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Seven Seconds : Review de la Saison 1

Date : 28 / 02 / 2018 à 13h45
Sources :

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Moins tapageuse qu’Altered Carbon, la mise en ligne de Seven Seconds ne reste pas moins attendue. Cette série manifeste la politique de Netflix qui signe des grands noms du cinéma et de l’audiovisuel (Ryan Murphy, Charlie Brooker ou Luc Besson) pour étoffer son catalogue de créations originales. A ce titre, Seven Seconds est la nouvelle création écrite et produite par la scénariste et productrice Veena Sud. Cette dernière a développé le très remarqué The Killing, distingué au Directors Guild of America Award. Veena Sud est ici appuyée par Gavin O’connor (M. Wolff) à la production et à la réalisation.

A l’origine, bien que griffée « Original Netflix », la série est une déclinaison américaine du thriller The Major du réalisateur russe Yuri Bikov. Ce thriller a été sélectionné à la semaine internationale de la critique du 52ème festival de Cannes.

De ce film, Veena Sud n’en garde que la substantifique moelle : l’accident tragique qui déclenche l’engrenage politico-judiciaire qui va broyer les vies et les idéaux des protagonistes. En fait, elle va se servir de l’excellent pitch de base de Yuri Bikov pour mettre en image le profond mal qui enflamme de l’intérieur la société américaine et qui est vecteur de tensions, voire de violences raciales.

Du propre aveu de sa créatrice, l’idée de Seven Seconds est née des manifestations parfois destructrices qui ont suivi la mort du jeune Freddy Gray à Baltimore. Et ce n’est pas un hasard si Veena Sud a décidé de situer l’âme de son histoire dans le Liberty State Park, au bord du lac Hudson, à un endroit où symboliquement la statue de la liberté tourne le dos à New Jersey pour consacrer entièrement son regard et sa lumière à la clinquante Manhattan.

L’intrigue de ce drame social, teinté du genre procedural, puise sa puissance et sa force symbolique dans les particularités du comté de Hudson (Jersey City), dans le New Jersey. La série montre cette partie du Grand New York, très densément peuplée, où se concentre les inégalités socio-spatiales à peine nuancées par la gentrification récente. Elle esquisse les compromis et les difficultés pour assurer la coexistence entre les différentes communautés qui composent une société new yorkaise qualifiée de « salad bowl ».

Seven Seconds esquisse une société « poudrière » où les institutions policières, politiques et judiciaires sont nécessairement dans une compromission et une collusion permanente avec des entités plus obscures pour maintenir une coexistence pacifique entre les communautés. En ce sens, les institutions policières et judiciaires sont volontairement dévoyées par une forme de realpolitik en vue d’une paix sociale. Dans ce contexte, les ripoux, les violences raciales et les bavures ne sont que les symptômes d’une société aux institutions dysfonctionnelles. En quelque sorte, le destin de l’individu est sacrifié sur l’autel de l’intérêt du plus grand nombre.

Afin de renforcer la critique sociétale et politique, la série place aussi l’individu au cœur de son histoire. Car Seven Seconds parle également de la quête de soi. Elle traite de l’affirmation d’une identité au sein d’une société « patchwork » aux idéaux conservateurs. Pour ce faire, la série développe intelligemment cette quête identitaire à travers trois thématiques : La religion, la famille et la loyauté.

Dans Seven Seconds, les protagonistes construisent leur identité propre à travers ceux qui leurs ressemblent et en repoussant ou excluant ceux qui apparaissent différents d’eux. A sa façon, la série met en image une certaine incapacité humaine à chercher et à accepter chez autrui, autre chose qu’une projection de soi-même. Autrement dit, elle montre la tendance humaine à vouloir voir chez l’autre ce qu’on voudrait qu’il soit, et non pas ce qu’il est vraiment.

En tant que show de divertissement, la série tire intelligemment profit de la capacité d’empathie du spectateur pour les personnages. Cela renforce l’ambigüité du propos et nuance la vision manichéenne de l’histoire. Bien caractérisés, les personnages sont interprétés avec beaucoup d’engagement par un casting inspiré, porté en premier lieu par Regina King et Beau Knapp. La surprise de ce casting est sans doute Michael Mosley, qui interprète une version moins convenue et optimiste de l’enquêteur. La force du casting est de parvenir à dégager le besoin de sociabilité des personnages que les douleurs intimes séparent. Et ce besoin de sociabilité est d’autant plus intéressant dans une série qui évoque une société créatrice de solitude, où la cellule familiale n’est pas nécessairement un havre de paix.

La richesse du background, les charges symboliques et la puissance des personnages fondent l’essentiel de l’intérêt de Seven Seconds. L’intrigue en elle-même, est moins inspirée que celle de The Killing. Construite sur un rythme lent, la série souffre de quelques longueurs et usent de certaines ficelles scénaristiques un peu maladroites qui affectent un peu la crédibilité de l’enquête. Celle-ci contient néanmoins suffisamment de surprises pour captiver l’attention jusqu’au dénouement final de cette anthologie. A noter que ce show télévisuel ne se prête pas véritablement au binge-watching. En revanche, elle demande un engagement, et parfois un peu de patience pour être véritablement apprécié.

Enfin, moins élaborée et subtile que The Wire, Seven Seconds n’en reste pas moins percutante et surtout pertinente. Son propos est d’ailleurs particulièrement nécessaire à l’heure où des protestations en faveur de la diversité secouent la société américaine. Il est nécessaire parce que militant, opportun et étonnement optimiste.

EPISODES

-  Nombre Episodes : 10
- Titres : Pilot – Brenton’s Breath – Matters of Life and Death – That What Follows – Of Gods and Men – Until It Do – Boxed Devil – Bailed Out – Witnesses for the Prosecution – A Boy and a Bike
- Date de première diffusion : 23/02/2018 (Netflix)
- Réalisateurs : Gavin O’Connor (ép 1) – Jonathan Demme (ép 2) – Jon Amiel (ép 3) – Tanya Hamilton (ép 4) – Coky Giedroyc (ép 5) – Ernest Diskerson (ép 6) – Boxed Devil (ép 7) – Dan Attias (ép 8) – Victoria Mahoney (ép 9) – Ed Bianchi (ép 10)
- Scénaristes : Veena Sud (ép 1, ép 2, ép 10) – J. David Shanks (ép 3) – Dan Nowak (ép 4) – Shalisha Francis (ép 5, ép 10) – Francesca Sloane (ép 6) – Rhett Rossi (ép 7) – Evangeline Ordaz (ép 8)

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