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Warlord : L’Interview Kim Byung Jin

Date : 04 / 12 / 2013 à 08h00
Sources :

Unification France


A l’occasion de la Japan Expo 2013 qui se déroula du 4 au 7 juillet au parc des expositions de Paris-nord Villepinte, Total Manga et Unification France ont eu l’occasion d’interviewer Kim Byung Jin, dessinateur du manwha Warlord édités aux Editions Ki-oon.

1. Pouvez-vous en quelques mots vous présenter

Je m’appelle Kim Byung Jin, je suis un dessinateur de manwha coréen et là tout de suite, je suis ravi d’être de retour en France après une longue absence. Je suis très touché par l’accueil français.

2. C’est votre deuxième collaboration avec Kim Song Jae pour le manwha Chonchu, comment vous êtes vous rencontrés ? Qui a eu l’idée du projet Warlord ?

L’idée est de moi. Je voulais aussi retravailler en équipe avec mon scénariste fétiche. C’était une sorte de revanche sur la frustration, le goût d’inachevé que fut l’arrêt de Chonchu. J’étais heureux de retrouvé un univers de fantasy et ce que les gens ne savent pas forcément, c’est que Warlord correspond à une préquelle de Chonchu. À ce qui s’est passé à l’époque de leurs ancêtres, dans des temps reculés, bref les origines du Mal. On peut donc considérer que c’est le même univers d’un titre à l’autre.

3. On voit de nombreuses références à la culture asiatique chinoise, coréenne, japonaise, quelles sont vos sources d’inspiration pour Warlord ? On retrouve des similitudes avec le jeu Onimusha ; est-ce volontaire ?

En fait le thème central de Warlord est le choc entre l’Occident et l’Orient. Ce sont deux univers qui rentrent en guerre. Dès le départ c’est un projet international, afin qu’un maximum de cultures à travers le monde puisse se reconnaître à travers les personnages. La Chine correspond à l’Empereur Shamarkal, le Shogun c’est le Japon, le héros c’est la Corée et il y a aussi des références à l’Europe dans les décors, les paysages et l’univers fantasy du titre. Mais pour le moment je ne sais pas dans quelle mesure les lecteurs seront sensibles à cette portée internationale du projet.

4. Dans Jackals il y avait une palette importante de protagonistes. Comment vous sont venus les designs et les spécificités de chacun ? Et reprenez-vous cette méthode dans Warlord ?

Je n’ai pas de méthode spécifique, mais quelles que soient mes œuvres j’ai un amour viscéral pour mes personnages. Je passe un temps fou à réfléchir aux accessoires comme aux armes qui rendraient crédibles les personnages. Je travaille aussi énormément sur les expressions de leur visage, pour les rendre vivants. Donc c’est quelque chose qui est toujours dans un coin de ma tête, mais sans méthode particulière de travail.

5. On vous a connu en France principalement avec Jackals. Comment avez-vous été contactés par les japonais, vous qui êtes coréen ?

A l’origine, Jackals était une histoire d’un auteur japonais qui s’appelle Shinya Muratashi. Tout était prêt, que ce soit le synopsis ou les personnages ; il manquait juste la partie dessin. C’est Monsieur Nakano, l’éditeur de la revue Young Gangan, qui a jugé que mon style de dessin conviendrait parfaitement à Jackals. Et c’est ainsi que j’ai rejoint l’équipe.

6. Quelles sont les principales différences entre travailler pour les éditeurs japonais et ceux coréens ? Au Japon, il existe des tanto pour suivre les auteurs, existe-t-il un poste similaire en Corée et quel rapport vous avez avec lui.

Alors bien sûr il y a des différences énormes entre les deux systèmes éditoriaux. Au Japon déjà, j’avais le problème de langue pour communiquer et le système japonais en lui-même est très organisé, très encadré. C’est une gigantesque machine : d’après ce que j’ai vu, il peut y avoir jusqu’à deux ou trois responsables par auteur et ils leur arrivent de préparer un livre entier de documentation pour une seule scène un peu exotique. Bien sûr, ce sont des qualités mais je me suis senti un peu mal à l’aise à cause des problèmes de langue et de communication et aussi parce que je souffrais d’un manque de marge de manœuvre en tant que créatif. En ce sens là, je me sens plus heureux et libre en Corée, ne serait ce que parce que je peux communiquer plus facilement avec mes interlocuteurs.

