délibérément venir la flotte de l’Empire ! Non, le véritable climax, c’est le moment paradoxalement anti-climatique mais profondément traumatique où Salvor a pris la fuite au terme de son interrogatoire... de peur d’être avalée par les abysses que son esprit télépathique venait de découvrir et exhumer en Phara. Comme une matérialisation du célèbre apophtegme de Friedrich Wilhelm Nietzsche (« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »).
De tierce part, les révélations de ce bras de fer psychologique irrigueront la fin de l’épisode pour conférer une pesanteur et une consistance singulière à une tragédie qui n’est ni celle de Massada, ni celle d’Alamo... mais celle d’une colonie scientifique peu armée et totalement impréparée à soutenir un quelconque affrontement militaire. Dès lors, il n’était même plus nécessaire de recourir à une bonne centaine de figurants (ou à des SFX millimétrés) pour faire éprouver la "présence réelle" de l’ennemi derrière les remparts d’énergie. Tout se lit en vérité au travers de l’attitude à la fois incrédule, hagarde, dépassée et en complet décalage des colons. L’idée d’avoir confié les armes à une gamine ou presque (Yate) est d’ailleurs éloquent de symbolisme, et cela entre en résonance avec le verdict sans appel de Phara à l’endroit de la Fondation durant les interrogatoires. La sobriété générale de l’interprétation (personne n’en fait des caisses) est une vraie qualité (a fortiori par les temps qui courent), et cela vient ici en renfort du fatalisme, ou plus exactement de la "foi" (supposée rationnelle) de la Fondation envers les "prédictions" de Seldon. Et accessoirement aussi en renfort de la confiance dans le bouclier le plus high tech de Trantor – une confiance malgré tout crevassée de quelques sérieux doutes d’autant plus convaincants que rentrés...
Mais la catalyse de Salvor et la plongée maïeutique dans la psyché de Phara aura aussi permis de mettre en lumière la profonde misère morale et matérielle des Anacréoniens... que l’extermination inqualifiable perpétrée par Cleon XII a rendu cyniques, cruels, pathétiques, "méchants" malgré eux... par désespoir ou nihilisme. Dès lors, la première épreuve endurée par la Fondation prend une autre dimension qu’un banal cliffhanger de SF télévisuelle comme il y en eut tant naguère (à l’exemple de Stargate Atlantis 01x20 The Siege : Part 2).

