Toute la lumière que nous ne pouvons voir : La critique de la mini-série Netflix

Date : 02 / 11 / 2023 à 13h00
Sources :

Unification


TOUTE LA LUMIÈRE QUE NOUS NE POUVONS VOIR

- Date de diffusion : 02/11/2023
- Diffusion : Netflix
- Épisodes : 1.01 à 1.04
- Réalisateur : Shawn Levy
- Scénaristes : S. Knight, S. Levy
- Interprètes : Louis Hofmann, Lars Eidinger, Marion Bailey, Hugh Laurie, Mark Ruffalo, Aria Mia Loberti

LA CRITIQUE (SANS SPOILER)

Cette mini-série est adaptée du roman éponyme, par Anthony Doerr, qui remporta le prix Pulitzer de la fiction en 2015 pour celui-ci. L’idée de cette histoire lui vient d’une invitation au Festival International du livre et du film de St-Malo, Étonnants Voyageurs, pour lequel il était invité en 2006. L’auteur ignorait tout des spécificités de la ville, jusqu’à sa localisation même. Après le repas de bienvenue traditionnel (et quelques verres de vin blanc), l’Américain, à la vie tranquille en Idaho (au Nord-Ouest, proche de la frontière canadienne), une fois monté sur les remparts de la ville, fut envahi par la beauté des lieux, par les couleurs et la force de l’océan notamment, mais aussi par le poids de l’Histoire.

De retour chez lui, il écrit son roman, basé sur l’histoire de la libération de la ville de St-Malo, qu’il découvre avec effarement pour ses recherches.
Il fait dire dans les écrits du jeune officier allemand, l’un des deux protagonistes principaux de l’histoire, ce qu’il a ressenti :

Ce dont je désire te parler aujourd’hui, c’est de la mer. Elle a tant de couleurs. Argent à l’aube, verte à midi, bleu foncé le soir. Parfois elle est presque rouge, ou bien elle prend la nuance des vieilles pièces de monnaie. En ce moment, les nuages passent au-dessus d’elle, et des carrés de lumière se posent un peu partout. Des ribambelles de mouettes y font comme des colliers de perles.

L’autre personnage principal est la jeune aveugle Marie-Laure, qui lit Jules Verne à haute voix pour une diffusion à la radio, sur l’onde courte 13.10, en août 44, sous les bombardements américains pour libérer la ville.

Werner, le jeune opérateur radio, petit génie de la mécanique et des ondes, suivait déjà dans son enfance, à l’orphelinat, sur cette même onde, les formidables locutions d’un certain "Professeur", qui apportait la lumière de son savoir, comme des cours apportant la vérité. Ces ondes étrangères à l’Allemagne nazi sont interdites, elles sont un danger pour la pureté aryenne.
Le terrible instructeur des jeunesses hitlériennes dans lesquelles est enrôlé de force le jeune Werner, le répète d’ailleurs inlassablement :

Vous n’avez pas besoin de penser, vous devez agir dès que l’on vous donne un ordre.

Pour aguerrir et former comme il le veut le futur de l’Allemagne, il leur inculque :

Tu te bats comme un lion, ou tu te renverses comme un vulgaire verre de lait.
ou du Nietzsche :
Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort.

Mais Werner, grâce au Professeur, est cultivé, il sait que la lumière surgira des ténèbres, et que la France (pays des lumières), doit être protégé, à travers celle dont il écoute aujourd’hui la voix sur les ondes courtes.

De son côté, on suit aussi la vie de la petite aveugle Marie-Laure, avec son père (Mark Ruffalo) qui, après l’arrivée des Allemands dans Paris, doivent fuir la capitale, pour se réfugier à St-Malo, chez l’oncle Etienne (Hugh Laurie) :

Malgré tous les bombardements et toute la fumée, je sens encore l’odeur du lilas.

Aux parenthèses de ces vies, mises à l’écran avec brio, en évitant l’écueil de la voix-off, et rendant plutôt bien les courts chapitres du livre, qui passent d’un moment à un autre, un officier allemand malade cherche à mettre la main sur un diamant bien particulier, L’océan de flammes, qu’il pense être en la possession de la petite aveugle. Les forces nazies elles, cherchent à localiser l’endroit d’où sont émises ses lectures, car ils soupçonnent qu’elles contiennent un langage codé pour renseigner les alliés sur les mouvements de troupes allemandes à St-Malo, et utilisent pour cela les talents du jeune Werner.

S’en suit un enchevêtrement de destins qui se croisent, dans une grande fresque de guerre, vue à l’échelle humaine.

Car, bien que les bombardements soient spectaculaires, c’est bien au niveau de ces quelques personnes que tout se joue.

Les sanglots longs des violons de l’automne...