7. Qu’est ce que cette expérience japonaise vous a appris ?

Avec le recul, j’ai l’impression d’avoir beaucoup appris au Japon car c’est toujours bien d’expérimenter une autre façon de travailler. Je pense avoir atteint une certaine maturité dans mon travail grâce à cette incursion là-bas. Je crois que dans l’absolu le marché japonais n’est pas négligeable, c’est un système puissant avec le support papier qui reste protégé malgré la crise. Ce que j’envie, c’est cette façon de concevoir des produits dérivés. En Corée c’est quelque chose qui n’existe pas. Donc comme beaucoup d’auteurs coréens, si l’opportunité de travailler au Japon se représente, je serais partant.

8. Comment fonctionne votre tandem avec Kim Song Jae ? Travaillez-vous ensemble le scénario, le storyboard ou les fonctions sont clairement réparties ?

Warlord est vraiment un travail d’équipe. Bien entendu je m’occupe du dessin et Kim Song Jae créé l’histoire, mais notre collaboration va beaucoup plus loin. Une fois que la structure générale est établie, il s’agit de l’étoffer et cette partie là se fait à 4 avec le scénariste, moi-même, Monsieur Park, l’éditeur et mon épouse, qui est ma plus proche collaboratrice. Nous faisons énormément de réunion pour arriver à l’unanimité. Du coup, on passe un temps fou à se convaincre les uns les autres, à faire des suggestions et il n’est pas rare que mon éditeur ou ma collaboratrice réécrive certaines parties du scénario pour que l’histoire soit encore plus vivante et réaliste.

9. Quelle est votre méthode de travail ? Avez-vous des assistants comme les mangaka japonais ? Et quel est votre rythme de travail et de publication ?

Je n’ai pas d’assistant mais c’est une des réalités que vivent tous les dessinateurs en Corée. Il est très difficile de trouver des apprentis de nos jours. L’autre difficulté, c’est mon style de dessin. Mes traits partent dans tous les sens pour créer une dynamique et si un assistant est capable de faire ce que je fais, c’est qu’il n’a plus de raison d’être assistant et qu’il peut se lancer dans ce métier. Pour répondre à votre dernière question, il est prévu que Warlord sorte à raison d’un tome tous les 4 mois.

10. Pourquoi est-il si difficile de trouver des assistants en Corée ?

Il y a plusieurs raisons à ça. D’une part le travail d’assistant est mal payé donc personne ne veut le faire. C’est malheureusement une réalité économique. Ensuite, quand j’ai débuté, c’était à la fois difficile et prestigieux d’être dessinateur. Pour vous donner une idée, quand j’ai remporté mon premier prix en tant qu’auteur, la concurrence était de 1 sur 500. Alors que de nos jours, avec la concurrence du webtoon (c’est le nom qu’on donne en Corée à la BD en ligne), n’importe qui peut se proclamer dessinateur. Bref les jeunes auteurs préfèrent se lancer à leur façon et à leur rythme au lieu d’être les assistants d’un dessinateur déjà établi car c’est un travail ingrat, mal rémunéré, avec de lourds délais à respecter.

11. Bien que le manwha se démocratise en France, il reste encore bien derrière le manga en termes de vente. A votre avis quelles sont les forces et les faiblesses de la BD coréenne ?

C’est une question très compliquée. Le marché coréen est en pleine mutation avec l’avènement de ce qu’on appelle le webtoon, le manwha en ligne, qui est en train de dévorer le marché. J’ai des collègues voire des maîtres qui sont passés à la publication sur Internet car c’était pour eux le seul moyen de survivre. J’ai l’impression d’être de la dernière génération des auteurs sur support papier. En même temps, je ne suis pas trop pessimiste car quand un marché est en pleine mutation, certes il y a des pots cassés, mais aussi plus de créativité. Donc à mon avis, il se peut que le manwha revienne en France plus fort mais sous une autre forme que les publications papier.

12. Pensez-vous faire un jour autre chose que du manwha d’action ? Si oui, quels genres et quelles thématiques ?

Je suis du genre à me concentrer sur ce qui est en cours. Ma priorité absolue reste Warlord et je me dis que si je me mets à fond sur ce titre peut être que j’aurai de l’inspiration pour le futur.

13. Pourquoi cette vision internationale pour Warlord ?

Quel auteur ne rêverait pas d’être lu par le monde entier ? Depuis que je suis tout petit, j’ai ce désir de montrer mes dessins à un maximum de monde ; ce qui est fort avec l’art graphique, c’est que l’on n’a pas besoin de parler, la barrière des langues n’existe plus. J’ai envie d’échanger avec le monde entier – pour moi le manwha est une forme de communication.

A noter que le tome 5 est sorti le 14 novembre 2013


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