À la rubrique (hélas systématique) des incohérences potentielles, et peut-être même cette fois avérées (mais heureusement loin d’une masse critique) :
- Immédiatement après avoir débarqué sur Terminus, Phara et son régiment "astroporté" anacréonien révèlent vaniteusement tout savoir de la situation des colons, jusqu’aux fugues nocturne des enfants et aux habitudes de Salvor ! Certes, des explications restent possible (un intel incroyablement perfomant en amont, des technologies de scans redoutables sur leurs vaisseau, diverses duplicités...), mais étant donné le peu de recul des envahisseurs et leur état prétendument misérable, cela laisse une sensation artificielle d’omniscience...
- La barrière énergétique protégeant Terminus City est présentée comme le dernier cri de Trantor (ayant protégé le palais impérial lors de la chute de l’ascenseur orbital (Star Bridge). Puis il est établi que son filtre repose sur un discriminateur génétique ne laissant passer que les sujets dont l’ADN figure dans une base de donnée coloniale. Du coup, il est permis de s’étonner qu’il suffise à un intrus de se coller à quelqu’un d’autorisé pour passer. Pas formellement impossible certes, les technologies de séquençage d’ADN à haut-débit présentent un taux d’erreur élevé de nos jours, et il pourrait toujours subsister des failles ou des glitchs dans un système aussi complexe. Mais la facilité du contournement parait quand même énorme ! À croire qu’il n’y a pas eu de réel progrès en 24 000 ans depuis les actuels portillons d’accès (ou tourniquets) du métro ! Et si tel est le cas, pourquoi est-ce que l’astuce ne marche qu’une fois ? La "fuzzy logic" invoquée n’est qu’un joker et il a bon dos... Finalement, il y a quelque chose de contreproductif scénaristiquement à poser une règle structurelle... rien que pour la violer une minute après ! Alors que rien n’obligeait les auteurs à s’imposer ladite règle en premier lieu. Un peu ballot quand même...
- Lorsque Salvor détourne son véhicule aéroglisseur de la tour de la cité en direction du Sanctuaire, l’épisode triche avec la continuité des événements. Parce que lorsque Phara prend conscience du changement de trajectoire (soit immédiatement), le véhicule est encore à la périphérie de la colonie, c’est-à-dire à au moins cinq kilomètres (peut-être davantage) du Sanctuaire. Or il suffit que Phara remarque le Vault dans son champ visuel pour que de la surprise initiale teintée de fascination, elle bascule aussi sec dans l’engourdissement puis l’évanouissement. Quand bien même il y aurait eu une ellipse dans le montage, il ne faut pas plus de cinq secondes en internaliste à l’aéroglisseur pour atteindre la zone d’influence du champ invalidant, qui s’étend au maximum à quelques centaines de mètres du Vault en dépit de son expansion rapportée à la fin de l’épisode précédent (soit seulement quelques heure avant en in-universe). Il aurait donc fallu que le véhicule de Salvor atteigne la vitesse de 3 600 km/h soit celle d’un avion à réaction pour parcourir cette distance aussi vite. Or tous les repères visuels attestent d’un déplacement ne dépassant guère une berline sur une route nationale (environ 100 km/h). Accessoirement, pour atteindre le voisinage immédiat du Sanctuaire, il aurait fallu traverser une nouvelle fois la barrière énergétique (qui normalement aurait dû bloquer Phara sauf à supposer qu’elle soit semi-conductrice). Cette incohérence pourrait être considérée comme mineure… si l’intrigue de l’épisode ne reposait pas autant sur ce renversement des rapports de force grâce à Salvor.
- Dès lors que Lewis Pirenne s’est mêlé de l’interrogatoire de Phara, le directeur a suggéré à demi-mot que Salvor avait mis en danger Terminus City en empêchant Phara d’accomplir son objectif (s’emparer du module de navigation) puis en l’emprisonnant (alors que ses subordonnés anacréoniens menaçaient de raser la ville si leur "souveraine" ne revenait pas dans les six heures), au risque de compromettre la prévision seldonienne de survie à première crise. Comment se fait-il alors que nul (pas même Lewis) n’ait envisagé l’option de livrer simplement Phara à ses troupes (avec ou sans le module), étant donné que la survie de la Fondation est tout de même en jeu ? Non pas que c’eût été forcément la meilleure stratégie à suivre (la garder prisonnière pouvait constituer un moyen de pression ou une monnaie d’échange selon les valeurs des assaillants), mais la question aurait au minium dû être abordée et soupesée on screen, a fortiori au regard de la complétude des débats mis en scène.
- Il est aberrant que sur les dizaines de milliers de balises de communication (communications buoys en VO) que compte tout l’Empire galactique, il n’y en ait qu’une seule et unique qui couvre les Spires (The Outer Reach en VO). Outre l’incompréhensible absence de redondance pour une civilisation aussi avancée, cela vient surtout contredire l’extension croissante de la circonférence – et donc de l’espace afférent – au fur et à mesure de l’éloignement du centre galactique. Ou alors, cela signifierait que l’idée de périphérie galactique à laquelle renvoie la formule "The Outer Reach" se limiterait à une minuscule portion d’un seul bras spiral de la Voie Lactée. Auquel cas, cela impliquerait qu’au lieu de s’étendre sur toute la Voie Lactée (type III sur l’échelle de Kardachev) comme chez Asimov, l’Empire galactique de la série a été considérablement rapetissé pour se borner au seul centre de la galaxie avec une unique micro-extension en périphérie (dans la seule région d’Arcturus correspondant aux royaumes barbares bannis Anacréon et Thespis... mais aussi à la terre d’exil Terminus).