Au travers de ces fantastiques histoires, c’est bien entendu l’Histoire globale, celle qui bégaye, qui nous est contée. Le hasard de la programmation nous faisant découvrir tout cela en pleine guerre en Ukraine, et juste après les terribles événements en Israël puis dans la bande de Gaza. Le jeune Werner vient d’ailleurs de la ville d’Essen, où se tient l’un des plus grands rassemblements du monde ludique, et théâtre, il y a quelques jours, d’une tentative d’attentat terroriste. La fiction qui raconte notre vie, comme d’habitude.

Autre thème, la radio, ligne de vie, est un outil pour la paix et une arme pour la guerre.
La lumière de ses tubes TSF, rappelle bien entendu celle du titre de la série, la lumière de la connaissance, celle qui est interdite par les Allemands, celle qui éveille les esprits et éloigne la barbarie.
Notez au passage que le père de l’auteur du roman était prof de SVT, et se rapproche donc du Professeur de la série (qui parle beaucoup de sciences pratiques).
Au rayon des hasards, notez aussi les similitudes avec l’autre série américaine qui se passe en France en ce moment, The Walking Dead - Daryl Dixon (avec le sommet de la Tour Eiffel, siège des communications de la capitale qui est détruit, et l’arrivée, en fin de saison, au Nid, le Mont St-Michel et Utah Beach, à quelques battements d’ailes de mouettes de St-Malo).
Cet amour de la radio, peut rappeler aussi celle du cinéma, celle qui suinte dans The Fabelmans ou dans Cinema Paradiso, par exemple.

Et puisque nous évoquons les œuvres connexes, citons les recherches d’œuvres d’art de Monuments Men, ou la traque d’un diamant maudit (Indiana Jones et Titanic). Il y a même une référence à Jurassic Park (puisqu’on y parle d’une tête de T-Rex), le père de Marie-Laure étant gardien des clefs au Muséum d’art naturel (il détient les clefs du savoir, symbole de la lumière du savoir).
Poursuivons par ceux qui hébergent la petite aveugle, Mme Manec, aurait pu être un hasard, mais confirme, par les souvenirs de la Première Guerre mondiale de l’oncle Etienne, que l’on fait un clin d’œil à Un long Dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (aussi tiré d’un roman, de Sébastien Japrisot).

Enfin, parlons de la série Le Maître du Haut Château (encore tiré d’un roman, de Philip K. Dick cette fois) qui montre à quel point la Résistance, thème central de Toute la lumière que nous ne pouvons voir, est une obsession américaine.
Car, si les bas du front yankees s’amusent à souligner la couardise des Français, les plus malins savent qu’il n’en est rien, et s’interrogent sur la réaction qu’aurait eu leur population face à une telle situation (voir la série V - les visiteurs, par exemple).

Ici, tout se résume aux agissements du Professeur, qui donne des faits, alors que les autres donnent des opinions (dans la bouche de Werner, pour expliquer son goût des émissions de radio qu’il diffuse) et dans son affirmation :

La lumière la plus importante est la lumière que nous ne pouvons voir.

La lumière, c’est donc la lumière de la connaissance, celle qui éloigne la barbarie des ténèbres, celle qui jaillie des lampes de la TSF et parle à l’âme d’une voix chaude et réconfortante, la lumière piégeuse des éclats d’un diamant maudit, qui, plus que la fortune, fait briller la convoitise des Hommes, la lumière de l’océan, la lumière de l’espoir au bout du tunnel, la lumière que ne peut percevoir la jeune aveugle, la lumière qui fait denser les silhouette sur les murs de la grotte de Platon, le côté lumineux de la force, le siècle des lumières, les frères Lumière, la lumière d’un phare breton dans la tempête, les lumières de la ville et des obus qui s’y abattent...

De tous ces événements, la fin est bien entendu connue : la libération de St-Malo, dont la destruction fut presque totale, et les images d’archives restaurées sont là pour en témoigner, à la toute fin de la série. Les boches sont kaput... comme l’écrivent des gamins sur une pierre, au milieu des ruines.

D’un côté technique, la réalisation de Shawn Levy (La Nuit au Musée, Stranger Things) est bien réalisée, et rend plutôt bien l’ambiance du roman.

Le scénario de Steven Knight (Dirty Pretty Things, Les Promesses de l’ombre, Crazy Joe, Peaky Blinders, Locke, Millénium : Ce qui ne me tue pas) a dû simplifier les courts passages d’une vie à l’autre, pour ne pas perdre le rythme et le téléspectateur. C’était un passage obligé pour cette adaptation, qui est très réussie.

Pour le casting, c’est après des centaines d’auditions, c’est finalement Aria Mia Loberti qui est sélectionnée pour jouer la jeune aveugle, qui se devait d’être terriblement convaincante. Si au début, le choix des deux acteurs vedettes Hugh Laurie et Mark Ruffalo pouvait paraître optionnel (voir publicitaire, façon bankable), l’épisode 3 et 4 utilisent leurs talents d’une façon convaincante.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir est donc une très bonne adaptation du roman, qui monte en puissance tout le long de ses 4 épisodes d’environ une heure, jusqu’à l’affrontement final contre la Némésis, dans un enchevêtrement de destins personnels inscrits dans le destin de tous.

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