La narration de Gaal, ponctuant presque chaque segment, est toujours bellement formulée... À l’exemple de cette réflexion philosophique sur le libre arbitre : « Au crépuscule de la vie d’un homme, lorsque son récit touche à sa fin, il cherche fébrilement à en connaître la valeur. Quel sera sa voix face au chœur de tous ses prédécesseurs ? "Ai-je de l’importance ? Mes choix sont-ils les miens ? Ou mon destin est-il influencé par une Main invisible ?" ». Ou encore de cette introduction qui sera en partie reprise comme conclusion de l’épisode, telle une symétrie ou un refrain : « Un jour, un homme est venu demander à Hari Seldon de lui dire son avenir. Il voulait savoir si les modèles prédictifs pouvaient mesurer l’importance de sa vie. Mais Hari répondit que seuls les mouvements de masse pouvaient être prédits. Le destin d’un individu reste toujours un mystère. Le mécanisme des civilisations, la grandeur et la décadence des cultures, des causes et des mondes… ce sont là des mystères qu’Hari Seldon avait élucidé depuis bien longtemps. La croyance est une arme très puissante. C’est pourquoi l’empire craignait tant les prédictions d’Hari. Les empires président les questions terrestres, mais qu’en est-il de nos âmes. ? On entre dans le domaine de la foi. Et la foi est une épée qui a été façonnée dans les forges de l’infini. »
S’enracinant conceptuellement dans la source littéraire de cette série télévisée, cela sonne presque comme de l’Asimov dans le texte... mais pas tout à fait malgré tout. De l’alter-Asimov ?
Le problème, c’est que nombre de ces commentaires narratifs font plus en plus penser à ceux de la série Heroes (2006-2015) de Tim Kring... de par leur caractère hagiographique. La voix off de Gaal Dornick s’érige en "Monsieur Loyal" des accomplissements des "Élus du Destin", tout en s’assurant que le spectateur mesure bien la portée philosophique des agissements individuels au sein d’un "Grand Dessein".
Dans une série telle Heroes, ce parti pris était largement acceptable par son paradigme super-héroïque et comicsien. Mais dans une adaptation télévisuelle d’Isaac Asimov sans super-héros ni véritable prédestination, cela jure quelque peu...

Foundation 01x04 Barbarians At The Gate est sans conteste un épisode structurant : il renforce la caractérisation des personnages, consolide les enjeux, creuse les débats autour la psychohistoire, et commence à plonger dans le cœur du sujet en caressant plus ou moins ouvertement de nombreuses thématiques authentiquement asimoviennes touchant à la causalité, à l’ontologie, à l’historicisme, à l’existentialisme/essentialisme, aux chapitres du déterminisme, de la liberté, de la relation entre l’individu et le collectif...
Mais les dérives idéologiques anti-asimoviennes, elles aussi, ne demandent qu’à poindre, car dans l’univers de cette série, les convictions rationnelles semblent de plus en plus se confondre avec la foi mystique, et la dialectique religieuse est prépondérante : la luminisme questionnant l’existence de l’âme des clones, la Fondation elle-même assimilée par les ressortissants de l’Empire à une secte apocalyptique, les visions presque sotériologiques de Salvor, la foi aveugle de Hugo en elle, le concept de Main invisible mais pas forcément dans le sens d’Adam Smith, la narratrice Gaal à travers sa "guidance" et son crédo spiritualiste, finalement la psychohistoire elle-même qui suit la modélisation générative d’un culte théogonique...
En outre, la dialectique des super-pouvoirs et des mystery boxes transparaît de plus en plus, et Hari Seldon – par sa sur-iconisation constante – glisse imperceptiblement vers le puppet master (quant bien même "positif") en esquissant un schéma christique mais en version manipulatoire (façon Judas Iscariote de Nikos Kazantzakis) pour imposer la psychohistoire à la postérité (i.e. demander à son plus fidèle apôtre de le trahir et le faire mourir pour le transformer en martyr & messie afin de mieux promouvoir son enseignement sur la durée).

À la fin de Foundation 01x03 The Mathematician’s Ghost, les colons de la Fondation découvraient effarés qu’ils avaient perdu – au pire moment – toute possibilité de contacter l’Empire pour l’appeler à l’aide. Salvor Hardin avait immédiatement soupçonné les Anacréoniens d’être à l’origine de ce blackout… ce que ce quatrième épisode viendra confirmer (de l’aveu même de Phara). Mais de l’autre côté, c’est-à-dire au centre de la Voie Lactée, Cleon XIII n’a pas manqué de remarquer la désactivation de la balise de communications dans le secteur d’Arcturus...
En prenant d’autorité la place de son prédécesseur au sein du Conclave (pour tenter d’asseoir la succession de Zephyr Gilat contre Zéphyr Halima Ifa et l’In-Octavo Primordial du luminisme susceptible de mettre en péril la légitimité des clones impériaux), Cleon XIII laisse à Cleon XII l’initiative d’envoyer un puissant croiseur impérial (pourvu du Jumpdrive) pour enquêter sur la désactivation de la buoy d’Arcturus et visiter par la même occasion Terminus. Et c’est ainsi que, au moment même où les troupes anacréoniennes, assiégeant Terminus City largement désarmée, s’apprêtent avec leur canon à faire tomber les murailles énergétiques de Jéricho – pour un nouveau cliffhanger –, un personnage majeur du cycle littéraire, Lord Dorwin, entre en scène !
Tandis qu’au travers d’une vision saisissante (la quatrième en date) où elle s’est soudain retrouvée dans la majestueuse bibliothèque impériale de Trantor (qu’elle n’a pourtant jamais connu de son vivant), Salvor Hardin comprend que le hiératique Sanctuaire (Vault) émane en réalité de Hari Seldon...
Autant de pièces d’un puzzle cosmique qui laissent au spectateur-lecteur le sentiment troublant que, malgré les chemins de traverse et les voies détournées, malgré les provocations trendy et le formatage idéologique, toutes les routes mènent quand même à Rome.

Conclusion

La précédente critique s’achevait par l’idée d’un Asimov dans l’esprit à défaut de l’être dans le texte. C’est toujours le cas, mais la présente critique conduirait plutôt à un sentiment de trompe-l’œil, à la fois de l’Asimov et de l’anti-Asimov.
Si l’intention est quantique, pour être et ne pas être la fois, c’est plutôt audacieux.
Si elle est démagogique (i.e. jouer sur les deux tableaux sans trop se mouiller, sans vraiment choisir comme quelque politicien centriste voulant ratisser large), c’est déjà un peu moins admirable...
Malgré tout, il reste incontestable que les dialogues sont brillamment écrits, les psychologies très introspectives et les débats de fond omniprésents (représentant environ 80% de l’épisode ce qui est très au-dessus de la moyenne actuelle) ; que la construction se révèle ambitieuse et le sens du worldbuilding acéré (le mille-feuille scénaristique est profondément interconnecté voire intriqué) ; que le visuel ne cesse d’éblouir et d’envoûter (des funérailles cosmiques & joviennes de Proxima Opale au dépouillement crépusculaire & zen de Terminus...).
Si ce quatrième épisode n’est pas exempt d’incohérences (en croissance par rapport au précédent) tout en frôlant possiblement le super-héroïsme électif de fantasy et une forme d’iconisme mystique ou religieux, il évite dans le même temps nombre de pièges usuels (poignant sans pathos, distanciation du regard, mosaïque de causalités, complexité des grands ensembles...).

Profondément tweaké mais sans jamais brûler les ponts, infidèle et fidèle à la fois, Foundation 01x04 Barbarians At The Gate fait de l’équilibrisme sur un chemin de crêtes au bord du précipice. Entre la trahison d’une perspective loyaliste, l’aggiornamento d’une perspective conciliaire, la cannibalisation d’une perspective opportuniste, à moins que ce ne soit un brillant leurre diégétique à l’image de l’insaisissable Salvor 2.0... le quadrilemme demeure pour l’heure insoluble.
Ce qui rédime en partie la proposition, c’est la qualité générale du résultat... au prix d’une constante "uncanny valley" pour le connaisseur de l’œuvre littéraire originelle.
Fondation de "l’Asimov-autrement" ?

NOTE ÉPISODE

NOTE ADAPTATION

YR

ÉPISODES

- Episodes : 1.04
- Titre : Barbarians At The Gate
- Date de première diffusion : 8 octobre 2021 (Apple TV+)
- Réalisateur : Alex Graves
- Scénariste : Lauren Bello

BANDE ANNONCE



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